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Pétition : Pour le maintien de doudou.org avec le soutien de la ville de Mons

Pour la sauvegarde du site des ducasses du Borinage...

A voir: le site du Doudou de Mons

 


 

C'est arrivé le 14 Février 842

Vieux français

Le Serment de Strasbourg passé entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, deux petits-fils de Charlemagne, est le premier document de langue française. Il est rédigé dans un mélange de haut français et de haut allemand.

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Un site pour Jehan Froissart

 

 
 

Ce site est en grande partie consacré au poète et chroniqueur valenciennois Jehan Froissart (né vers 1337 à Valenciennes - mort après 1404),  l'un des plus importants chroniqueurs de l'époque médiévale. Pendant des siècles, les chroniques de Froissart ont été reconnues comme l'expression majeure de la renaissance chevaleresque dans l'Angleterre et la France du XIVe siècle. Il s'agit également d'une des sources les plus importantes sur la première moitié de la guerre de Cent Ans.

On doit le temps ensi prendre qu’il vient,
Toutdis ne poet durer une fortune.

Un temps se piert et puis l’autre revient.
On doit le temps ensi prendre qu’il vient.

Je me conforte a che qu’il me souvient
Que tous les mois avons nouvelle lune.

On doit le temps ensi prendre qu’il vient,
Toutdis ne poet durer une fortune


Mon coer s’esbat en oudourant la rose,
Et s’esjoïst en regardant ma dame :

Trop mieulz me vault l’une que l’autre cose ;
Mon coer s’esbat en oudourant la rose,

L’odour m’est bon, mais dou regart je n’ose
Jeuer trop fort, je le vous jur par m’ame.
Mon coer s’esbat en oudourant la rose,
Et s’esjoïst en regardant ma dame.
On doit amer et prisier
Joieuse merancolie
Qui tient le pensee lie
Et le tamps fait oubliier
Sans soussi et sans envie.

On doit amer et prisier
Joieuse merancolie
Et moult souvent souhedier
Qu’on soit avoec sen amie
Pour maintenir gaie vie.

On doit amer et prisier
Joieuse merancolie

Jehan Froissart, poète de l'amour courtois

Lanscelos, Tristrans, Lyonniel,
Porrus, le Baudrain Cassiiel,
Paris et tamaint damoisiel
N'ont pas esté
Amé pour seul dire : « Il m'est biel,
Dame, qu'or prendés ce capiel
Et me donnés sans nul rapiel
Vostre amisté. »
Nennil, ains en ont bien livré
A grant martire leur santé ;
Et maint y ont, ains qu'iestre amé,
Laissiet le piel.

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Qu'en avint Tristan et Yseus
Qui furent si vrai amoureus;
Le castellainne de Vregi;
Et le castellain de Couchi
Qui oultre mer morut de doel?
Si fist la dame de Faioel
Apriès le mort dou baceler

Dame, di je, Amours me commande
Que vostre grasce je demande,
Car j'ai ja un lonch temps langhi
Sans avoir grasce ne merchi,
Joie, esperance ne confort

 


 

 
Le Clezio Prix Nobel

Le Franco-Mauricien Jean-Marie Gustave Le Clézio se voit attribuer le Prix Nobel de littérature. Le jury suédois couronne un écrivain de "la rupture et de l'aventure poétique". Le nomade l'accepte avec un message essentiel :"continuez à lire des romans!"

 

A 68 ans, Le Clézio reçoit une récompense belle et méritée (photo AFP)

 

Il s'est bien sûr déclaré très ému et a remercié le  jury avec beaucoup de sincérité. Jean-Marie Gustave Le Clézio a été couronné hier Prix Nobel de littérature 2008. C'est peu dire que le prix est prestigieux et parfaitement mérité pour un auteur amplement reconnu depuis plus de 40 ans et dont le nom circulait pour cette haute distinction. L'année suédoise semble favorable à la France, après le Nobel de médecine honorant Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi.
Côté littéraire, les derniers écrivains francophones salués étaient l'auteur d'origine chinoise Gao Xingjian et le romancier Claude Simon. Eux même succédaient à Camus ou Sartre, qui avait refusé le prix en 1964.
L'académie Nobel a vu en J-M G LeClézio "un écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur de l'humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante". La formule se veut élogieuse quoique pas forcément limpide, contrairement à l'écriture claire du lauréat.

Nice, Maurice, Stockholm, Albuquerque...
La carrière de Le Clézio a débuté par un coup de maître et un prix, déjà, le Renaudot, qui, en 1963, saluait Le procès verbal.  Viendront ensuite une cinquantaine d'ouvrages, essais et romans, dont Désert, en 1980, assez unanimement considéré comme un des sommets de son œuvre.
Grand voyageur, homme de la planète, chantre de la nature et passionné de civilisations anciennes -on lui doit une traduction de textes traditionnels amérindiens et il a partagé quelques années la vie des Indiens Emberas au Panama, Le Clézio est marqué par une origine multiple. Il est né 1940, à Nice, d'un père anglais, médecin de brousse au Nigeria pendant la guerre et d'une mère française qui a inspiré son dernier livre Ritournelle de la fin.
Sa famille est également originaire de l'île Maurice, où elle a immigré au 18e siècle. Nice, Maurice sont ainsi fréquemment les lieux de sa littérature comme dans Révolutions, en 2003. Son cheminement aux sources des sociétés premières, souvent opposé au matérialisme occidental, l'a conduit un peu partout dans le monde où il a enseigné dans de nombreuses universités -Bangkok, Mexico, Boston ou Albuquerque, Nouveau Mexique où il vit actuellement.
Cet écrivain nomade figure depuis longtemps au rang des grands auteurs respectés des Français. Le Nobel lui assure une reconnaissance à l'image de son oeuvre, universelle.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) vendredi 10 octobre 2008

 


 

 

Le Français J.M.G. le Clézio reçoit le Nobel de Littérature

 

 

 

Jean-Marie Gustave Le Clezio (Jessica Gow/Reuters).

 

C'était, avec Philip Roth, le nom le plus cité. Le Français J.M.G. Le Clézio est récompensé « pour son œuvre de la rupture », ont déclaré les membres du jury.

Le Prix 2008

Cette semaine, les déclarations du secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, Horace Engdahl (« Les Etats-Unis sont trop isolés. Ils ne traduisent pas assez et ils ne participent pas au grand dialogue des littératures. Cette ignorance les restreint. […] Il y a de la littérature de qualité dans toutes les grandes cultures, mais on ne peut échapper au fait que l'Europe, toujours, est le centre du monde littéraire ») avaient déclenché les paris les plus divers et les plus fous.

On retrouvait dans les pronostics les habituels Philip Roth, Joyce Carol Oates, John Updike, Don DeLillo ou encore John Ashbery, car on pensait logique de voir récompenser un auteur plutôt démocrate, afin qu'il prononce un discours « pour que le monde change vraiment ».

Dans le même temps, on voyait grimper la cote des Européens (le Tchèque Arnost Lustig ou encore l'Italien Claudio Magris), et en particulier des Français (Le Clézio, Bonnefoy, et Hélène Cixous ces derniers jours). C’est donc le Niçois, qui fêtait ses 68 ans cette année, qui s’est vu récompensé.

Le vainqueur 2008

Celui qui avait reçu, en 1963, le Prix Renaudot pour son premier roman (Le Procès-verbal) semblait au courant de cette récompense lorsque, ce matin, sur France Inter, il disait penser à « la relativité de l'édition », et « aux difficultés qu’ont ceux qui écrivent en créole de trouver des éditeurs en France ».

Le Clézio, et c’est pourquoi sa récompense est un événement, est à la fois le romancier français typique du XXe siècle (quête initiatique, romans familiaux, souvenirs de la guerre, importance de la famille, et de la mère surtout) et le romancier qui a éprouvé le monde du XXe siècle : il a vécu au Nigeria, en France, à Londres et aux Etats-Unis avant de devenir enseignant et écrivain, et surtout il commença très tôt (durant le service militaire) à dénoncer l’asservissement (prostitution enfantine en Thaïlande, dont il sera expulsé ; la condition des Indiens au Panama, etc).

« L’Extase matérielle », « Terra Amata », « Le Déluge », « Lullaby », « Les Prophéties du Chilam Balam », etc : autant de romans et de récits qui disent le monde de l’époque, le langage, la folie et l‘écriture, autant de livres qui sont aussi des risques formels.
A partir des années 80, l’écriture de Le Clézio devient plus apaisée, et y pointent les souvenirs d’enfance, du voyage, de la famille. A ce titre, son dernier roman (« Ritournelle de la faim »), paru il y a deux semaines, est symbolique.

 

 

Depuis de nombreuses années, il parcourt de nombreux pays dans le monde, sur les cinq continents, mais vit principalement à Albuquerque, et en France à Nice et à Paris. Depuis de nombreuses années, il est reconnu comme le plus grand écrivain français vivant. On est d’accord ou pas, mais il convient de dire que si un auteur fut, dans sa carrière, à ce jour, un auteur à la plume vengeresse et un auteur aux semelles de vent, c’est bien Le Clézio.

 


Conférence Nobel (discours de Le Clézio)

Le 7 décembre 2008

 

Dans la forêt des paradoxes

Pourquoi écrit-on ? J'imagine que chacun a sa réponse à cette simple question. Il y a les prédispositions, le milieu, les circonstances. Les incapacités aussi. Si l'on écrit, cela veut dire que l'on n'agit pas. Que l'on se sent en difficulté devant la réalité, que l'on choisit un autre moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion.

Si j'examine les circonstances qui m'ont amené à écrire – je ne le fais pas par complaisance, mais par souci d'exactitude – je vois bien qu'au point de départ de tout cela, pour moi, il y a la guerre. La guerre, non pas comme un grand moment bouleversant où l'on vit des heures historiques, par exemple la campagne de France relatée des deux côtés du champ de bataille de Valmy, par Goethe du côté allemand et par mon ancêtre François du côté de l'armée révolutionnaire. Ce doit être exaltant, pathétique. Non, la guerre pour moi, c'est celle que vivaient les civils, et surtout les enfants très jeunes. Pas un instant elle ne m'a paru un moment historique. Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid, c'est tout. Je me souviens d'avoir vu passer sous ma fenêtre les troupes du maréchal Rommel remontant les Alpes à la recherche d'un passage vers le nord de l'Italie et l'Autriche. Cela ne m'a pas laissé un souvenir très marquant. En revanche, dans les années qui ont suivi la guerre, je me souviens d'avoir manqué de tout, et particulièrement de quoi écrire et de quoi lire. Faute de papier et de plume à encre, j'ai dessiné et j'ai écrit mes premiers mots sur l'envers des carnets de rationnement, en me servant d'un crayon de charpentier bleu et rouge. Il m'en est resté un certain goût pour les supports rêches et pour les crayons ordinaires. Faute de livres pour enfants, j'ai lu les dictionnaires de ma grand-mère. C'étaient de merveilleux portiques pour partir à la reconnaissance du monde, pour vagabonder et rêver devant les planches d'illustrations, les cartes, les listes de mots inconnus. Le premier livre que j'ai écrit, à l'âge de six ou sept ans, du reste s'intitulait Le Globe à mariner. Suivi tout de suite par la biographie d'un roi imaginaire appelé Daniel III – peut-être était-il de Suède ? Et par un récit raconté par une mouette. C'était une période de réclusion. Les enfants n'avaient guère la liberté d'aller jouer dehors, car les terrains et les jardins autour de chez ma grand-mère avaient été minés. Au hasard des promenades, je me souviens d'avoir longé un enclos de barbelés au bord de la mer, sur lequel un écriteau en français et en allemand menaçait les intrus d'une interdiction accompagnée d'une tête de mort.

Je peux comprendre que c'était un contexte où l'on avait le désir de s'enfuir – donc de rêver et d'écrire ces rêves. En outre, ma grand-mère maternelle était une extraordinaire conteuse, qui réservait aux longues heures d'après-midi le temps des histoires. Ses contes étaient toujours très imaginatifs, et mettaient en scène une forêt – peut-être africaine, ou peut-être la forêt mauricienne de Macchabée – dont le personnage principal était un singe doué de malice, qui se sortait toujours des situations les plus périlleuses. Par la suite, j'ai fait un voyage et un séjour en Afrique, où j'ai découvert la forêt véritable, à peu près dépourvue d'animaux. Mais un D.O. du village d'Obudu, à la frontière des Camerouns, m'a fait écouter le crépitement des gorilles sur une colline voisine, en train de frapper leurs poitrines. De ce voyage, de ce séjour (au Nigéria où mon père était médecin de brousse) j'ai rapporté non pas la matière de romans futurs, mais une sorte de seconde personnalité, à la fois rêveuse et fascinée par le réel, qui m'a accompagné toute ma vie – et qui a été la dimension contradictoire, l'étrangeté moi-même que j'ai ressentie parfois jusqu à la souffrance. La lenteur de la vie est telle qu'il m'aura fallu la durée de la majeure partie de cette existence pour comprendre ce que cela signifie.

Les livres sont entrés dans ma vie un peu plus tard. C'était sous la forme de plusieurs bibliothèques que mon père avait réussi à réunir et qui provenaient de la dispersion de son héritage lorsqu'il avait été expulsé de sa maison natale à Moka (Ile Maurice). C'est alors que j'ai compris cette vérité qui n'apparaît pas immédiatement aux enfants, à savoir que les livres sont un trésor plus précieux que les biens immeubles ou que les comptes en banque. C'est dans ces volumes, la plupart anciens et reliés, que j'ai découvert les grands textes de la littérature universelle, le Don Quijote illustré par Tony Johannot, La vida de Lazarillo de Tormes ; The Ingoldsby Legends, Gulliver's Travels ; les grands romans inspirés de Victor Hugo, Quatre-vingt Treize, Les Travailleurs de la Mer, ou L'Homme qui rit. Les Contes drôlatiques de Balzac, aussi. Mais les livres qui m'ont le plus marqué, ce sont les collections de récits de voyage, pour la plupart consacrés à l'Inde, à l'Afrique et aux îles Masacareignes, ainsi que les grands textes d'exploration, de Dumont d'Urville ou de l'Abbé Rochon, de Bougainville, de Cook, et bien sûr le Livre des Merveilles de Marco Polo. Dans la vie médiocre d'une petite bourgade de province endormie au soleil, après les années de liberté en Afrique, ces livres m'ont donné le goût de l'aventure, ils m'ont permis de pressentir la grandeur du monde réel, de l'explorer par l'instinct et par les sens plutôt que par les connaissances. D'une certaine façon ils m'ont permis de ressentir très tôt la nature contradictoire de la vie d' enfant, qui garde un refuge où il peut oublier la violence et la compétition, et prendre son plaisir à regarder la vie extérieure par le carré de sa fenêtre.

Dans les instants qui ont précédé l'annonce, pour moi très étonnante, de la distinction que m'octroyait l'Académie de Suède, j'étais en train de relire un petit livre de Stig Dagerman que j'aime particulièrement : la collection de textes politiques intitulée Essäer och texter (La Dictature du Chagrin). Ce n'était par hasard que je me replongeais dans la lecture de ce livre caustique et amer. Je devais me rendre en Suède pour y recevoir le prix que l'association des amis de Dagerman m'avait donné l'été passé, afin de rendre visite aux lieux de l'enfance de cet écrivain. J'ai toujours été sensible à l'écriture de Dagerman, à ce mélange de tendresse juvénile, de naïveté et de sarcasme. À son idéalisme. À la clairvoyance avec laquelle il juge son époque troublée de l'après-guerre, pour lui le temps de la maturité, pour moi celui de mon enfance. Une phrase en particulier m'a arrêté, et m'a semblé s'adresser à moi dans cet instant précis – alors que je venais de publier un roman intitulé Ritournelle de la Faim. Cette phrase, ou plutôt ce passage, le voici : « Comment est-il possible par exemple de se comporter, d'un côté comme si rien au monde n'avait plus d'importance que la littérature, alors que de l'autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c'est ce qu'ils gagnent à la fin du mois ? Car il (l'écrivain) bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s'apercevoir de son existence. » (L'écrivain et la conscience)

Cette « forêt de paradoxes », comme l'a nommé Stig Dagerman, c'est justement le domaine de l'écriture, le lieu dont l'artiste ne doit pas chercher à s'échapper, mais bien au contraire dans lequel il doit « camper » pour en reconnaître chaque détail, pour explorer chaque sentier, pour donner son nom à chaque arbre. Ce n'est pas toujours un séjour agréable. Lui qui se croyait à l'abri, elle qui se confiait à sa page comme à une amie intime et indulgente, les voici confrontés au réel, non pas seulement comme observateurs, mais comme des acteurs. Il leur faut choisir leur camp, prendre des distances. Cicéron, Rabelais, Condorcet, Rousseau, Madame de Staël, ou bien plus récemment Soljenitsyne ou Hwang Seok-yong, Abdelatif Laâbi ou Milan Kundera ont eu à prendre la route de l'exil. Pour moi qui ai toujours connu – sauf durant la brève période de la guerre – la possibilité de mouvement, l'interdiction de vivre dans le lieu qu'on a choisi est aussi inacceptable que la privation de liberté.

Mais cette liberté de bouger comme un privilège a pour conséquence le paradoxe. Voyez l'arbre aux épines hérissées au sein de la forêt qu'habite l'écrivain : cet homme, cette femme occupés à écrire, à inventer leurs songes, ne sont-ils pas les membres d'une très heureuse et réduite happy few ? Imaginons une situation extrême, terrifiante – celle-là même que vit le plus grand nombre sur notre planète. Celle qu'ont vécue jadis, au temps d'Aristote ou au temps de Tolstoï, les inqualifiables – les serfs, serviteurs, vilains de l'Europe au Moyen-Âge, ou peuples razziés au temps des Lumières sur la côte d'Afrique, vendus à Gorée, à El Mina, à Zanzibar. Et aujourd'hui même, à l'heure que je vous parle, tous ceux qui n'ont pas droit à la parole, qui sont de l'autre côté du langage. C'est la pensée pessimiste de Dagerman qui m'envahit plutôt que le constat militant de Gramsci ou le pari désabusé de Sartre. Que la littérature soit le luxe d'une classe dominante, qu'elle se nourrisse d'idées et d'images étrangères au plus grand nombre, cela est à l'origine du malaise que chacun de nous éprouve – je m'adresse à ceux qui lisent et écrivent. L'on pourrait être tenté de porter cette parole à ceux qui en sont exclus, les inviter généreusement au banquet de la culture. Pourquoi est-ce si difficile ? Les peuples sans écriture, comme les anthropologues se sont plu à les nommer, sont parvenus à inventer une communication totale, au moyen des chants et des mythes. Pourquoi est-ce devenu aujourd'hui impossible dans notre société industrialisée ? Faut-il réinventer la culture ? Faut-il revenir à une communication immédiate, directe ? On serait tenté de croire que le cinéma joue ce rôle aujourd'hui, ou bien la chanson populaire, rythmée, rimée, dansée. Le jazz peut-être, ou sous d'autres cieux, le calypso, le maloya, le sega.

Le paradoxe ne date pas d'hier. François Rabelais, le plus grand écrivain de langue française, partit jadis en guerre contre le pédantisme des gens de la Sorbonne en jetant à leur face les mots saisis dans la langue populaire. Parlait-il pour ceux qui ont faim ? Débordements, ivresses, ripailles. Il mettait en mots l'extraordinaire appétit de ceux qui se nourrissaient de la maigreur des paysans et des ouvriers, pour le temps d'une mascarade, d'un monde à l'envers. Le paradoxe de la révolution, comme l'épique chevauchée du chevalier à la triste figure, vit dans la conscience de l'écrivain. S'il y a une vertu indispensable à sa plume, c'est qu'elle ne doive jamais servir à la louange des puissants, fût-ce du plus léger chatouillis. Et pourtant, même dans la pratique de cette vertu, l'artiste ne doit pas se sentir lavé de tout soupçon. Sa révolte, son refus, ses imprécations restent d'un certain côté de la barrière, du côté de la langue des puissants. Quelques mots, quelques phrases s'échappent. Mais le reste ? Un long palimpseste, un atermoiement élégant et distant. L'humour, parfois, qui n'est pas la politesse du désespoir mais la désespérance des imparfaits, la plage où le courant tumultueux de l'injustice les abandonne.

Alors, pourquoi écrire ? L'écrivain, depuis quelque temps déjà, n'a plus l'outrecuidance de croire qu'il va changer le monde, qu'il va accoucher par ses nouvelles et ses romans un modèle de vie meilleur. Plus simplement, il se veut témoin. Voyez cet autre arbre dans la forêt des paradoxes. L'écrivain se veut témoin, alors qu'il n'est, la plupart du temps, qu'un simple voyeur.

Témoin, il arrive que l'artiste le soit : Dante dans La Divina Commedia, Shakespeare dans The Tempest – et Césaire dans la magnifique reprise de cette pièce, appelée Une Tempête, dans laquelle Caliban, à cheval sur un baril de poudre, menace d'emmener avec lui dans la mort ses maîtres détestés. Témoin, il l'est parfois de façon irrécusable, comme Euclides da Cunha dans Os Sertões, ou comme Primo Levi. L'absurde du monde est dans Der Prozess (ou dans les films de Chaplin), son imperfection dans La Naissance du jour de Colette, sa fantasmagorie dans la chanson irlandaise que Joyce a mise en scène dans Finnegans Wake. Sa beauté brille d'un éclat irrésistible dans The Snow Leopard de Peter Matthiessen ou dans A Sand County Almanach d'Aldo Leopold. Sa méchanceté dans Sanctuary de William Faulkner, ou dans Première neige de Lao She. Sa fragilité d'enfance dans Ormen (Le Serpent) de Dagerman.

L'écrivain n'est jamais un meilleur témoin que lorsqu'il est un témoin malgré lui, à son corps défendant. Le paradoxe, c'est que ce dont il témoigne n'est pas ce qu'il a vu, ni même ce qu'il a inventé. L'amertume, parfois le désespoir, viennent de ce qu'il n'est pas présent au réquisitoire. Tolstoï nous fait voir le malheur que l'armée napoléonienne inflige à la Russie, et pourtant rien n'est changé dans le cours de l'histoire. Mme de Duras écrit Ourika, Harriet Beecher Stowe Uncle Tom's Cabin, mais ce sont les peuples esclaves qui changent leur propre destin, qui se révoltent et fondent contre l'injustice les résistances marronnes, au Brésil, en Guyane, aux Antilles, et la première république noire en Haïti.

Agir, c'est ce que l'écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner. Ecrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, changent les esprits et les cœurs, ouvrent un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffle que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères. De quel droit se vouloir meilleur ? Est-ce vraiment à l'écrivain de chercher des issues ? N'est-il pas dans la position du garde champêtre dans la pièce du Knock ou Le Triomphe de la médecine, qui voudrait empêcher un tremblement de terre ? Comment l'écrivain pourrait-il agir, alors qu'il ne sait que se souvenir ?

La solitude sera son lot. Elle l'a toujours été. Enfant, il était cet être fragile, inquiet, réceptif excessivement, cette fille que décrit Colette, qui ne peut que regarder ses parents se déchirer, ses grands yeux noirs agrandis par une sorte d'attention douloureuse. La solitude est aimante aux écrivains, c'est dans sa compagnie qu'ils trouvent l'essence du bonheur. C'est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe dérisoire, un mal sourd et omniprésent, à la manière d'une petite musique obsédante. L'écrivain est l'être qui cultive le mieux cette plante vénéneuse et nécessaire, qui ne croît que sur le sol de sa propre incapacité. Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l'abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l'écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C'est cela, sa forêt. L'écrivain en connaît trop bien chaque sente. Si parfois quelque chose s'en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l'aube, c'est sous son regard éberlué – c'était au hasard, c'était malgré lui, malgré elle.

Mais je ne voudrais pas me complaire dans une attitude négative. La littérature – c'est là que je voulais en venir – n'est pas une survivance archaïque à laquelle devraient se substituer logiquement les arts de l'audiovisuel, et particulièrement le cinéma. Elle est une voie complexe, difficile, mais que je crois encore plus nécessaire aujourd'hui qu'au temps de Byron ou de Victor Hugo.

Il y a deux raisons à cette nécessité :
D'abord, parce que la littérature est faite de langage. C'est le sens premier du mot : lettres, c'est-à-dire ce qui est écrit. En France, le mot roman désigne ces écrits en prose qui utilisaient pour la première fois depuis le Moyen Age la langue nouvelle que chacun parlait, la langue romane. La nouvelle vient aussi de cette idée de la nouveauté. A peu près à la même époque, en France l'on a cessé d'utiliser le mot rimeur (de rime) pour parler de poésie et de poètes – du verbe grec poiein, créer. L'écrivain, le poète, le romancier, sont des créateurs . Cela ne veut pas dire qu'ils inventent le langage, cela veut dire qu'ils l'utilisent pour créer de la beauté, de la pensée, de l'image. C'est pourquoi l'on ne saurait se passer d'eux. Le langage est l'invention la plus extraordinaire de l'humanité, celle qui précède tout, partage tout. Sans le langage, pas de sciences, pas de technique, pas de lois, pas d'art, pas d'amour. Mais cette invention, sans l'apport des locuteurs, devient virtuelle. Elle peut s'anémier, se réduire, disparaître. Les écrivains, dans une certaine mesure, en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n'utilisent pas les mots, mais au contraire ils sont au service du langage. Ils le célèbrent, l'aiguisent, le transforment, parce que le langage est vivant par eux, à travers eux et accompagne les transformations sociales ou économiques de leur époque.

Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes se sont fait jour, l'on a évoqué les différences fondamentales entre les cultures. Dans une sorte de hiérarchie absurde, l'on a fait correspondre la réussite économique des puissances coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néo-colonialisme ou l'impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n'auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Mais s'est-on avisé que tous les peuples du monde, où qu'ils soient, et quel que soit leur degré de développement, utilisent le langage ? Et chacun de ces langages est ce même ensemble logique, complexe, architecturé, analytique, qui permet d'exprimer le monde – capable de dire la science ou d'inventer les mythes.

Ayant défendu l'existence de cet être ambigu et un peu archaïque qu'est l'écrivain, je voudrais dire la deuxième raison de l'existence de la littérature, car celle-ci touche davantage au beau métier de l'édition.

L'on parle beaucoup de mondialisation aujourd'hui. On oublie que le phénomène a commencé en Europe à la Renaissance, avec le début de l'ère coloniale. La mondialisation n'est pas une mauvaise chose en soi. La communication rend le progrès plus rapide, en médecine, ou en sciences. Peut-être que la généralisation de l'information rendra les conflits plus difficiles. S'il y avait eu internet, il est possible que Hitler n'eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l'eût peut-être empêché de naître.

Nous vivons, paraît-il, à l'ère de l'internet et de la communication virtuelle. Cela est bien, mais que valent ces stupéfiantes inventions sans l'enseignement de la langue écrite et sans les livres ? Fournir en écrans à cristaux liquides la plus grande partie de l'humanité relève de l'utopie. Alors ne sommes-nous pas en train de créer une nouvelle élite, de tracer une nouvelle ligne qui divise le monde entre ceux qui ont accès à la communication et au savoir et ceux qui restent les exclus du partage ? De grands peuples, de grandes civilisations ont disparu faute de l'avoir compris. Certes de grandes cultures, que l'on dit minoritaires, ont su résister jusqu'à aujourd'hui, grâce à la transmission orale des savoirs et des mythes. Il est indispensable, il est bénéfique de reconnaître l'apport de ces cultures. Mais que nous le voulions ou non, même si nous ne sommes pas encore à l‘âge du réel, nous ne vivons plus à l'âge du mythe. Il n‘est pas possible de fonder le respect d'autrui et l'égalité sans donner à chaque enfant le bienfait de l'écriture.

Aujourd'hui, au lendemain de la décolonisation, la littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d'exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d'être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux.

La culture à l'échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c'est-à-dire celle des éditeurs. Il est vrai qu'il est injuste qu'un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants – en Français, ou en Anglais. Il est vrai qu'il est illusoire de croire que la langue créole de Maurice ou des Antilles pourra atteindre la même facilité d'écoute que les cinq ou six langues qui règnent aujourd'hui en maîtresses absolues sur les médias. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d'optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l'humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun d'accéder à la culture. Pour cela, le livre est, dans tout son archaïsme, l'outil idéal. Il est pratique, maniable, économique. Il ne demande aucune prouesse technologique particulière, et peut se conserver sous tous les climats. Son seul défaut – et là je m'adresse particulièrement aux éditeurs – est d'être encore difficile d'accès pour beaucoup de pays. A Maurice le prix d'un roman ou d'un recueil de poèmes correspond à une part importante du budget d'une famille. En Afrique, en Asie du Sud-Est, au Mexique, en Océanie, le livre reste un luxe inaccessible. Ce mal n'est pas sans remède. La coédition avec les pays en voie de développement, la création de fonds pour les bibliothèques de prêt ou les bibliobus, et d'une façon générale une attention accrue apportée à l'égard des demandes et des écritures dans les langues dites minoritaires – très majoritaires en nombre parfois – permettrait à la littérature de continuer d'être ce merveilleux moyen de se connaître soi-même, de découvrir l'autre, d'entendre dans toute la richesse de ses thèmes et de ses modulations le concert de l'humanité.

Il me plaît assez de parler encore de la forêt. C'est sans doute pour cela que la petite phrase de Stig Dagerman résonne dans ma mémoire, pour cela que je veux la lire et la relire, m'en pénétrer. Il y a quelque chose de désespéré en elle, et au même instant de jubilatoire, parce que c'est dans l'amertume que se trouve la part de vérité que chacun cherche. Enfant, je rêvais de cette forêt. Elle m'épouvantait et m'attirait à la fois – je suppose que le petit Poucet, et Hansel devaient ressentir la même émotion, quand elle se refermait sur eux avec tous ses dangers et toutes ses merveilles. La forêt est un monde sans repères. La touffeur des arbres, l'obscurité qui y règnent peuvent vous perdre. L'on pourrait dire la même chose du désert, ou de la haute mer, lorsque chaque dune, chaque colline s'écarte pour montrer une autre colline, une autre vague parfaitement identiques. Je me souviens de la première fois que j'ai ressenti ce que peut être la littérature – Dans The Call of the Wild, de Jack London, précisément, l'un des personnages, perdu dans la neige, sent le froid l'envahir peu à peu alors que le cercle des loups se referme autour de lui. Il regarde sa main déjà engourdie, et s'efforce de bouger chaque doigt l'un après l'autre. Cette découverte pour l'enfant que j'étais avait quelque chose de magique. Cela s'appelait la conscience de soi.

Je dois à la forêt une de mes plus grandes émotions littéraires de mon âge adulte. Cela se passe il y a une trentaine d'années, dans une région d'Amérique centrale appelée El Tapón de Darien, le Bouchon, parce que c'est là que s'interrompait alors (et je crois savoir que depuis la situation n'a pas changé) la route Panaméricaine qui devait relier les deux Amériques, de l'Alaska à la pointe de la Terre de Feu. L'isthme de Panama, dans cette partie, est couvert d'une forêt de pluie extrêmement dense, dans laquelle il n'est possible de voyager qu'en remontant le cours des fleuves en pirogue. Cette forêt est habitée par une population amérindienne, divisée en deux groupes, les Emberas et les Waunanas, tous deux appartenant à la famille linguistique Ge-Pano-Karib. Etant venu là par hasard, je me suis trouvé fasciné par ce peuple au point d'y faire plusieurs séjours assez longs, pendant environ trois ans. Pendant tout ce temps, je n'ai rien fait d'autre que d'aller à l'aventure, de maison en maison – car ce peuple refusait alors de se grouper en villages – et d'apprendre à vivre selon un rythme entièrement différent de ce que j'avais connu jusque là. Comme toutes les vraies forêts, cette forêt était particulièrement hostile. Il fallait faire l'inventaire de tous les dangers, et aussi de tous les moyens de survie qu'elle comportait. Je dois dire que dans l'ensemble, les Emberas ont été très patients avec moi. Ma maladresse les faisait rire, et je crois que dans une certaine mesure, je leur ai rendu en distraction un peu de ce qu'ils m'ont appris en sagesse. Je n'écrivais pas beaucoup. La forêt n'est pas un milieu idéal pour cela. L'humidité détrempe le papier, la chaleur dessèche les crayons à bille. Rien de ce qui marche à l'électricité ne dure très longtemps. J'arrivais là avec la conviction que l'écriture était un privilège, et qu'il me resterait toujours pour résister à tous les problèmes de l'existence. Une protection, en quelque sorte, une espèce de vitre virtuelle que je pouvais remonter à ma guise pour m'abriter des intempéries.

Ayant assimilé le système de communisme primordial que pratiquent les Amérindiens, ainsi que leur profond dégoût pour l'autorité, et leur tendance à une anarchie naturelle, je pouvais imaginer que l'art, en tant qu'expression individuelle, ne pouvait avoir cours dans la forêt. D'ailleurs, rien chez ces gens qui pût ressembler à ce que l'on appelle l'art dans notre société de consommation. Au lieu de tableaux, les hommes et les femmes peignent leur corps, et répugnent de façon générale à construire rien de durable. Puis j'ai eu accès aux mythes. Lorsqu'on parle de mythes, dans notre monde de livres écrits, l'on semble parler de quelque chose de très lointain, soit dans le temps, soit dans l'espace. Je croyais moi aussi à cette distance. Et voilà que les mythes venaient à moi, régulièrement, presque chaque nuit. Près d'un feu de bois construit sur le foyer à trois pierres dans les maisons, dans le ballet des moustiques et des papillons de nuit, la voix des conteurs et des conteuses mettait en mouvement ces histoires, ces légendes, ces récits, comme s'ils parlaient de la réalité quotidienne. Le conteur chantait d'une voix aiguë, en frappant sa poitrine, son visage mimait les expressions, les passions, les inquiétudes des personnages. Cela aurait pu être du roman, et non du mythe. Mais une nuit est arrivée une jeune femme. Son nom était Elvira. Dans toute la forêt des Emberas, Elvira était connue pour son art de conter. C'était une aventurière, qui vivait sans homme, sans enfants – on racontait qu'elle était un peu ivrognesse, un peu prostituée, mais je n'en crois rien – et qui allait de maison en maison pour chanter, moyennant un repas, une bouteille d'alcool, parfois un peu d'argent. Bien que je n'aie eu accès à ses contes que par le biais de la traduction – la langue embera comprend une version littéraire beaucoup plus complexe que la langue de chaque jour – j'ai tout de suite compris qu'elle était une grande artiste, dans le meilleur sens qu'on puisse donner à ce mot. Le timbre de sa voix, le rythme de ses mains frappant ses lourds colliers de pièces d'argent sur sa poitrine, et par-dessus tout cet air de possession qui illuminait son visage et son regard, cette sorte d'emportement mesuré et cadencé, avaient un pouvoir sur tous ceux qui étaient présents. A la trame simple des mythes – l'invention du tabac, le couple des jumeaux originels, histoires de dieux et d'humains venues du fond des temps, elle ajoutait sa propre histoire, celle de sa vie errante, ses amours, les trahisons et les souffrances, le bonheur intense de l'amour charnel, l'acide de la jalousie, la peur de vieillir et de mourir. Elle était la poésie en action, le théâtre antique, en même temps que le roman le plus contemporain. Elle était tout cela avec feu, avec violence, elle inventait, dans la noirceur de la forêt, parmi le bruit environnant des insectes et des crapauds, le tourbillon des chauves-souris, cette sensation qui n'a pas d'autre nom que la beauté. Comme si elle portait dans son chant la puissance véridique de la nature, et c'était là sans doute le plus grand paradoxe, que ce lieu isolé, cette forêt, la plus éloignée de la sophistication de la littérature, était l'endroit où l'art s'exprimait avec le plus de force et d'authenticité.

Ensuite j'ai quitté ce pays, je n'ai plus jamais revu Elvira, ni aucun des conteurs de la forêt du Darien. Mais il m'est resté beaucoup plus que de la nostalgie, la certitude que la littérature pouvait exister, malgré toute l'usure des conventions et des compromis, malgré l'incapacité dans laquelle les écrivains étaient de changer le monde. Quelque chose de grand et de fort, qui les surpasse, parfois les anime et les transfigure, et leur rend l'harmonie avec la nature. Quelque chose de neuf et de très ancien à la fois, impalpable comme le vent, immatériel comme les nuages, infini comme la mer. Ce quelque chose qui vibre dans la poésie de Jallal Eddine Roumi, par exemple, ou dans l'architecture visionnaire d'Emanuel Swedenborg. Le frisson que l'on éprouve à lire les plus beaux textes de l'humanité, tel le discours que le chef Stealth des Indiens Lumni adressait à la fin du dix-neuvième siècle au Président des Etats-Unis, afin de lui faire don de la terre : « Peut-être sommes nous frères… »

Quelque chose de simple, de vrai, qui n'existe que dans le langage. Une allure, une ruse parfois, une danse grinçante, ou bien de grandes plages de silence. La langue de la moquerie, les interjections, les malédictions, et tout de suite après, la langue du paradis.

C'est à elle, Elvira, que j'adresse cet éloge – à elle que je dédie ce Prix que l'Académie de Suède me remet. À elle, et à tous ces écrivains avec qui – ou parfois contre qui j'ai vécu. Aux Africains, Wole Soyinka, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Mongo Beti, à Cry the Beloved Country d'Alan Paton, à Chaka de Tomas Mofolo. Au très grand Mauricien Malcolm de Chazal, auteur, entre autres de Judas. Au romancier mauricien hindi Abhimanyu Unnuth, pour Lal passina (Sueur de sang), la romancière urdu Hyder Qurratulain pour l'épopée de Ag ka Darya (River of fire). Au Réunionnais Danyèl Waro, le chanteur de maloyas, l'insoumis, à la poétesse kanak Dewé Gorodé qui a défié le pouvoir colonial jusqu'en prison, à Abdourahman Waberi le révolté. À Juan Rulfo, à Pedro Paramo et aux nouvelles du El llano en llamas, aux photos simples et tragiques qu'il a faites dans la campagne mexicaine. À John Reed pour Insurgent Mexico, à Jean Meyer pour avoir porté la parole d'Aurelio Acevedo et des insurgés Cristeros du Mexique central. À Luis González, auteur de Pueblo en vilo. À John Nichols, qui a écrit sur l'âpre pays dans The Milagro Beanfield War, à Henry Roth, mon voisin de la rue New York à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour Call it Sleep. À J.P. Sartre, pour les larmes contenues dans sa pièce Morts sans sépulture. À Wilfrid Owen, au poète mort sur les bords de la Marne en 1914. À J.D. Salinger, parce qu'il a réussi à nous faire entrer dans la peau d'un jeune garçon de quatorze ans nommé Holden Caufield. Aux écrivains des premières nations de l'Amérique, le Sioux Sherman Alexie, le Navajo Scott Momaday, pour The Names. A Rita Mestokosho, poétesse innue de Mingan (Province de Québec) qui fait parler les arbres et les animaux. À José Maria Arguedas, à Octavio Paz, à Miguel Angel Asturias. Aux poètes des oasis de Oualata, de Chinguetti. Aux grands imaginatifs que furent Alphonse Allais et Raymond Queneau. À Georges Perec pour Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cou? Aux Antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, au Haitien René Depestre, à Schwartz-Bart pour Le Dernier des justes. Au poète mexicain Homero Aridjis qui nous glisse dans la vie d'une tortue lyre, et qui parle des fleuves orangés des papillons monarques coulant dans les rues de son village, à Contepec. À Vénus Koury Ghata qui parle du Liban comme d'un amant tragique et invincible. À Khalil Jibran. À Rimbaud. À Emile Nelligan. À Réjean Ducharme, pour la vie.

À l'enfant inconnu que j'ai rencontré un jour, au bord du fleuve Tuira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d'une boutique, éclairé par la flamme d'une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l'entoure, sans se soucier de l'inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n'est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s'essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l'après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l'histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d'avoir répondu. L'éradication de la faim, et l'alphabétisation.

Dans tout son pessimisme, la phrase de Stig Dagerman sur le paradoxe fondamental de l'écrivain, insatisfait de ne pouvoir s'adresser à ceux qui ont faim – de nourriture et de savoir – touche à la plus grande vérité. L'alphabétisation et la lutte contre la famine sont liées, étroitement interdépendantes. L'une ne saurait réussir sans l'autre. Toutes deux demandent – exigent aujourd'hui notre action. Que dans ce troisième millénaire qui vient de commencer, sur notre terre commune, aucun enfant, quel que soit son sexe, sa langue ou sa religion, ne soit abandonné à la faim ou à l'ignorance, laissé à l'écart du festin. Cet enfant porte en lui l'avenir de notre race humaine. À lui la royauté, comme l'a écrit il y a très longtemps le Grec Héraclite.

J.M.G. Le Clézio , Bretagne, 4 novembre 2008 


 LITTERATURE
Jean Marie Gustave Le Clézio Nobel aux étincelles mauriciennes
Au milieu de l’effervescence du prix Nobel de littérature, Jean Marie Gustave Le Clézio pense à Maurice. Il lui dit combien il l’aime. Des Mauriciens le lui rendent bien.

 

Nobel universel aux étincelles mauriciennes. Au milieu de l’effervescence du prix Nobel de littérature, qui lui a été décerné hier, Jean Marie Gustave Le Clézio pense à notre île.

Pour l’express, il a eu ces mots: «Je dédie ce prix Nobel à Maurice, pays qui m’a beaucoup nourri même si je n’y suis pas né. Mes parents, mes grands-parents m’en ont toujours parlé. C’est un des lieux que je préfère au monde, je m’y sens chez moi. Dans ce pays qui n’a pas beaucoup de ressources, on se démène pour la langue française qui est loin d’y être en déclin. C’est cette fidélité que je veux saluer aujourd’hui.» Des propos recueillis pour l’express par Philippe Rey, éditeur à Paris et cousin de JMG Le Clézio.

Joint au téléphone à Paris, Philippe Rey explique que Maurice est «centrale» dans l’œuvre de Le Clézio. Il reprend à ce titre des propos de l’auteur qui a déjà affirmé que sans la perte de la maison de famille, c’est-à-dire Eureka, il n’aurait pas été écrivain.

Pour Philippe Rey, «toute l’œuvre de Le Clézio est structurée par cela». Bien que Le Clézio soit venu à Maurice pour la première fois vers l’âge de 40 ans – il en a maintenant 68 – son cousin raconte qu’il a été nourri par les histoires de famille de Maurice, ce qui lui a donné une «nostalgie d’un monde perdu. Il n’a cessé de le chercher dans d’autres civilisations, aztèque, maya, africaines…»


«C’est la terre de mes ancêtres»

Par ailleurs, lors d’une des premières réactions de Le Clézio, après l’annonce de la distinction, il a déclaré sur une radio publique suédoise, «J’aime beaucoup l’île Maurice parce que c’est la terre de mes ancêtres, c’est ma petite patrie on va dire. Donc, l’île Maurice est un des endroits que je préfère au monde». C’est ainsi qu’il répondait à la question «Vous avez vécu dans plusieurs pays, avez-vous un pays que vous pouvez nommer ?»

Après l’annonce du verdict du Nobel de littérature, la joie a gagné nos rives. Abhimanyu Unnuth est tout enthousiasme. «Li enn gran gloir, Mo pe feel kouma dir se moi ki finn gagn sa». Jean Marie Gustave Le Clézio a préfacé Sueur de sang, traduction d’une partie de son roman en hindi Lal pasina. Un ouvrage, publié par Philippe Rey que JMG Le Clézio est venu lancer à Maurice en 2001.

«Le plus important ce n’est pas qu’il soit né ou pas à Maurice, ce qui compte c’est ce qu’il a fait pour nous. Ena ekrivin ki impe orgeye». Mais pas Le Clézio, selon Abhimanyu Unnuth. «C’est lui qui m’a fait réfléchir sur les souffrances des immigrés indiens, parce qu’il a lui-même écrit sur la souffrance des gens. A la cérémonie de lancement il a dit n’avoir pas lu de littérature aussi sincère, aussi forte. Mo ti koir ant ekrivin, sertin kontan flat so kamarad, me apre monn kompran li ti sinser».

Pour l’anecdote, Unnuth raconte comment après le lancement de Sueur de sang, il a refusé de se faire maquiller pour passer à la télé.
«Monn dir ki mo alerzik ar makilaz. Le Clézio ki ti deryer moi inn dir li oussi parey.» Simplicité relayée par Gillian Geneviève, l’un des trois lauréats du Prix Jean Fanchette 2006.

Pour sa part, Issa Asgarally co-ordonnateur du Prix Jean-Fanchette, prix littéraire dont le jury est présidé par JMG Le Clézio depuis quatre ans (Philippe Rey est dans le jury cette année du prix qui sera remis le 14 novembre) rappelle que l’auteur a la double nationalité – française et mauricienne.

Qu’il a tenu à avoir sa carte d’identité nationale mauricienne. Surtout, qu’il a «beaucoup fait pour les écrivains mauriciens». Issa Asgarally a été joint au téléphone à Paris, où il se trouve comme membre du jury du Prix RFO du Livre. Il rappelle que Le Clézio a notamment écrit sur L’île équinoxe, de Jean Fanchette (publié par Philippe Rey) et en soutenant Ananda Devi quand il était dans le jury du Prix Renaudot. Le Clézio a aussi préfacé l’essai d’Asgarally, L’interculturel ou la guerre.


EXPLICATION

Pourquoi ce choix ?

■ Une liste de bonnes raisons. C’est avec force commentaires que le prix Nobel de littérature a été accordé hier à Jean-Marie Gustave Le Clézio. Expliquant son verdict, l’académie suédoise a décrit Le Clézio comme «l’écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante». C’est le 10 décembre que le prix lui sera remis.

Plus loin dans son communiqué, l’académie explique que : «Le point central de l’œuvre de l’écrivain se déplace de plus en plus en direction d’une exploration du monde de l’enfance et de sa propre histoire familiale». En effet, l’auteur évoque la figure de son père, un médecin de brousse anglais, dans «l’Africain» (2004). «Révolution», sorti un an plus tôt, traite des grands thèmes de son œuvre, l’exil, le conflit des cultures et les ruptures de la jeunesse. Son dernier roman, sorti au début du mois, «Ritournelles de la faim», met en scène une famille de Mauriciens dans le Paris des années 30. Avec le prix Nobel, Le Clézio recevra un chèque de Rs 40 millions.


 

Par Aline GROËME-HARMON
      

 

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é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 12 octobre 2008

UN NOBEL AUX ACCENTS MAURICIENS !

Gérard Cateaux


Jean-Marie Gustave Le Clézio attendait, avec nous, depuis fort longtemps cette consécration planétaire. Elle est tombée, jeudi dernier, le prix Nobel de littérature a été attribué au franco-mauricien.

On ne pourrait en quelques lignes décrire le parcours de cet écrivain hors norme, qui a su capter, en quarante-cinq ans de métier, des images en tous genres pour nous les renvoyer sous forme de lignes soigneusement rangées au fil de ses romans.

Je m'en remettrai, cependant, à son ouvrage fondateur, le Procès-verbal, où déjà, en ce début tumultueux des années soixante, Le Clézio exprime sa profonde curiosité pour les êtres et les choses. Il écrit en préambule à son premier opus, comme s'il avait besoin de se faire comprendre sur ses ambitions littéraires futures. Relisons-le :"J'ai deux ambitions secrètes. L'une d'elles est d'écrire un jour un roman tel, que si le héros y mourait au dernier chapitre, ou à la rigueur était atteint de la maladie de Parkinson, je sois accablé sous un flot de lettres anonymes et ordurières.

"De ce point de vue, je le sais (qu'il est sévère envers lui-même…), le Procès-verbal n'est pas tout à fait réussi. Il se peut qu'il pèche par excès de sérieux, par maniérisme et verbiosité ; la langue dans laquelle il est écrit évolue du dialogue para-réaliste à l'empoulage de type pédantiquement almanach (comprenez romans de gare).

"Mais je ne désespère pas de parfaire plus tard un roman vraiment effectif : quelque chose dans le génie de Conan Doyle, qui s'adressait non pas au goût vériste du public - dans les grandes lignes de l'analyse psychologique et de l'illustration - mais à sa sentimentalité…

"Il me semble qu'il y a là d'énormes espaces vierges à prospecter, d'immenses régions gelées s'étendant entre auteur et lecteur…

"Je m'excuse d'avoir accumulé ainsi quelques théories ; c'est une prétention un peu trop à la mode de nos jours. Je m'excuse également à l'avance pour les impropriétés et les fautes de frappe qui pourrait se trouver dans mon texte en dépit de mes révisions. (J'ai dû typographier moi-même mon manuscrit et n'ai su le faire qu'en me servant d'un doigt de chaque main)."

Ce premier ouvrage du nouveau Nobel, je l'avais acheté à Rs 15 au lieu de Rs 35. Le Clézio était au rabais, vous l'imaginez. Cette copie-là contient des ratures, des altérations qu'il avait lui-même effectuées… après son édition. Et ce passage que l'auteur avait biffé. Pourquoi ? On n'en sait rien. Et pourtant, à le lire, nous avions l'impression que, finalement, il annonçait ses ambitions. Relisons-le ensemble :"Je voudrais bien aller aux USA, on dit que c'est possible de vivre comme ça là-bas, et d'avoir du soleil dans le Sud, et rien d'autre à faire qu'écrire, boire et dormir. Je pense aussi, rentrer dans les ordres, pourquoi pas ?"

Pensait-il déjà à Faulkner, à Dos Passos, à Hemingway et autres Henry Miller ? Avec le temps, Le Clézio les ont rejoints au firmament des monstres sacrés de la littérature universelle…

 


é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 12 octobre 2008

 


 Le prix Nobel de littérature 2008 a été attribué à l'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio. Il s'est déclaré "très ému et très touché" par la récompense, dans une interview en français à la radio publique suédoise. "C'est un grand honneur pour moi", ajoute-t-il en remerciant "avec beaucoup de sincérité l'académie Nobel". Cette dernière a fait le choix d'un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante".

"Mon message, c'est qu'il faut continuer à lire des romans", revendique l'écrivain, interrogé sur ce qu'il pouvait recommander face aux bouleversements politiques et économiques du monde contemporain. Lire, "c'est un très bon moyen d'interroger le monde actuel, sans avoir des réponses qui soient trop schématiques", a-t-il poursuivi. "Le romancier n'est pas un philosophe, ce n'est pas un technicien du langage, c'est quelqu'un qui écrit, qui se pose des questions. (...) S'il y a un message à passer, c'est qu'il faut se poser des questions." Le Clézio a indiqué par ailleurs "n'appartenir à aucun courant" littéraire : "J'écris parce que j'aime écrire."

En 45 ans d'écriture, ce grand voyageur fasciné par les mondes premiers est l'auteur d'une cinquantaine de livres, portés par une grande humanité. J.-M. G. Le Clézio, membre du jury Renaudot, a notamment écrit La Fièvre, L'Extase matérielle, Terra amata, Le Livre des fuites, La Guerre, Désert (peut-être son chef-d'oeuvre), Le Chercheur d'or, Onitsha, Étoile errante, Le Poisson d'or, Révolutions, Ourania et, en 2008, Ritournelle de la faim (chez Gallimard pour l'essentiel). Un sondage, paru dans la revue française Lire en 1994, le désignait comme "le plus grand écrivain de langue française" devant Julien Green. Il avait dit : "Moi, j'aurais mis Julien Gracq en tête."

Reconnu dès son premier livre

Son oeuvre, qui comprend des contes, des romans, des essais, des nouvelles, des traductions de mythologie indienne, des livres de photos, d'innombrables préfaces, articles et contributions à des ouvrages collectifs, est perçue comme une critique de l'Occident matérialiste, sous-tendue par une attention constante aux faibles et aux exclus. Son écriture est classique, simple, mais raffinée, colorée.

Le Clézio est né le 13 avril 1940 à Nice d'une famille bretonne (son nom signifie "les enclos" en breton) émigrée à l'île Maurice au XVIIIe siècle. Après sa licence de lettres, il a travaillé à l'université de Bristol et de Londres, consacrant un diplôme d'études supérieures à Henri Michaux. À l'âge de 23 ans, il obtient le prix Renaudot pour un coup d'essai qui fut, et qui demeure, un coup de maître, Le Procès-verbal . En 1967, il fait son service militaire en Thaïlande en tant que coopérant, mais est expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine. Il achève son service au Mexique. Pendant quatre ans, de 1970 à 1974, employé par l'Institut d'Amérique latine, il partage la vie d'Indiens au Panama : une expérience qui aura beaucoup d'influence sur ses écrits. Il enseigne ensuite à Albuquerque (États-Unis).

Jean-Marie Gustave Le Clézio, 68 ans, recevra un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros) le 10 décembre à Stockholm. Il doit déjà se rendre en Suède le 25 octobre pour la remise du prix Stig Dagerman, un prix littéraire suédois qui lui a été attribué en juin.

 

 

 


Ce qu'il faut savoir sur le prix Nobel de littérature

 

 

À sa mort, en 1896, le chimiste Alfred Nobel, inventeur d'un détonateur capable de contrôler la mise à feu de la nitroglycérine, instaura par testament cinq prix annuels dans les domaines de la physique, de la chimie, de la médecine, de la paix et de la littérature. Ces prix devaient être attribués sans aucune distinction de nationalité. Il souhaitait que les dix-huit membres élus à vie de l'Académie suédoise soient ses exécuteurs testamentaires. Le premier prix fut décerné en 1901. Sully Prudhomme fut préféré à Tolstoï…

Les dix-huit membres du jury et leur choix

Trois générations d'enseignants, d'écrivains, de traducteurs se côtoient à l'académie de Stockholm. En vieux suédois, on appelle ces lettrés de aderton : "les dix-huit". Depuis une trentaine d'années, les membres de l'Académie ont ouvert ses portes aux femmes, aux jeunes… et aux catholiques. Tous, en principe, outre les langues scandinaves, lisent l'anglais, et la plupart le français et l'allemand. Mais, pour que le jury en saisisse toutes les subtilités, il est obligatoire que l'œuvre des candidats soit traduite en suédois. Chaque année, avant le 1er février, une centaine de noms sont proposés par des "personnes habilitées" : membres de l'Académie mais aussi professeurs de langue, de littérature. Ensuite, tous les jeudis à 17 heures, les membres du comité Nobel (cinq académiciens élus pour trois ans) présentent leur choix aux autres académiciens. À chaque séance, plusieurs candidatures sont écartées. Fin mai, ils arrêtent leur choix sur une liste de cinq écrivains tenue secrète. Lorsque le secrétaire perpétuel pense qu'une majorité s'est dégagée, il convoque les membres de l'Académie pour le jeudi suivant à 11 h 30 (généralement dans les premiers jours d'octobre). Une heure trente plus tard, le nom du lauréat est rendu public.

Un million d'euros à chaque élu

Le testament du chercheur suédois précisait que la totalité de ses biens devrait constituer un fonds dont les intérêts seraient chaque année divisés entre les cinq lauréats.Bien géré par les Suédois depuis plus d'un siècle, ce fonds rapporte aujourd'hui plus d'un million d'euros à chaque élu.

Refuser le prix?

En septembre 1964, des rumeurs persistantes attribuaient le Nobel à Jean-Paul Sartre. En l'apprenant, il écrivit ces lignes au secrétaire perpétuel de l'académie suédoise : "Pour des raisons qui me sont personnelles et pour d'autres qui sont plus objectives, je désire ne pas figurer sur la liste des lauréats possibles et je ne peux ni ne veux, ni en 1964, ni plus tard, accepter cette distinction honorifique."Mais sa lettre ne parvint pas à temps à son destinataire. Le vote eut lieu le 22 octobre. Sartre fut choisi mais déclina l'honneur : "L'écrivain doit refuser de se laisser transformer en institution", expliqua-t-il.

Un seul autre écrivain a refusé le Nobel de littérature : le Russe Boris Pasternak. L'année suivant la publication en Italie du Docteur Jivago, interdit de publication en URSS, Pasternak se voit décerner le Nobel. Mais Khrouchtchev intime à l'écrivain de choisir entre le prix et l'exil à vie. Pasternak choisit sa patrie et meurt de chagrin deux ans plus tard.


Dernier commentaire: Ada, ou l'ardeur, de Vladimir Nabokov


 Des dizaines de milliers de Martiniquais disent adieu à Aimé Césaire


FORT-DE-FRANCE (AFP) — Des dizaines de milliers de Martiniquais ont dit adieu vendredi dans une ambiance chaleureuse au poète Aimé Césaire, dont la dépouille a été acheminée à travers Fort-de-France, principale ville de l'île française de la Martinique, jusqu'au stade de Dillon où doivent avoir lieu dimanche ses obsèques nationales.

Parti en milieu d'après-midi de la maison familiale des Césaire, le cortège était attendu dans la soirée à Dillon, dans le sud de la ville dont Aimé Césaire, décédé jeudi à 94 ans, a été le maire pendant 56 ans. Le transfert, qui devait initialement durer trois heures, s'est prolongé jusqu'à la tombée de la nuit, en raison de la densité de la foule massée le long du parcours.

Très émus, mais dans une ambiance sereine, souvent joyeuse, les habitants de Fort-de-France et des autres communes de l'île, tous âges confondus, ont applaudi le passage du fourgon transportant la dépouille de Césaire en chantant, en scandant son nom ou en brandissant des portraits du poète.

Des inscriptions "Merci Papa Aimé" ou "Merci Césaire", avaient été tracées à la peinture sur les trottoirs et des portraits du poète collés aux murs.

Dès le départ du cortège, une foule ininterrompue s'est massée le long des rues et des avenues, pour saluer celui qui fut la personnalité symbolique et le principal représentant politique de l'île pendant plus d'un demi-siècle.

Accompagné de nombreux militants du Parti Progressiste Martiniquais (PPM) vêtus de blanc, le cortège a traversé plusieurs quartiers populaires, comme Trénelle ou Texaco, qu'il avait contribué à créer et à assainir.

Des arrêts plus politiques avaient également été programmés, au siège du PPM, qu'il a crée en 1958, où devant l'ancien Hôtel de Ville, où Aimé Césaire avait toujours son bureau.

Les grands axes de l'itinéraire avaient en effet été choisis pour leur relation avec son oeuvre et son combat pour l'émancipation des peuples et la justice, l'Avenue Jean Jaurès, la Rue Emile Zola ou l'Avenue Nelson Mandela.

A l'étape de l'Hôtel de Ville, l'ex-candidate PS à l'Elysée, Ségolène Royal, arrivée en fin d'après-midi, s'est entretenue avec le maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, et Pierre Aliker, l'un des plus proches compagnons de Césaire, aujourd'hui âgé de 101 ans.

Ailleurs, des billets épinglés aux arbres témoignaient de l'émotion des Martiniquais : "Merci d'avoir contribué à l'émancipation du peuple noir", "Papa Aimé, tu voyageras toujours avec nous".

Après une veillée familiale jeudi soir, une veille à laquelle la population est conviée devait durer de vendredi soir à dimanche matin au stade de Dillon, avant les obsèques nationales, dimanche après-midi, en présence du président de la République Nicolas Sarkozy et de nombreuses personnalités.

Un hommage de la Nation extrêmement rare pour un écrivain, qui n'a été rendu depuis le XIXè siècle qu'à Victor Hugo, Paul Valéry (1945) et Colette (1954).

"La volonté du président de la République est que le format et le style de l'hommage répondent aux souhaits de la famille, avec la conscience qu'Aimé Césaire aurait voulu quelque chose d'extrêmement simple", a indiqué vendredi à l'AFP le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, arrivé jeudi en Martinique.

Interrogé sur le souhait évoqué par plusieurs responsables politiques d'un transfert de la dépouille du poète au Panthéon, il a estimé que l'idée ne correspondait "pas du tout aux souhaits de la famille et des Martiniquais".

Une importante délégation du Parti Socialiste conduite par François Hollande était notamment attendue à Fort-de-France, avec les anciens Premiers ministres Pierre Mauroy, Laurent Fabius et Lionel Jospin.

 


 
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ANTIQBOOK Jean Froissart Article 11/10/2009
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Glossaire des chroniques de Froissart

Dimanche 11 Octobre 2009 à 08:44

Publié par Froissart dans Langue et littérature médiévales

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Créé le 07/10/09 - MAJ le 11/10/09 par Pierre - Lectures : 27 - Popularité : 11 - 
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Glossaire du français du 14ème siècle, dans les chroniques de Froissart

"La vie est si entouillée que on ne la sait par quel coron destouiller." - La vie est si compliquée qu’on ne sait par quel bout la prendre.

Le français de Froissart vous déconcerte ? Pour vous "destouiller la vie", découvrez dans ce glossaire un vocabulaire oublié, et une langue française enrichie par ses échanges avec les autres langues de l’Europe. Quelques mots ont parfois survécu dans des expressions locales.

Page en cours de rédaction. La version complète sera en ligne avant fin 2009

Source : Les chroniques de Sire Jean Froissart qui traitent des merveilleuses emprises, nobles aventures et faits d’armes advenus en son temps en France, Angleterre, Bretagne, Bourgogne, Escosse, Espaigne, Portingal et ès autres parties - T 1 - Jean Alexandre C Buchon - Paris - 1835 - Books Google

 
  Sommaire  
 

Glossaire des mots français du quatorzième siècle devenus hors d’usage au dix neuvième [NDLR et encore plus certainement au 21ème siècle], avec des exemples tirés uniquement des Chroniques de Jean Froissart.

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Jean Froissart

 A

A, Atout (avec)

Abaubir (déconcerter) – Et la regardoit le roi si ardemment qu’elle en devenoit toute honteuse et abaubie.

Able (habile).

Ablement (habilement,). - Combattant moult ablement

Abrocher ( éperonner fréquemment). - Les chevaucheurs chrétiens vinrent abrochant jusques a là.

Absol (absous). - Le roi de France les a absol de leurs mesfaits.

Abus (confus). - Adonc furent les inquisiteurs et le conseil tout abus. -Si fut tout abus.

Abusion ( tourment, persécution). - Tant de mérancolies et d’abusions le prirent et aberdirent de tous lez qu’il entra en une frénésie.

Abusquer [s’] (se heurter).

Acarger (charger). - Et apporter et acarger sur les fossés.

Acater (acheter).

Accointer et Accointoier (se faire cointe, élégant, beau).-Et pour eux ajoliver et accointoier.

Accoler (embrasser ; d’où accolade).

Accommencer (commencer).

Accordable ( qui peut être accordé).

Accoucher [se] (se coucher).- Le roi se accoucha malade. - Une maladie prit au connétable de laquelle il accoucha au lit.

Accouter (prêter attention).-A quoi ils accoutoient moult peu.

Accuse (accusation).-Et tout par accuse et par envie.

Acertener (assurer) - Ils furent informés et de vrai acertenés de la mise.

Acertes (sérieux, sérieusement).

Acesmé (paré).- Il n’y avoit en toute Gascogne écuyers si jolis, si beaux, si acesmés comme ils étoient

Acesmement (parure, ornement). - Au voir dIre c’était grand’beauté de voir leur contenement et acesmement.

Achapt (achat).

Achapter (acheter).-Afin qu’ils fussent achaptés bien et cher.

Acharter (transporter).

Achater (acheter)

Achèvement (exploit).

Achiévement (exploit).

Achoison (occasion, cause). - A petite achoison il a mist ses châteaux. - Je pris voie et achoison raisonnable d’aller devers, etc.

Achopper (trébucher.).-N’a pas métier, s’il se trouve eu bataille à l’encontre de nous, que son cheval achoppe, car s’il étoit pris, sa rançon ne seroit payée.

Acointer (devenir ami).

Acomminger (communier) - Et se acomingèrent les trois parts de l’ost.

Acomparager (comparer).

Acompter (songer).

Aconsuir (poursuivre, atteindre).

Aconvenancer (promettre, engager). -Le maronnier se aconvenança à lui.

Aconvoyer (accompagner).

Acoster (approcher). - Oncques charnellement messire Êdouard n’acosta à li.

Acoursé (d’un cours réglé).-Si le voyage y étoit acoursé, les chrétiens y viendroient communément.

Acquerre (acquérir).

Acreu (Obtenu à crédit ; d’accroire, confier).-Si ses gens avoient rien acreu, on seroit payé.

Adestrer (accompagner, être sur la droite). - Les seigneurs qui les litières de la roine et des dames devoient adestrer.

Adextrer (accompagner). - Le roi adextré de ses maréchaux.

Adhers (accusé).-Avant que Betisac fut néant adhers ni demandé.-Les amisses dont il est maintenant adhers et encoulpé.

Admirault (amiral).-Si fit dire à l’admirault et au connétable que ils. etc.

Adolé (attristé ; de dolere).

Adoubé (revêtu de toutes armes, offensives et défensives.). - Trente compagnons bien armés et adoubés.

Adoulé (attristé ; de dolere).

Adresse (direction, redressement).- En eux vous trouverez toute adresse. - Il savoit toutes les adresses et les torses voies.

Adresser (redresser ; et prendre la droite ; le même qu’adextrer). - Et adressèrent la dite dame, messire Eustache d’Aubrécicourt et messire Jean d’Évreux.

Aduré (endurci à la fatigue).-Un moult aduré écuyer, vaillant homme aux armes.

Advenist (advint).- Il convenoit que ce advenist

Advoer (avouer, approuver) – Vètre ! dit le maire, qui jà étoit advoé du roi.-Tous lui eurent en convenant de l’advoer.

Advoeson (bail donné à un avoué)

Aelle (aile). - Et supportoit dessus ses aelles ceux de Paris.

Aerdre [s’] (s’allier).

Affaité (rempli plus qu’au faîte). - Le roi et la roine d’honneur et de largesse étoient si pleins et si affaités.

Affaité (informé, mis au fait). - Donc envoya par messages sécrets et aflaités de ce faire.

Affellonnir (s’irriter). - Si lui engrossa le cœur au ventre et affellonit grandement

Affermer (conclure, signer ; d’on firm en anglais).

Afféroit [il] (il convenait ; d’afférir). - Trop bien savoit prendre où il appartenoit et remettre où il afféroit - Il affiert - Tant penser n’affiert pas à vous.

Affier [s’] (se fier). - Il s’affioit tant en sa puissance.

Affiner (finir). - Et auroit tôt cette guerre affinée.

Affoler et Affouler (estropier, maltraiter). - Il en tua douze tous morts, sans ceux qu’il meshaigna et affola. - Et en y eut pour ce parti plusieurs morts et affolés. .

Affourager (approvisionner de fourrages) - Et se pourroit-on émerveiller où on prenoit les fourrages pour affourager les chevaux.

Affrener (mettre un frein, retenir).

Affuir (fuir).

Agar (exclamation, pour : Voyez un peu ! On dit encore : Aga !) - Agar ! comme les Hainuyers nous réveillent !

Agré (gré).- Il vous vint en agré que vous partîtes.

Ahanier (laboureur, homme de peine, de ahan fatigue ). - Si montoient des chevaux des ahaniers qu’ils trouvoient sur les champs.

Ahatie (querelle, rencontre, fait d’armes). - Il fut informé par les hérauts de cette ahatie. - Et se devoit faire l’emprise et ahatie de cinq lances à cheval, etc.-Et fut la bataille prise par ahatie.

Ahatir [s’] et s’ahaiter (s’engager de querelle). - Les quels mineurs s’étoient ahatis qu’ils leur rendroient la ville dans quinze jours. - Par plusieurs fois nous sommes nous ahatis.

Aherdre ( lier, attacher, tenir ensemble, retenir). - Messire Hue et les autres s’aherdirent aux câbles et aux mâts. - Les chevaux ne se peuvent aherdre. - II n’y demeura guères longuement, que fièvres et maladies l’aherdirenL - Tous leurs ahers et alliés. - Et tous ceux qui s’étoient ahers et conjoints avec moi.

Ahéritance (héritage).-Et veux que ils scellent et accordent avecques moi cette ahéritance que je vous donne.

Ahériter (rendre héritier). - Pape Clément l’avoit revêtu du royaume et ahérité de Sicile - Et avoit intention le comte de Foix de ahériter ses deux fils bâtards de la graigneur partie de la terre de Béarn.

Aidable (dont on peut s’aider).- Ceux que vous nommez sont bien aidables et méritent d’avoir une partie du gouvernement de la ville de Gand. - Deux cents compagnons aidables.

Aigue (eau). - La nef fesoit aigue. - Et là entrèrent en attendant l’aigue.

Aimablement (d’une manière aimable).

Ainçois (plutôt).

Ains (avant).

Ains-né (né avant, aîné).

Air (courroux). - Tant prièrent et supplièrent ces douze bourgeois de Gand que le comte se refréna grandement en son air. - Brisez un petit la pointe de votre air.- Ce pape qui étoit tout enflé d’air et de maltalent.

Airé (courroucé).

Airement - Aussi noire que airement pour la fumée des tourbes qui s’y ardoient.

Aireux (emporté).

Aisé (disposé à, qui a la facilité de).- Le comte leur répondit qu’il n’étoit point aisé de venir à Tournay quant à présent – Les bonnes gens de Londres étoient bien aisés de ce faire.

Aisement (convenance).- Si y eut en chacune des batailles sa droite portion de gens d’armes et d’archers, selon leur aisément.

Aiser [s’] et s’aisir (se mettre à l’aise).

Aissielle (échelle).

Aist [qu’il] (qu’il aide) Si dieu m’aist !

Ajoliver (rendre joli et gai). - Et pour eux ajoliver, ils avoient mis en ce leur entente depuis qu’ils vinrent d’Angleterre,

Ajour (jour fixé). - Il dit qu’il vint droit à son ajour.

Ajournement (jour fixé t espace d’un jour, point du jour). - Par vespres et ajournement. - Droit à l’ajournement.

Ajourner (faire jour). -Et pour ce qu’il ajournoit, nous ordonnâmes cent lances des nôtres à demeurer derrière.

Alan (chien de chasse, nommé en Espagne alany et originaire d’Albanie).- Et envoya par lui au duc d’Anjou quatre lévriers et deux alans d’Espagne, si beaux et si bons que merveilles.

Alayne (haleine). - Il l’avoit poussé jusqu’à la grosse alaine.

Alemelle (lame). - Et tenoit l’alemelle de son couteau par la pointe.

Alener (fatiguer) - Et alenoient à demeurer là.

Aliter (continuer à rester au lit ; A, devant les verbes, signifie continuation d’action).- Il le convint aliter et mourir.

Allé (été ; d’aller).-Ils avoient partout allé.

Alloier (lier). - Ils alloièrent leurs prisonniers deux et deux. - Leurs chevaux tout alloiés ensemble.

Allouer (gâter, aliéner). - Il ne vouloit pas allouer son artillerie sans raison.- Ils avoient vendu et alloué leur héritage. - Ils ne vouloient faire blesser leurs gens ni allouer leur artillerie.

Allumelle ( lame ). - Et ont irlandois couteaux aigus à large allumelle à deux taillans, à la manière de fers de dards.

Aloe (alouette). - Entre prime et tierce se commença le jour à réchauffer, et le soleil à luire et à monter, et les aloes à chanter. - Comme l’aloe fait devant l’épervier.

Aloer (altérer, risquer, compromettre). - C’est un mal chevalier qui ne veut autre chose que ses aises de boire et de manger, et de aloer le sien follement - Le- grand argent qui avoit été cueilli étoit tout passé et aloé.

Aloier (attacher, lier).- Ils aloièrent la corde au plançon. - Il obligeoit et aloioit son royaume.

Alosé (loué, célèbre). - Un écuyer alosé et usé d’armes. - il eut toutes les meilleures gens d’armes et les plus alosés.- Et moult étoit alosé au royaume de Castille pour ses prouesses.

Alouer (gâter). - L’artillerie qu’ils avoient, ils alouèrent si nettement que ils n’avoient mais rien que traire.

Aloyer (allier).- Par mariage il se y veut aloyer.

Amanandé (habité).- Auquel hôtel, pour quoi qu’il soit grand assez et bien amanandé.

Amati (abattu ; de l’espagnol matar, tuer ; d’où échec et mat). - Si en étoient tout amatis.

Ambarde et Aubarde (terrain planté d’aubiers). - Vous véez les dix mille francs tout appareillés sur cette ambarde.

Ambassaderie et Ambaxaderie (ambassade).-II valoit trop mieux que le sénéchal demeurât en Bordeaux que il allât en ambaxaderie au royaume d’Arragon - Là vint l’évêque de Baussères en ambaxaderie.

Amblant (allant l’amble). - Un petit palefroi amblant.

Ambler (enlever).

Amenrir et Amendrir (diminuer).- En amenriant la somme.

Amer (aimer).

Amesuré (mesuré).- Je vous croyois plus attrempé et mieux amesuré que vous n’êtes.

Amettre (accuser). - S’il étoit nul corps de chevalier qui le voulût amettre de trahison, il le feroit combattre jusqu’à outrance.

Amis (accusé).- Lequel étoit amis de leur même fait et inculpé.- De tels viles choses sa fille étoit amise.

Amise et Amisse (faute).-Les félonies et amises qui pour ce temps étoient en Angleterre.-Telles avenues et telles amises avenoient adoncques au royaume de France. - Et par espécial de ces amises et malveillances en étoient plus demandés messire Thomas Trivet et messire Guillaume Helmen.-Grandement il se fut excusé des amisses dont il est maintenant encoulpé.

Amministrer (administrer).

Ammonestement (avis).

Ammonester (admonester).

Amollir (adoucir). - Ce lui amollia grandement le courage.

Amont (en haut).

Amourer (rendre amoureux). - Il l’en amoura si (du voyage de la Terre-Sainte),que si le roi de France et le roi d’Angleterre y fussent allés, etc.

Amoyenner (se porter comme médiateur, arranger). - Si -commencent à traiter de un répit avoir, pour mieux amoyenner leurs besognes.

Amplier (augmenter). - Il ne vous veut pas ôter, mais accroître et amplier tous les jours.

Anal (anneau).- Et leur donnait anals d’or.

Anavier (conduire par eau).- Le roi entra en un batel et se fit anavier jusques à I’hôtel Saint-Pol.

Ancesseur (ancêtre). - On a de mes ancesseurs peu trouvé qui soient morts en chambre ni en lit.- Et de nos ancesseurs ils furent là tous morts et déconfits.

Ancesterie (tige d’ancêtres).- Les plus honorables de corps, de chevance et d’ancesterie de la ville de Calais.

Ancrer (être à l’ancre).

Angel (ange). - Ils n’étoîent ni angels ni esprits, mais hommes.

Anglesche (anglais) ; il se conforme à la prononciation.

Anglet (petit angle, coin). - Adonc me tira-t-il à une part, en un anglet de la chapelle du châtel

Angoisseusement (douloureusement, arec angoisses).

Angoisseux (rempli d’angoisses).

Anientir (anéantir, réduire à néant).

Annihiler (détruire). - Et annihileront leurs pourvéances.

Annoi (ennui) – Quelqu’annoi et déplaisance qu’il eût du roi Richard son frère. - Car de vos annois les Bruxellois ont grand’compassion. -

Anoier (fâcher).- Pensez-vous qu’il ne lui dût pas bien anoier. - La dame qui véoit son châtel pris, dont moult il anoioit.

Ante (tante).-Les héritières d’Espagne et de Castille ses belles antes. - Et étoit la roine d’Angleterre son ante.

Anten (auparavant ).- Bien savons que le Montat fut anten à Toulouse.

Anuit (ce soir). - Il aura réponse anuit pour retourner le matin. - Nous y serons anuit au gite.

Anuiter (faire nuit) - Environ l’anuiter, ce jeudi au soir.

Aourer (adorer). - On aoure saint Aquaire.- Nous aourerons les Anglois des lèvres, mais les cœurs ne s’en mouveront jà.

Aourné (orné). - Et avoient toutes les litières si richement aournées que rien n’y failloit

Aouser (adorer).- Quand sire Eustacte de Saint-Pierre eut dit cette parolle, chacun l’alla aouser.

Août (moisson). - Le pays est si chaud que, à l’entour du mois de juin, l’août y est passé.

Aparler (entretenir, continuer à parler) - Quand messire Guillaume de Namur fut premièrement aparlé de cette matière. - Les seigneurs qui de ce l’aparloient.

Apléger (servir de caution, de plége, caution).

Apleuvoir (continuer à pleuvoir). - On n’épargnoit non plus or ni ar­gent que donc que il aplenist des nues, ou que on le puisât en la mer.

Apoier (appuyer). - Apoiez vous ici de lez moi.

Apovri (apauvri).

Appacti (mis à composition). - S’ils n’étoient bien aconvenancés et appactis.

Apparant (apparence).- Il n’en étoit nul apparant.

Appareillé (prêt).

Appareillement ( avec appareil).

Apparoir (paraître).- Oncques meschefs ne furent si grands comme ils apparent pour le présent. - Il ne leur apparoit aucun confort de nul côté.

Appasser (passer).

Appaticer (faire pâtir).-Quand ainsi les vouloient mener et appaticer.

Appeaulx (pluriel d’appel, dont le singulier est aussi appeau). - Le roi qui souffert avoit ces appeaulx en gage de bataille.

Appendance (dépendance).- II recouvreroit Lille et Douay et les appendances.

Appendre (dépendre de).- Et y append un beau château.

Appenser (penser).

Appenti (sorte d’appui extérieur des maisons, comme il en existe encore dans une des rues de Genève. On les démolit en ce moment, de même qu’on les a démolis partout). - Et fit abattre tous les appentis de Paris pour chevaucher plus aisément parmi les rues.

Appert (expert).

Appertement (d’une manière ex­perte).

Apperteté (habileté). - La pussiez-vous voir entre ces nouveaux che­valiers toute apperteté. - Appertise (exploit).

Appéter (désirer, manquer). - Vi­vres leur appétissoient.

Applouvoir (tomber abondamment, comme une pluie). - Et toujours applouvoient gens de tous lez.

Appoier (appuyer). - Adonc furent ordonnées échelles et appoiées con­tre le mur.

Appresser (presser)

Approvender, s’approuvender (ap­provisionner ; de provende, provi­sion). - Combien qu’ils eussent été bien approvendés de foins, d’avoine et d’aigue douce. - Et les approuvenda bien et largement.

Appuigner (empoigner). -Et appuignèrent et appointèrent leurs lances.

Aquasser (devenir calme, en parlant de l’eau). - Le temps cessa et la mer s’aquassa.

Aquoiser (devenir coi, tranquille).

Araser (raser d’une manière conti­nue).

Arateler (haleter). - Et ouïrent les chevaux arateler.

Arché (courbé en arc). - Et étoit la dite couronne archée en croix.

Archegaie (javelot).

Archonner et arçonner (faire l’arc, se courber) - Les lances point ne se brisèrent, mais archonnèrent.

Ardaier (aiguillonner). - Ainsi hériant et ardaiant l’un l’autre, advint que...

Ardoir et ardre (brûler, d’où ars brûlé, arsure, arsion et arsin, action de brûler). - Depuis la des­truction et arsion de la ville de Gand.

Argu (subtilité, finesse). - Si Aymerigot eût tourné ses usages et ses argus en bonnes vertus.

Arguer (tourmenter, accuser). - Et arguoit durement le duc de Nor­mandie.

Ariémes (nous) (nous aurions, et il aroit, pour il auroit, d’avoir. Les pluriels en ièmes au lieu de ions sont encore normands et picards).- Nous n’arièmes jamais nulle bonne aventure. - Si aroie plus cher à être mort que il en advint ainsi. - Ils pensoient qu’il y aroit escarmouche.

Ariole (devin). - Les aucuns de ces arioles affirmoient que le roi étoit damné par sorts.

Armeret (vaillant). - Les plus preux et les plus armerets de toute Tur­quie. - Le gentil duc Wincelant qui fût en son temps noble, joli, frisque, sage, armeret et amoureux.

Armoié (orné d’armoiries).

Armoier (armurier). - Les meil­leurs ouvriers armoiers qui fussent en Lombardie.

Aroié (mis en rang). - Aussi bien aroiés, appareillés et armés de tou­tes pièces que nuls gens d’armes pourroient être.

Arondeau (hirondelle).- Ni en avoir pitié non plus que d’arondeaux ou d’alouettes qu’on prend en la saison pour manger.

Arouter (mettre en troupe ; de route, troupe).

Arréé et arré (orné). - Il étoit bien appareillé et arréé de ce que à lui appartenoit. - Aussi bien arrés et appareillés de toutes pièces comme nul chevalier pourroit être.

Arréement ( en arroi, en bon or­dre). - Ils chevauchèrent moult arréement.

Arrenter (donner des rentes).

Arrestéemenl et arrestement (déci­dément). - Ce que arrestéement il en feroit - Et ne savoient pas en­core arrestement entre eux quel part ils te trairoient ni où ils pren­droient terre.

Arriérance (retard). - Ils nous por­teroient plus d’arriérance que d’avantage ni de profit.

Arrifler (raser), - Si vint le duc de Lancastre tout arriflant et côtoyant la nef du prince.

Arroi (rang, ordre). - Sans arroi et sans ordonnance.

Arroier (ranger, mettre en arroi). - Si descendit le roi au palais qui étoit ordonné et arroié pour lui

Arrouter (assembler, mettre en route, troupe). - Ils arroutèrent tons leurs chariots.

Artétique (arthritique, d’un mot grec).

Artillerie (toute espèce de machine à lancer traits).

Assai (essai).-Je me mis en cet assai pour l’avoir.

Assault [il] (d’assaillir). - Si on les assault.

Asségur, asséur et assur (assuré).- Piètre Dubois qui ne se sentit mie asséur de sa vie.

Asségurance (assurance).

Asségurer (assurer)

Assembler (attaquer).

Assencer et accenser (affermer). - Et occirent tous ceux qui avoient assencé ces gabelles. - Et tous impositeurs et gabelleurs qui les avoient accensés.

Assener et assiner (assigner ; on dit encore assené en parlant d’un coup porté juste). - Autant de beaux coups rués et aussi bien assenés que je fis oncques en toute ma vie. - Ils assinèrent de prendre le châtel.

Assent (senteur, signe et consente­ment). - Par les assents qu’ils avoient vus.

Assentir(consentir ; d’où assentiment). - Le conseil du roi s’assentoit bien à tout ce.

Asseoir (placer). - Qui lui asséoit sur son poing un faucon pèlerin moult gent et moult bel.

Asseulé (isolé, resté seul). - Cette maison étoit toute asseulée hors des autres. - Ils faisoient doute que les Escots ne les murdrissent en leurs lits quand ils seroient asseulés. - Si étoit là asseulée entre ses gens.

Assis (assiégé) - Cent mille Fla­mands qui ont là assis grand’foison de gentils hommes.

Assotter (rendre sot, prendre d’af­fection). - Il étoit tout assotté sur messire Hue le Despensier.

Assoufir (donner suffisance ; d’où assiouvlr). - On ne les en pouvoit assoufir.

Assurement (assurance). - Sur as­surement

Astronomien (astronome ou plutôt astrologue). - J’ai eu long-temps un maître astronomien.

Atant (alors). - Atant se départit le conseil. - Ils ne cessèrent mie atant.

Atarger et Attargier (continuer à tarder). - Il avoit atargié leur paie­ment.

Aterrer et Atterrer (jeter à terre). - Et fut pris et aterré. - Ils en at­terrèrent et blessèrent plusieurs. - Peu échappèrent qulls ne fussent morts et atterrés.

Atine, Atis, Atys et Atye (débat, querelle, indices ; même mot que ahatie et hâtie). - Les Anglois pour­raient tenir cette chose à atine d’or­gueil et de présomption. - L’attine qui fut faite entre le roi et le duc de Touraine son frère, pour plutôt ve­nir de Montpellier à Paris.

Atis (atisé, provoqué) - Au cas que il s’est atis de la joute à moi, deman­dez-lui si il lui suffit.

Atournement (préparatif). - Les Anglois ordonnèrent manteaux et atournemens d’assaut.

Atourner (parer et retourner sens dessus dessous). - Si richement vê­tues et atournées que chacun s’en émerveilloit. - Et atournât tel le pays que jamais ne fut recouvré.

Atrever, attrever, attriever, attrieuver (faire trêves). - Ils ver­roient volontiers que le roi de France s’accordât ou s’atrevât aux Anglois. - Les bonnes gens ne pouvoient aller hors labourer leurs vignes ni terres s’ils n’étoient attrevés à eux. - Qui auroient pleine puissance de paix faire, ou de attrieuver les royaumes et pays dessus nommés.

Attemprance (modération).

Attempré et Attrempé (modéré, doux). - Le temps étoit moiste et attempré.

Attemprement (avec modération).

Attraîner (entraîner). - Grand pil­lage qu’ils y ont assemblé et attrainé du pays et d’environ.

Attremper (ajuster). - Il attrempe bien et à point le dit engin.

Aubarde (lieu planté d’aubiers).

Aucques et Auques (aussi).

Auder (entendre dire). - Ils audoient que le roi d’Angleterre dût mettre le siège devant leur ville.

Aulnoy (aulnaie,lieu planté d’aulnes).

Auqueton (boqueton).

Austère (dur). - Le châtel fut trahi et vendu à un Breton, le plus cruel et austère de tous les autres.

Autel et otel (semblable et semblablement). - Ceux de Dinant firent autel. - Je vous ferai apporter deux harnois tous égaux, autels les uns comme les autres.- En autelle ma­nière. - Ils fesoient autel.

Aval (en bas ; opposé de amont).

Avaler (descendre). - Quand le duc le vit avaler de si grand’volonté.

Ave (ancêtre). - Le ave du duc du Guerles se maria à la fille de Berthaud de Malines.

Avecques (avec).

Avéer (avouer). - Les quelles je n’avée pas que de ma bouche soit issue parole nulle.

Avenir (advenir).

Aver (avare). - Et fut en son temps le plus aver que on sçut

Avérions [nous] (nous aurions, d’avoir). - Nous n’avérions jamais fait

Avesprée (soirée).

Avesprir (faire nuit). - Et plus venoit et plus avesprissoit.

Avironnément (alentour), - Arrêtés avironnément sur les fossés.

Avitailler (garnir de vitailles, vivres - Les Anglais ont conservé le mot victuals qu’ils prononcent à peu près comme notre mot vitailles.) - Les biens et les vitailles que il convenoit pour avitailler un tel ost.

Avoier (conduire ; mettre sur la voie) - Pour avoier le roi d’Angleterre à ce qu’il y voulût descendre.

Avolé (étranger, réfugié)

Aye (aide).

Ayr (colère). - Si le roi de France l’eût tenu en son ayr, il l’eût fait décoler.

Ayré (courroucé)

 B

Bacheleureusement (vaillamment).

Bachelereux (vaillant).

Bachelerie (chevalerie, vaillance).- Envoyez votre bachelerie devant Alexandrie.

Bachelier (chevalier).

Bacon (jambon).- Douze bacons et de la poulaille grand’foison.

Bacque (bac).- Si nous avions deux ou trois bacques et les fissions lancer en la rivière du Lys.

Badellaire et Baselaire (coutelas).- A ces mots il trait un grand badellaire que il portoit.

Bahut (coffre).

Bail (gouverneur).- Robert Canoile étoit demeuré bail de Bretagne quand le duc s’en partit.

Baille (porte).- Puis fit recommencer une escarmouche aux bailles. - Et étoient les bailles faites de bon bois. - Et s’en vinrent aux bailles de Bruges, et les trouvèrent fermées et bien gardées.

Baillieux (bailli). - Bailliueux, je obérirai.

Balenier, Ballengier, Balinghier et Balinghière (grand bateau ). - Et feroit le duc de Bretagne venir et amener par ta rivière de

Loire, barges et baleniers à plenté pour mieux contraindre par la rivière ceux de Nantes. - Plenté de naves, de galées, de vaisseaux, de ballengniers et de coques pour passer le roi de France en Angleterre. - Et leur avoit-on donné‚ une nef balinghière qui s’étoit emblée en Normandie.

Baloier (voltiger).- Quand ils apperçurent les bannières et les pennons ventiler et baloier.

Ban-cloche (cloche du beffroi, du ban).

Bande (côte).- Les bandes de Normandie.

Bandeler (attacher avec bandes). - Et lui bandèrent et appareillèrent ses plaies.

Banlèvre (tour de la bouche).

Banlier (flotter au vent).

Baraterie (tromperie).- Nous disons que c’est baraterie que il fait.

Baratière (rusé). - L’archiprêtre est si baratière, qu’en nous contant jangies et bourdes, il aviseroit notre force et nos gens.

Bargaingner, Bargener, Barguigner (marchander. Les Anglais disent encore : to bargain. On dit encore, en français bourguignon : Ne barguignez pas tant). - Nous le bargenons et un autre fois nous l’acaterons. - On ne peut pas bargaingner et achapter tout sur un jour.

Barge (bateau. Ce mot est encore anglais).

Baronnesse (femme d’un baron).

Bascle et Bascon (bâtard).

Bassinet et Bacinet (chapeau de fer en forme de bassine).

Bastide et Bastille (fort).- Ils avoient fait charpenter une bastide de gros merrien à manière d’une recueillette.

Bastiller (fortifier).- Et vit foison de naves bien bastillées.

Bataille (corps d’armée ; c’est l’ordre dans lequel sont rangées les troupes). - Ranger les batailles. - Chacune bataille avoit deux ailes.

Batel (bateau).

Baudement (hardiment).- Il vint baudement au duc d’Anjou et lui dit :

Baudequin (drap de fils d’or et de soie).- Vêtus de gonnes de baudequin vert et vermeil.

Baulx (même que Bail, administrateur).- Il institua son oncle à être baulx du Hainaut.

Béer (attendre ; on dit encore : béer aux corneilles).

Beffroi (cloche ; c’est aussi une tour sur laquelle on plaçait une cloche). - Et fit charpenter deux beffrois à trois étages.

Behour (choc de lances). - Fête de joutes et de behours.

Belourde et Velourde (fagot).

Bequer (becqueter). - Mais les béquoit cil oiseau et poignoit et contrarioit.

Bersail (but auquel on vise).- Quand ceux de l’ost virent que leurs gens étoient en bersail (c’est-à-dire exposés aux traits des ennemis).

Berser (lancer des traits ; en Piémont les archers s’appellent bersaglier).

Bestiail, Bestial (bétail ; d’où bestiaux). - Réservés tous vivres, bestiail et autres, choses que on trouveroit sur les champs.- A leur retour ils levèrent ès prairies grand bestial.

Bestourner (culbuter).- Fortune qui oncques ne séjourne, mais tourne et bestourne.

Beuvrai [je] (je boirai ; on disait beuvrage au lieu de breuvage. Les Anglais disent encore beverage). - Jamais je ne beuvrai ni ne mangerai, si sera ce amendé.

Bidau (soldat de troupes légères, armé de dards, d’une lance et d’un poignard).

Bienfait (action bien faite).- Plusieurs autres barons et chevaliers pleins d’honneur et de prouesses desquels je ne puis mie de tous parler, ni leurs bienfaits ramentevoir).

Bièvre (castor ; en apglais : Beaver). - Et avoit sur sa tête un noir chapelet de bièvre qui bien lui séoit. - En ôtant jus de son chef un chapelet de bièvre qu’il portoit.

Blanc (sorte de monnaie ; on dit encore six blancs). - Il auroit un blanc de France.

Blandir (flatter). - On ne dira mie que je le blandisse trop. - Il le vous fault blandir tant que le mariage soit passé.

Bobant et Boubant (pompe et vanité). - Il entra en la cité en grand bobant. - Selon le grand bobant que fait ils avoient.

Bocailles (petit bois).

Boce et Bosse (tertre, grosseur ; se prend quelquefois pour le bouton de la peste). - La boce de la Breth (c’est-à-dire le château d’Albret situé sur une colline). - Et en y mourut de boce et de mal de corps plus de vingt mille personnes -Tant courut le coursier que cette boce lui effondra au corps.

Bombarde (espèce de canon).

Bonde, même que Bande, (frontière ; en anglais Boundaries). - Cette armée se mettoit sus à l’encontre des bondes de Normandie. - Le pays gissant entre les mettes et bondes qui s’en suivent.

Bondissement (retentissement) - Ils oyoient clairement le bondissement des Navarrois.

Bonnier (mesure de terre équivalente à trois arpents. Ce mot est encore usité en Flandres). - Un grand bonnier de terre.

Boquetel et Bosquetel (petit bois, bosquet). - Et entrèrent à la couverte en un petit boquetel. - Et s’en vinrent loger de haute heure en un petit bosquetel.

Bord ( mettre à bord, jeter par-dessus bord dans la mer). - Si furent eux tous mis à bord sans nullui prendre à mercy.

Boschet (bosquet, petit bois).

Boudine (nombril). - Etre en l’eau jusques à la boudine.

Bouge (sac, cuisine). - Et trouvèrent en bouge la somme de trois mille francs. - Et n’y avoit en cette maison fors le bouge devant.

Bouhourd, Behourd (echaffaud).

Bouhourder, Behourder (faire un tournoi).

Boulgre (hérétique, manichéen ; cette doctrine avait passé de la Grèce en Bulgarie, d’où vient le mot boulgre ou boulgare, et de là dans le reste de l’Europe). - Betisac avoit dit et confessé, de sa volonté et sans contrainte, que il étoit hérite, et avoit tenu un long temps l’opinion des boulgres, et le roi avoit dit qu’il fût pendu et ars.

Boulu (bouilli ; le cri des rues est encore : marrons boulus). - Tous couverts de cuir boulu.

Bourde (plaisanterie, moquerie ; on dit encore : Tu nous contes de belles bourdes).

Bourder (moquer et charger). - Ainsi que on bourde ensemble. - Lequels se départirent moult bourdes et moult troussés.

Bourdeur (qui dit des bourdes).- Va ! tu n’es qu’un bourdeur.

Bourdon (bâton de pélerin). - Ce sera, un bourdon pour lui appuyer.

Bourg (bâtard).

Bourle (moquerie ; en italien Burla). - Si ne guerroyons pas courtoisement, fors à la bourle.

Bourlet (massue).

Bourrel (bourreau). - Prenez un bourrel, et lui faites trancher la tête.

Boursette et Bourselette (petite bourse).- Le roi lui donna une moult belle boursette.

Bouter (mettre ; d’où boute-roue dans certains dialectes pour la borne contre la quelle frotte une roue.)

Boutis (action de bouter) - Là eut fort boutis de glaives. - Il y eut dur encontre et fort boutis.

Braie (haut de chausses et enceinte de murs). - Les lrlandois ne portent nulles braies. - Et le fit courir tout nud en ses braies parmi la ville. - Une très grosse tour où il a braies tout environ.

Brandeler (chanceler).- Reconforter les batailles qui brandeloient.

Branle (commotion). - Tout le pays étoit en branle.

Bretesche (créneau, défenses).

Bretescher, Breteskier (garnir de bretesches). - Et avoient amont les mâts châteaux breteskiés. - Treize nefs bien pourvues et bien breteschées ainsi que nefs d’Espagne sont. - Et là fit faire ce châtel si fort et si bien breteschié.

Bricole et Brigoles (fronde en cuir qui servait à jeter des balles de plomb et des pierres).- Et nous logerons hors du trait de leurs bricoles. - Brigoles et arcs à tour, et grand’foison d’atournemens d’assaut.

Brigand (soldat à pied qui avait pour arme défensive une espèce de cotte de mailles appelée brigandine).

Brocher (piquer de l’éperon). - Adonc brochèrent des éperons cette part. - Et commencèrent à brocher chevaux des éperons.

Brouillis (bruit). -Il menoit un tel brouillis que il sembloit que tous les diables d’enfer dussent tout emporter.

Brouir et Bruir (brûler). - Ce qui issoit hors de terre ne fructifioit rien, car le grand’chaleur de terre l’avoit tôt bruit.

Brouisse et Broussis (broussaille). -Aussi serrés comme une brouisse.

Brousse (troupe). - Sitôt qu’ils nous verront chevaucher en brousse.

Brucqueux (couvert de bruyères).- Ord pays et brucqueux et mal logeable.

Bruge-maistre, Burghemaistre (bourgue-maistre).

Bruine (brouillard, trouble au figuré). - Si ne vouloient pas laisser cette bruine de Bretagne qu’elle ne fût abattue.

Bucher (frapper).- Quand ils ouirent l’effroi et le bucher.

Buffe (soufflet ; au figuré, contrariété). - Pour une buffe que je recevrai j’en donnerai six. - Et leur convint porter et souffrir cette buffe, car ils en avoient donné une autre aux Escots.

Buire (cruche). - Au dehors de la ville a une très belle fontaine, où, par usage, tous les matins les femmes de la ville venoient atout buires et autres vaisseaux, et là puisoient. - En habit de femmes et buires en nos mains, réunis en une prairie. - Chacun de nous prit sa buire et les emplimes.

Buisine (sorte de trompette). - En sonnant buisines et trompettes.

Buissar (petit bateau).

Bullé (rédigé ; de bulle). - Chartes bullées et scellées.

Buquer (frapper). - Le comte vint jusques à la porte et fit buquer à grands coups.

Burions [nous] (nous boirions).

Busner (rêver).- Il commença moult fort à penser et à busner sur ces nouvelles.

 C

Cacier, cacher (chasser). - Le roi se tenoit en la sauvage Escosse et là cacboit.

Calange, challenge, chalange (défi, réclamation ; conservé en anglais).- Et montra quel droit le roi d’Angleterre avoit en la chalange de France.

Calenger, challenger (défier, réclamer, contester). - S’ils nous veulent calenger aucun droit.

Cambre (chambre).

Camocas (étoffe fine faite de poil de chameau ou de chèvre sauvage.).

Campane (cloche). - On sonna au matin la campane du consistoire, et fut faite la convocation de tous les cardinaux.

Canceler (effecer). Et ce qui à canceler serait, il seroit cancelé. - Et si rien avoit de contraire, ils le feroient en leur présence canceler et amender. - Il leur fut dit que ils le fissent écrire et jeter en une feuille de papier, car le roi et son conseil le vouloient voir et collationner, et si rien avoit d’outrageux en la dite emprise, on le cancelleroit et amenderoit

Cancelerie (chancellerie).

Cançon (chanson).

Canter (chanter).

Candouaille (chandelle). - Si se pourvurent trop grandement de candouaille.

Canonnerie (canonicat, place de chanoine).

Capitol (capitoul, conseiller municipal). - Et montèrent tous les capitols de Rome sur chevaux couverts , et amenèrent le pape à grand triomphe à Rome.

Captivoison (captivité). - Ils seront contournés en captivoison.

Caraque (grand bateau). - Et entra en une caraque grande et forte assez pour aller par mer par tout le monde.

Carger (charger). - Ils dirent que ils avoient cargé pour mener en Flandres.

Carme (charme). - Le roi étoit dominé par sorts et par carmes.

Carnet (visière). - Et avalèrent les carnets de leurs bassinets.

Carole (danse).

Caroler (danser).

Carrel, carreau (flèche triangulaire ; on dit encore : les carreaux de la fondre).

Caste (chaste). - Encore étoit-il caste, et n’avoit eu oncques compagnie charnellement à femme.

Catir [se] et quatir (se poser de manière à tenir peu de place), - Et se mucèrent et catirent.

Cauchie (chaussée).

Cauteler (agir avec cautelle). - Rien ne se passoit de l’un côté ni de l’autre qu’il ne fût bien espécifié et justement cautelé. -Je ne die mie que nous cautelions nulle incidence par quoi nous soyons mal de monseigneur de Flandres.

Cautelle (ruse ; d’où cauteleux). - Aucuns disoient que les cardinaux l’avoient là envoyé à cautelle pour eux exaulser.

Cavailhon (cheval ; du mot portugais).- Dès que l’on eut dit : Aux cavailhons ! Aux cavailhons ! qui veut dire en langue fran‡aise : Aux chevaux ! Aux chevaux. !

Caver (creuser).- Et commencèrent à piocher, et à caver et à ôter pierres.

Cavillation (ruse ; les Anglais disent encore : To cavil) - Et ressoignoit les cavillations et déceptions des paroles colorées des François.

Cay (quai). - Si passa-t-il la rivière, et arriva sur le cay à Bordeaux.

Celéement, celément (d’une manière celée, cachée). - Les inquisiteurs feso‹ent celéement et secrètement enquête sur lui.

Cendal (étoffe fort estimée). - Le grand pont était couvert tout au long de vert et de blanc cendal. - Quand le roi eut tendu son pavillon de vermeil cendal.

Cep (lien, fer, chaîne). - Si furent mis en un cep et les autres en une fosse. - Et mettent en fers et en ceps. - Ils ne les mirent point en prison, en fers, ni en ceps, ainsi que Allemands font leurs prisonniers.

Cercher (chercher). - Vous m’avez fait huy beaucoup de peine à cercher autour de Bruges.

Certaineté (certitude).

Cerurgien (chirurgien).

Cervoise (bière ; en espagnol cerveza). - A grand peine pouvoient-ils avoir de la petite cervoise et du pain d’orge ou d’avoine.

Cestui (celui-ci). - Maint passage plus périlleux que cestui n’est.

Chaière (chaise). - Qu’il s’en voise reposer un petit en sa chaière, - L’écuyer françois, qui se sentoit féru à mort, s’en alla jusques à la chaière, et là s’assit. - Et là furent assis, chacun à sa chaière.

Chaille [qu’il] (de chaloir). - Ne vous chaille si les Angtois tiennent maintenant les champs.

Chaingle (enceinte d’un mur). - Une grosse tour des chaingles du donjon.

Chalan (bateau ; mot encore employé dans le dialecte populaire).

Chalemie et chalumelle (chalumeau, instrument de musique). - Et autres menestrels faire leur métier de pipes et de chalumelles.

Chaloir (soigner).- Depuis, eut tant à faire qu’il n’en chalut ses deux enfans.

Chambrelan (chambellan, serviteur de chambre). - Mais si ses chambrelans et ses valets, qui dorment en sa chambre.

Champagne (plaine ; on dit encore, un pays de Champagne, pour dire un pays de plaine).

Chapel (chapeau). - Et avoit sur son chef un chapel de Montauban fin, clair et net, tout d’acier.

Chapelet (petit chapeau, couronne de fleurs).

Chaperon (chapeau).

Charée (charge d’un char). - Si envoyèrent eu l’ost six charées de pain.

Charriau (charrette). - Ils avoient abbayes et belles maisons rançonnées à vins qu’ils avoient mis sur leurs charriaux.

Charreton (cbartier). - Quatre charretons vêtus de grises cottes.

Chas (machine de guerre, de Catus ; c’était une machine en forme de galerie couverte, pour approcher d’une ville assiégée).

Chausses à housser (bas longs ; en anglais, hose signifie caleçon, bas).

Chef [au] (au bout).

Cheminaux (chenets). - Et renversa la buche et l’âne les pieds dessus en la cheminée sur les cheminaux.

Cher, char (char, viande).

Chercus (cercueil). - En ce propre jour fut apporté d’Orthez et mis en un chercus.

Chet [il] et chiet (il tombe ; de cheoir). - Quand il chet à point. - Ci ne chiet nulle rançon.

Chevaleresse (femme d’un chevalier).

Chevalet (petit cheval).

Chevance (bien, propriété).

Chevestre (corde). - Et leur fit ôter les chevestres d’entour leur cou.

Chevetain, cheftain (capitaine ; les Anglais disent encore chieftain).

Chevir (venir à bout de, aider. Encore usité).- Il fut longuement parlementé comment on se pourrait chevir. - Si eurent conseil ensemble comment ils se pourroient chevir.

Chière, chère (semblant, accueil).

Chieux (chez). - Pierre Du Bois s’en vint un soir chieux ce Philippe.

Chrétienner (faire chrétien).

Chu (de cheoir).

Cil (celui-ci).

Circonstant (entourant ; d’où circonstance). - Plusieurs chevaliers et écuyers qui là étoient circonstans.

Cirurgien (chirurgien).

Civeu (cheveu). - De vos conquêtes nous ne donnerions quatre civeux.

Clamer, claimer (réclamer ; en anglais to claim ; et aussi appeler).- Sur un lieu et un pas qu’on clame Neuf-fossé. - Une ville que on clame Long en Ponthieu.

Claret (vin de liqueur ; on dit aussi vinclairet ; les Anglais ont conservé ce mot pour désigner le vin de Bordeaux).

Claronceau (petit clairon). - On sonna trompettes et claronceaux.

Closement (de près, d’une manière retirée). - Ils pouvoient voir les Anglois tout closement. - Il se tenoit simplement et closement à Rome.

Clergie (savoir, science). - Un saint homme tout pourvu de prudence et de clergie. - Le quel clerc étoit en clergie très grandement et bien fondé.

Clorre (fermer). - Ils clooient.

Cloyes (claies). - Un pont de nefs et de cloyes.

Cogne (bateau).

Coi (tranquille ; les Anglais ont conservé le mot coyness pour signifier modestie, timidité).

Coiment (tranquillement).

Cointe (élégant, riche)

Coite (hâte). - Nous nous en irons à coite d’éperons à Gand. - Il eut si grand coite, et si frétilleusement monta à cheval, que...

Coité (pressé, hâtif). - Il fut si coité qu’il ne put repasser le pont.

Coiter (serrer, presser). - Vous nous coitez de moult près.

Coiteusement (hâtivement. - Ils furent coiteusement remandés du roi de France.

Collation (entretien). - Si veuil avoir conseil et collation avecques vous, comment je me pourrai maintenir. - Ils avoient été en conseil et en collation, à savoir comment ils se maintiendroient.

Colloquer (convenir en paroles). - Et jà plusieurs étoient promises et colloquées.

Com (comme). - Com durement que ce fut.

Comble (colline). - Et se logèrent tous les gens d’armes en la comble de Pampelune.

Combliau (faite). - Et les autres chevauchèrent par les combliaux des montagnes.

Comme (quelque).- Comme grand’foison que ils fussent.

Commun (peuple, communes). - Seigneurs, vous allez en grand péril, car il y a mauvais commun en cette ville.

Communaument (généralement).- Si s’armèrent partout communaument.

Communité (habitans d’une commune). - La communité de Paris.

Compagner (tenir compagnie). - Ils s’étoient autrefois vus et compagnés l’un l’autre en Grenade et en Prusse.

Compain (compagnon). - Avec qui il avoit été compain en Grenade et en Prusse.

Comparer (payer). - Si ne veuil pas comparer la guerre de Castille. - Si leur feroit cher comparer, si il les pouvoit mettre à merci.

Compéter (intéresser, regarder ; d’où compétent). - Cette guerre ne vous compète en rien.

Condempner (condamner).- Le quel étoit par sentence condempné‚ en prison que on dit l’Oubliette.- Leur loi est plus foible et plus légère à détruire et à condempner.

Conduiseur (conducteur). - Quand ils eurent pourvu chevaux pour eux et pour leurs gens, et conduiseurs aussi qui les mèneroient vers Londres.

Conduit [le] (la conduite).

Confès (confessé). - Et là mourons, confès et repentans.

Confort (conservé en anglais).

Conforter (fortifier).

Confroisser (froisser).

Congé (permission ; cette acception s’est conservée dans un congé d’élire).

Conjoindre (joindre).

Conjouir (accueillir).

Connestable (capitaine). - Les archers génois dirent à leurs connestables

Connestablie (compagnie). - Et chevauchèrent par connestablie.

Connil (lapin). - Grand’foison de lièvres, de connila et d’oisillons.

Connoissable (qui se fait connaŒtre). - Le sire de Fitz-Walter se fit connoissabte au seigneur de Brebières. - Il étoit connoissable et accointable à toutes gens.

Conquérismes [nous] (de conquérir). - Et y conquérismes, nous et les nôtres, grand’finance.

Conquerre, Conquester (conquèrir).

Conquest [le] (la conquête).

Conroi (ordre). Et séjournèrent là trois jours pour mieux ordonner leur conroi. - Depuis ne tinrent les François guère de conroi.- Et dirent que le voyage ne tournerait jà à bon conroi.

Consaulx (conseillers). - Les consaulx des bonnes villes.

Consuir, Consuivre (atteindre).- Et tout oe qu’il consuivoit à plein coup il ruoit par terre.

Contempt, Content (mépris, débat ; d’où, coutemptueusement). Pour faire discord et contempt au dit pays. - En ce temps se émut un content entre ces gens.

Contenement (action de se tenir). - Si furent envoyés leurs coureurs aviser le contenement des ennemis.

Contraindoient [ils] (de contraindre).

Contrestant (malgré, contre-étant).

Contrester (résister, s’opposer). - Il envoya grand’foison de bons chevaliers pour contrester aux Anglois.

Contreval (en descendant, le long). - Contreval l’Escaut.

Contrevenger [se] (se venger).

Convenant, Convent, Convine, Convinement (ordre, engagement). - Ils s’avançoient en bon convenant. - Pour savoir quel convent cils de Londres à leur retour feroient. - Et tant firent par leurs espies qu’ils sçurent tout le convinement l’un de l’autre.

Convenist [il] (de convenir). - Quand il lui couvenist.

Converser (se diriger vers). - La plupart des Anglois conversoient celle part.

Convoier (accompagner ; d’où convoi). - Et le fit convoyer tout hors del’ost.

Convoiteux (avide ; d’où convoitise).

Coponé (terme de blason).

Coque (petit vaisseau).

Cordel, Cordelle (intrigue, volonté). - Le duc de Bretagne avoit fait et brassé tout ce cordel. -Le prévôt des marchands avoit attrait toutes manières de gens à Sa cordelle. - Si les tourneroit tous à sa cordelle.

Cornée et Coron (côté, coin). - Et vinrent sur l’autre cornée où étoient les François. - Au coron de celle baie sont leurs gens d’armes. Il en pourroit bien prendre un mauvais coron.

Corner (jouer du cor).

Costier (côtoyer). - Si combattoit vaillamment à deux Anglois qui le costioient de moult près.

Cotelle (petite cotte ou robe). - Et les mettoient en une pauvre cotelle.

Côtière, Coustière (côté). - D’autre lez sur côtière. - Ils pouvoient voir les Anglois passer sur la coustière de eux.

Cou (ce). - Qu’est-çou à dire ?

Coulettier (culottier, faiseur de culottes).

Coulon (pigeon ; d’où colombe). - Comme éperviers se boutent entre coulons. - Il vit un blanc coulon voler.

Coulpe (faute). - Ils n’avoient nulle coulpe.

Coupier (redresser). Et se coupioient sur leurs chevaux et se démenoient frisquement et joliettement.

Courage (coeur, inclination). - Il sentoit assez le courage de ceux de Poitiers (qui vouloient se rendre au roi de France). - Et a toujours eu le courage plus anglois que françois. - Et bien savoit que plusieurs seigneurs en France l’avoient grandement contre courage. - Et s’en vinrent sur les champs à deux lieues près de là pour savoir parfaitement le courage et la volonté de lui. - Il ne sonnoit mot, car il ne vouloit pas montrer courage d’homme ébahi. - Il étoit pur Anglois de courage. - Ce lui recueillit et adoucit grandement son courage. - Et se répentoit grandement en courage. - Tel avoit eu contre courage le roi Charles mort, qui viendroit grandement en l’amour du jeune roi son fils.

Courcé (courroucé).

Courge (verge ; d’où le mot anglais courge, fléau).

Courir (parcourir en ravageant).

Couris (course). - En cette chasse eut bon couris.

Coursable (ayant cours).- Une monnoie coursable.

Courtil, Cortil (jardin).

Courtine (rideau).

Coust, Coustage (frais). - A son coust. - Vous irez à vos cousts à ce voyage.

Couste (couverture de lit). - Une pauvre couste de vieille toile enfumée. - Ils le trouvèrent couché sur une couste.

Coustille (grand couteau, sabre à deux tranchans).

Coustiller (soldat armé d’une coustille).

Couvert (discret). - Malement le pouvons-nous savoir, car Anglois sont couverts.

Couvertement (secrètement).

Couvre-chef (mouchoir. Les Allemands en ont pris le mot kerckief) - Nos visages enveloppés de couvre-chefs.

Couvretour (couverture). - Tous les murs étoient couverts et parés de couvretours de lit.

Couvrir (cacher un secret). - Le comte de Foix entra lors en grand’imagination et se couvrit jusques & l’heure du dîner.

Cram, cran, cren, et escran (dommage, otage). - Et étoit leur entente de faire en France un si grand’cran qu’il y parut vingt ans après.- Et fut-ce pris aux Sarrasins cran et otages, et aussi livré, ce fut raison. - Et feroient un si grand escran en Angleterre que jamais ne seroit recouvré.

Cranequinier (soldat armé d’un cranequin). - Et grand nombre d’arbalétriers et cranequiniers.

Créable (croyable)..

Créois [je] (de croire) - Bel ouit, nous vous créons, c’est raison. - Ils disoient que jà ne adoreroient ni créroient en Dieu.

Créance, Créant (promesse, confiance). - Et envoyèrent douze de leurs bourgeois en nom de créant (c’est à dire pour avoir créance).

Créanter (promettre, recevoir avec confiance).

Cremer, Cremir (craindre). - Et les crément plus et doutent les Sarrazins que nuls autres. - Et se fesoit cremir si fort de ses gens, que nuls ne l’osoient courroucer.

Cremeur (crainte). - Et répondoient les barons bretons que ce avoit été pour donner cremeur au roi de France et à son conseil.

Crésist [il] (de croître). - Ce jeune duc crésist en honneur, en force et en sens.

Crevacer (faire des crevaces). - La moitié de la tour s’ouvrit et crevaça.

Croire (confier). - Vous portez peu d’honneur à mon seigneur mon frère, quand vous ne lui voulez croire soixante mille francs.

Croiserie, croisière (croisade). - Les prélats commencèrent à prêcher ce voyage par manière de croisière.

Croisette (petite croix).

Croiz (creux). - Un demi-pied de croiz d’ouverture.

Croler (remuer). - Si crola la tête

Crolière, Crolis, Crouillière (tourbière). - Irlande est un pays formé étrangement et sauvagement de hautes forêts, de grosses eaux, de crolières et de lieux inhabitables. - Ils trouveroient tant de crouillières et de mauvais pas, qu’ils ne se pourroient tenir ensemble.

Croniser (raconter). - Mais pour croniser justement toutes les notables avenues qui en ce temps avinrent au monde.

Croute (mine). - Il fit une croute en terre qui vidoit hors aux champs. - Donc, y a dedans une croute, si comme aux autres.

Crouté (creusé). - Et lui fut demandé si il y avoit une voie dedans terre croutée.

Cru (cruel, rude). - Avecques tout ce étoit te temps si cru et si pluvieux.

Crueulx (cruel).

Cueillette (réunion). - Il se mit en la compagnie et en la cueillette de plusieurs chevaliers. - Il fit une cueillette et un amas de gens d’armes.

Cueillier (cuillère). - On ne perdroit pas céans une cueillier d’or ou d’argent, ni rien qui soit, qu’il ne le scût tantôt.

Cuer (coeur).

Cuert [il] et queurt (de courir).- Commune renommée cuert.

Cui (a qui).- Cui Dieu pardoint ! - Notre roi, cui Dieu pardoint a l’âme !

Cuidançon, Cuisançon (inquiétude). - Ils furent toute la nuit en grand’cuidançon)

Cuider (pensée). - Le rot qui étoit jeune et plein de ses cuiders et volonté. - Et demeurera plus de vos cuiders à accomplir qu’il ne s’en achèvera.

Cuider (croire).

Cuingnie, cuingnée, coingnée (cognée).-Les haches que avoient les Frisons étoient à manière de cuingnies d’abattre bois.

Cuiré (couvert de cuir).

Cuirie (objet en cuir).- Et s’arment le plus de cuiries.

Cuisançon (inquiétude).- Ils furent toute la nuit en grand’cuisançon de ce que la dame ni nul des compagnons ne revenoit.

Cuisseau, Cuissine (armure des cuisses).-Et lui perça les cuisseaulx.

Cure (soin, souci).

Curer (soigner). - Faire curer et médiciner ses plaies. - Il fut povrement curé de ses plaies.

Custode (étui destiné à la conservation d’un objet). - Si mit tantôt le bassinet en sa custode, qu’il ne lui fut pris ou happé.

Cuvelette (petite cuve). - La cuvelette où on l’avoit d’enfance baigné.

 D

Da-lez, De-lez (à côté).

Damage, Damaige (dommage ; conservé en anglais).

Danger (pouvoir, difficulté). - Veuilliez ou non, vous retournerez en notre danger. - Le roi d’Escosse faisoit danger de soi traire avant. - Se mettre en son danger. - Longuement fut le jeune comte au danger de ceux de Flandres.

Darde (javelot).- De toutes les armes que ceux de votre pays savent faire ; celle de jeter la darde me plaît le mieux. - Couteaux aigus à deux taillans à la manière de fers de darde.

Darrain, Derrain, Derrainier, Derrenier (dernier ; oppos‚ à primerain).- Ce fut la darraine chevauchée où le gentil chevalier fut.-

Et au derrain jour que le roi de France trépassa de ce siècle. - C’est la derraine ville, à ce lez, de toute Angleterre.

De (que ; locution italienne).- Il n’aurait pas plus grand ennemi de moi. - On y avoit fait le plus beau logis et le plus grand de jamais.

Débite (redevance, dette). - Leurs terres et seigneuries étioent franches de toutes débites.

Débriser (briser entièrement).- Et avoit si débris‚ la ville par ses engins.

Debteur (débiteur). -Et disoient à leurs debteurs : taisez-vous.

Decevement (déception ; de décevoir)

Déchasser (chasser complètement).

Déchaus (déchaussé).

Décoler (décapiter).

Découcher (lever). - Et vinrent au seigneur de Corasse à l’heure qu’il fut découché.

Déduire (s’amuser).

Déduit (amusement).

Défaillir (manquer.)- Ni pour mort ni pour vie jà vous jamais n’en défauldrez.

Défaute, Deffaute (faute, manquement au moment du besoin, défaillance). - La comtesse de Montfort pria à ces seigneurs qu’ils ne fissent nulle défaute. - Les chevaliers le prirent et le portèrent sur un lit entre leurs bras, moult doucement, et le couchèrent et couvrirent, et cuidèrent qu’il y eût eu tant seulement une défaute. - Mais avoient pour lors grand’deffaute de vivres.

Deffiner (terminer) - Sur ces paroles deffina leur parlement.

Défiance (défi).

Deforainement (en dehors ; oppos‚ au mot Deventrainement, en dedans) - Or montra-t-ii deforainement ce qu’il avoit au cour deventrainement. - Il ne montre rien deforainement que le coeur et la bonne affection n’y soit.

Deffoucquer [se] (se disperser). - Et point ne se deffoucquèrent, mais attendoient courtoisement l’un l’autre.

Défouir (déterrer : d’où enfouir). - Si fut défoui et porté en la cité de Séville.

Defremer (ouvrir) - Les valets défremèrent le lieu où les chiens étoient

Défronter (rompre en front). - Si se trairent tous en une bataille rangée, sans eux défronter.

Dehaité, Deshaité (malade ; de haité, bien portant). - Mais pensoit chacun qu’il fût dehaité en son hôtel.

Déjeun, Desjeun (déjeuner ; repas par lequel on rompt le jeûne).

Déjeuner, Desjeuner (sortir de jeûne).

Délayer (délaisser, départir). - Et se délayèrent le roi et son conseil de leur primeraine volonté.

Délit (délice, plaisir). - Et en prennent le coeur, et le mangent à grand délit.

Délivrance (suite, livrée, gens dont un seigneur paie les dépenses, paiement). - Si lui fesoit ses délivrances et ses finances à sa volonté.

Délivrément (promptement). - Et se hâtoient les Anglois de passer délivrément celle Beausse.

Délivrer (dépêcher). - Dites à mon Oncle de Bourgogne, pour Dieu ! que on s’en délivre.

Demeurant (reste ; on dit encore : au demeurant).

Dénuer, Desnuer (dégarnir). - On feroit un grand outrage si on dénuoit le royaume d’Angleterre de deux mille hommes d’armes et de quatre mille archers pour envoyer si loin comme au royaume de Portingal.

Département (partage).- Ces deux frères eurent guerre ensemble pour le département des terres.

Départie (séparation).

Départir (séparer).

Dépendre (dépenser). - Combien qu’ils y eussent grands frais mis et dépendus. .

Déplais (déplaisance). - Et désiroit grandement à soi contrevenger pour les contraires et déplais que on lui avoit fait en Angleterre.

Déport (délai).

Déporter (différer, se désister, dispenser). - Je ne serais jà rebelle ni honteux de m’en déporter. - Et déportaient les povres des tailles.

Derverie (folie, possession par l’esprit malin).- Les verges de frénésie et de derverie sont moult crueuses. - En tous lieux où on savait corps saints ou corps de saintes qui eussent grâce et mérite, par la vertu Dieu, à guérir de frénésie et de derverie, on y envoyoit l’offrande du roi. - Or regardez la grande derverie !

Desbareté (affligé, découragé). - Il retourna tout desbareté. - Si furent tout déconfits et desbaretés. - Les soudoyers furent moult desbaretés. - Comme un chevalier desbareté et déconfit. - Ceux de Gand furent moult courroucés et trop grandement desbaretés.

Descirer, Dessirer (déchirer). - Et la bannière du comte toute descirée.

Descliquer (décharger, faire jouer les canons). - Ils descliquèrent les canons. - Sitôt qu’ils ouïrent les canons descliquer.

Desclorre (ouvrir).- Hue de Cavrelée venoit à cet endroit et il véoit ses gens branler ni desclorre.

Desclos (non fermés, exposés). - Les hommes d’Avignon qui avoient leurs héritages au desclos. - Un grand village sur la mer tout desclos.

Descogneu, Desconnu (inconnu).- Si monta sur un soir à cheval tout desconnu.

Descognuement, Desconnument (secrètement).

Descoulper (disculper).

Desçu [au] (à l’insu).- Au desçu du roi d’Espaigoe.

Descuevrir (découvrir). - A heure de primes que les embûches se descuèvrent - Garde bien que tu ne te descuèvres à nul homme du monde de ce que tu auras dit.

Desdaing (déplaisir).

Désemparer (démolir les fortifications). - Ils abattirent et désemparèrent le châtel de Trigalet.

Desfoucquer (disperser). - Mais se desfoucquèrent et tournèrent le dos.

Deshaité (malade ; de haité, sain).

Desheaulmer, Desheaumer (priver de son heaulme ou casque). - Le comte fut desheaulmé. - Et fut encore messire Regnaut desheaumé.

Desisse [que je] (que je disse). - Je fus chargé que je vous desisse et remontrasse.

Desjeun (déjeuner). - Tantôt après le desjeun qui fut moult bref. - Quand ce desjeun, dont ils faisoient dîner, fut passé.

Desloyaucer (cesser d’être loyal).

Desnouller (défaire un noud ).- Le comte ouvrit lors son sein et desnoulla son gipon.

Desnuer (dégarnir, dénuer). - On ne vouloit pas que le royaume de France fût trop desnué de chevaliers et d’écuyers.

Despaissir (éclaircir). - La bataille qui étoit grande et épaisse fut tantôt éclaircie et despaissie.

Despendre (dépenser). - Tenez-vous tout aises ; buvez et mangez, et ne vous effrayez de chose que vous despendiez.

Despert (difficile, inexpert). -Les entrées et issues sont fortes et dispertes.

Despiécer (dépecer, mettre en pièces). - Et là fut despiécée pièce à pièce.

Desréer, Desroyer, Déroier (sortir du rang, d’arroi). - Ainsi que enfans et pages qui en chevauchant se desroient. - Sans eux desréer ni effrayer.

Desrieuler (sortir de règle, de rieule règle ; en anglais, rule).

Desriser (moquer). - Et ne se font que gaber et desriser des papes qui sont l’un à Rome, l’autre à Avignon.

Desroi (trouble).

Desroiement (dérangement). - Cette première joute ils faillirent, par le desroiement de leurs chevaux.

Desrompre (rompre).

Desroute (rompue ; de rupta). - Leurs armures qui desroutes étoient.

Desrouter (disputer ; du mot route, troupe).- Il fut poursuivi sur une desroute chaussée.

Dessaindre (déceindre). - L’archevêque de Cantorbie dessaindy ladite épée.

Desserte (mérite).- Les chevaliers qu’on lui avoit ôtés et sans desserte fait mourir.

Dessévrer (séparer ; on dit encore sevrer en parlant d’un enfant qu’on sépare de sa nourrice. En anglais to sever, et several, plusieurs, divisé en parts.)

Desservir (mériter). - Le roi ne l’avoit pas desservi.

Dessiéger (lever le siège).

Dessure, Deseure (sur). - Il avoit le regard et l’administration dessure ses frères. - Ils passèrent au pont deseure la rivière de Yonne.

Destouiller (débarrasser).- La vie est si entouillée que on ne la sait par quel coron destouiller.

Destourber (troubler).- Je n’ai nulle puissance de faire autre mal que de toi resveilier et destourber.

Destourbier, Destourbe (trouble).- Il avoit fait moult de dommages et de destourbiers.

Destroit (difficile, formel). - Et leur étoient vivres et fourrages si destroits que à peine en pouvoient-ils recouvrer. - Et y laissa son neveu que moult aimoit, dont il étoit à coeur moult destroit et courroucé. - Sans trop destroit commandement, il ne se fut avisé de dire et faire ce que il disoit et fesoit

Destroit [au] (enfin).

Destroitement (formellement).- Et leur mande le roi destroitemeut et sur la tête, que ils ne laissent nullui entrer en leurs lieux.

Desvéer, Déveer (refuser). - Mais le capitaine de la cité lui desvée. - Les pas d’Arragon étoient desvéés et clos. - Ils ne trouvèrent nullui qui leur dévéât.

Desvier, Desvoyer, Dévoier (égarer).- Oncques en nul suspecion ni trahison ne la desvièrent. - La grâce du Saint-Esprit qui renlumine les coeurs desvoiés. - Nous voulons avoir compte du grand trésor de France que vous avez dévoié.

Desvoiement (action de desvoier).

Desvoir (voir désavaniageusement).

Déterminément (définitivement).

Détri (délai). - Tant de seigneurs que un détri seroit au nommer.

Détriance (délai). - Quel détriance que il y eut ni que on leur fit.

Détrier (différer).

Détriment (délai).

Deult [il s’en] (de douloir, d’où douleur et deuil). - Il s’en deult grandement.

Dévaler (descendre).

Devenroit [il] (de devenir). - Si devenroit-il bon François.

Dévier (mourir, sortir de vie). - En cette même saison dévia ce noble et gentil comte de Foix. - Le comte de Douglas qui jà étoit dévié. - Et dévia là sur la place.

Devise (projet, conversation). - Les chevaliers qui avoient été à ces devises.

Deviser (parler, reconnaître).- Mets si étranges, qu’on ne les sçauroit deviser.

Devissierre (qui devise, qui imagine, comme on dit emperière, empereur).

Dextre (droite).

Dextrier (cheval qui prend la droite). - Le roi trouva en dehors de l’église, sur le dextrier, le duc de Lancastre.

Di (jour ; d’où toudis et puissedi).

Dicque, Dicke (digue).- Deux autres villes plus avant, en allant sur la marine et sur les dicques.

Dicter (poétiser, mettre en vers). - Les quelles choses, par l’imagination que je avois eu de dicter et ordonner le livre, le comte de Foix ouït moult volontiers.

Dient [ils] , ils disissent, ils distrent (de dire). - Si distrent : c’est bon que nous avisons et regardons aux ordonnances des batailles.

Diffame (déshonneur ; d’où diffamer). - Il n’avoit eu, devant ce, aucun reproche de diffame.

Dilation (délai).

Dîmage (possession de dîmes). - Et se fit mettre, par la vertu des bulles du pape, en possession du dîmage.

Dispensation (dispense).

Dispersement, Despersement (çà et là).

Divin (devin). - Donc il est divin, dis-je ? ou il a des messagers qui chevauchent de nuit avec le vent.

Dobst [il] (de devoir). - Cette dure et périlleuse aventure lui devoit et dobst être toute sa vie un grand mirouer.

Doiez [vous] (de devoir). - Pourquoi vous doiez venir sur nous.

Doint [qu’il] (de donner).

Doler, Doloir, Douler (plaindre).- Les tailles étoient si grands que les plus riches s’en doloient et les povres s’enfuioient. - Les tailles étoient si grands que toutes gens s’en douloient.

Dommageable (portant dommage).

Dondaine (machine à lancer de grosses pierres). - Vez ci venir le trait d’une dondaine que ceux de l’ost laissèrent aller.

Donroit [il] (de donner).

Doublet (chemise).- J’étois en pur mes doublet sur le parement.

Douer (donner en douaire). - L’argent est vôtre, car le comte de Foix vous en doit douer.

Doulouser (s’attrister). - Qui les vit démener et doulouser en eût eu pitié. - Tout le peuple s’en doulousoit amèrement.

Doutance, Doute (crainte). - Pour la doutance de ces gens-là.

Douter (craindre ; d’où redouter).

Doy (deux). - Et là furent appelés Chandos et Aquitaine, doy rois d’armes. - Et tant que cils doy forts seront miens.

Doye [qu’il] (de devoir). - Vous n’êtes mie en arroy que le roi doye maintenant parler à vous. - Je n’ai fait chose dont me doye jà repentir.

Drap (habit. - Vêtus d’uns draps tout pareils. - (Etre des draps de quelqu’un, c’est être de sa suite, habillé à ses dépens).

Droiture (droit).

Dru (gai, épais). - Et dru semées sont les tours.

Druqueman (drogman et truchement). - Tels paroles, et plus grands assez, avoit-il oui dire les latiniers et druquemans, qui

transportèrent le langage de l’un à l’autre.

Du (avec le). - Il contraindit ses ennemis du leur même.

Ducoise (duchesse).

Dueille [qu’il se] (de douloir). - Cette chose ne peut longuement durer ainsi, que le pays ne s’en perçoive et dueille.

Duire (conduire, lever). - Si il l’a jeune, il la duira et ordonnera à sa volonté,

Duit (élevé, habitué à). - Et tantôt, comme bien duit, s’en vint asseoir sur le poing du roi. - Les deux chevaliers étoient très bien appris et duits de tels besognes.

Durement (beaucoup). - Le chevalier qu’ils aimaient durement.

 E

Ebattement (plaisir).

Ebattre [s’] (s’égayer)

Ebaudissement (joie). - Et eut eu grand ébaudissement entre eux et un grand ébahissement entre leurs ennemis.

Ebaudir [s’] (s’égayer).

Echeller (prendre d’assaut & l’aide d’échelles).

Ecluser (fermer comme par des écluses). - En plus de quarante lieux elle était éclusée des morts qui y étoient versés et couchés.

E crions [nous] (d’écrire ). - Si écrions à Gand.

Ecueillir [s’] (se préparer à, réunir ses forces pour). - Et étoient adonc en volonté et tous écueillis de venir. - Et s’écueillit, et saillit outre par dedans les barrières. - Le quel coursier s’écueillit à courir et emporta le chevalier malgré lui.

Ecuyerie (classe des écuyers). - Chevalerie et écuyerie.

Effréamment (avec effroi). - Et criant effréamment moult haut.

Effondrer (engloutir, ruiner). - Et ceux qui le plus effondraient son trésor.

Efforcément (avec effort).

Efforcer (faire effort, renforcer). - Et se sont efforcés et efforcent du roi de France.

Effoudre (ouragan). - Une effoudre et un orage si gtand descendit du ciel.

Effréer (effrayer).

Effroi (bruit). - Il sentit l’effroi des chevaux qui venoient derrière lui.

Ehidé, eshidé (épouvanté ; de hideur, crainte).

E largir [s’] (devenir prodigue, large, plein de largesses). - Et s’élargit le roi, pour l’amour de ses frères, de quant qu’il put faire.

Ele, elle, esle (aile, largeur). - Les archers sur èle et les gens d’armes au front. - Quatorze lieues de long et autre-tant d’èle. - Si gagnerions volontiers aucune chose sur les beaux oiseaux qui s’envolent sur elles et qui vont voler leurs bannières.

Eliseur, elliseur (électeur). - Les éliseurs de l’empire d’Allemagne.

Ellisirent [ils] (d’élir). - Ceux de Lussebonne qui ellisirent le maître de Vis à roi.

Elm (ancien gentilhomme et comte en Angleterre ; du mot elder, d’où elderman et earl).

Eloigne (éloignement, retard). - Nennil, nennil, n’y quérer nulles éloignes.

E longer, eslonger, esloingner (éloigner). - Il partit de nuit sur fleur de coursier et esloigna les Escots.

Embarrer (enfoncer). - Il lui embarra son coutel au corps.

Embasmer (embaumer).

Embatailler (ranger en bataille).

Embattre (rencontrer, tomber). - Ils s’embattirent au milieu de ces deux embuches.

Emblaiement, emblavement (obstacle). - Afin que nul emblaiement ou empêchement de guerre ne se remit en Ecosse.

Emblaver (emballer). - Ce fut un trop grand emblavement, et trop sans raison.

Embler (enlever, échapper). - Deux cents archers, les quels étoient emblés de leur garnison de Calais.

Embrider (brider).

Embûcher, embuscher (faire des embûches).

Embuschement (embuscade).

Emouvement, esmouvement (excitation). - S’avisèrent aucuns chevaliers, par l’esmouvemeqt du seigneur de Werchin.

Empainte, empeinte (attaque). - Et ardirent en une empainte plus de soixante villages. - Et se tinrent cette seconde empetnte moult vassalement.

Emparlé (qui parle aisément). - Le sire de Mauny qui sagement était emparlé.

Empenner (mettre en plumes). - Quand cil bel oiseau fut tout empenné.

Emperière (empereur et impératrice). - Charlemaine qui fut emperière de Rome. - Elle avoit été nourrie à l’hôtel de l’emperière de Constantinoble.

Empoindre (frapper en piquant). - Et l’empoindit de telle manière qu’il le porta tout jus oultre la croupe de son cheval.

Emprès (près).

Empunaiser (rendre puant, punais). - Et leur jetoient par leurs engins chevaux morts et bêtes mortes et puants pour eux empunaiser.

En (on). - En lui répondit.

Enamourer (rendre amoureux). - Il s’énamoura du chevalier.

Enchartré (enfermé ; on dit encore : tenir en chartre privée). - Il eut enchartré ou fait mourir son frère.

Enchas (combat, rencontre). - Là eut cette journée grand enchas et dur.

Enchu (de encheoir, tomber).

Enclorre (renfermé). - Ils enclorrent, etc.

Encombre, encombrer, encombrier (embarras). - La duchesse Valentine faisoit tout cet encombrier pour parvenir à la couronne de France. - Si par sa faute ils eussent reçu dommage ni encombrier. - La roine qui vouloit garder son pays de tous encombriers.

Encombrer (embarrasser). Leur péché leur encombre.

Encontre (rencontre).

Encontrer (rencontrer).

Enconvenancer (promettre).

Encoste (à côté). - Il a bien d’encoste lui le fils de celui qui s’appelle Jean de Béarn.

Encoudre (enfoncer, cacher). - Et s’encousit l’épée tout parmi les cuisses jusqu’aux hanches. - Et lui encousirent la lettre en ses draps (habits). - Chevaux étaient tout encousus de sagettes.

Encoulper (inculper). - Pas n’en encoulpons leurs maîtres.

Encourtiné (enveloppé de courtines, rideaux). - Le dit escharfault encourtiné à manière d’une chambre.

Encuser (accuser).

Endementres, endementiers (pendant). - Endementres que leurs maîtres séoient à table.

Enditter (informer). - Et les endittèrent de tout ce que vous avez oui. - Ils furent tout endittés de ce qu’ils devoient faire. - Et furent endittés et ordonnés pour aller en messagerie devers le comte.

En droit (à l’égard de ; opposé de envers). - Endroit soi s’apercevra bien que.

Enfannonner (garnir d’un fannon, drapeau). - Un page du roi portoit une lance toute enfannonnée de soie.

Enfantosmé (épouvanté par des phantômes).

Enfardeler (empaqueter, mettre en fardelle ; d’où fardeau). - Et firent trousser et enfardeler draps, robes, etc.

Enfelonner, enfélonnir (irriter). - Cette parole enfelonnit le coeur du prince.

Enferré (enchaîné). - Et fut enferré de trois paires de fers.

Enfès (enfant). - L’enfès étoit encore jeune assez. - Le roi vueil-je bien déporter, car c’est un enfès.

Enflamber (enflammer). - Si furent tout enflambés de ire.

Enfondre (écraser).

Enforcer, enforcier, enfortier (fortifier, prendre par violence). - Et pour ce qu’il avoit toujours douté que le comte de Montfort n’enforçât le droit de sa jeune nièce. - Il emmenoit avec lui tous ceux qui se pouvoient aider pour enfortier son armée.

Enfraindre (enfreindre). - Si nous savions aucun, des nôtres qui l’enfrainsit ou violât.

Enfrener (brider, mettre un frein).

Engigneur (ingénieur, faiseur d’engins, machines). - Un maître engigneur d’appertises et de la nation de Genève. (11 s’agit ici d’un sauteur de corde).

Engin (machine, ruse),

Engorger (écouter en murmurant sourdement dans la gorge). - A ce record étoit messire Jean de Ghistelle qui engorgeoit toutes les paroles du chevalier.

Engrigner, engrignir (courroucer). - Ce fut une chose qui moult engrignit et enflamma ceux de Gand.

Enhardissement (audace). - Par le fait et enhardissement seulement de quatre cités.

Enhidé (épouvanté). - Et chéoient l’un sur l’autre, tant étoient-ils fort enhidés.

Enlangagé (qui parle aisément). - Le sire de Mauny qui sagement étoit enlangagé. - Et fut sire de grand avis et bien enlangagé.

En-my, emmy (au milieu de).

Ennort, ennortement (conseil). - Par l’ennort de l’ennemi qui oncques ne dort.

Ennorter, enorter (exhorter). - Et s’ils avoient été mal enortés, tout ce leur pardonnoit-il bonnement.

Ennoi (ennui). - Je ne veux pas réjouir mes ennemis de mon ennoi.

Ennuis et plutôt enuis et envis (d’invitus ; malgré soi, avec peine).- Hommes de la ville, nous vous aurons encore ennuis.

Ennuit et anuit (cette nuit). - Grand’foison de Gantois gissent ennuit moult près de cy. - Or pensez ennuit comment vous leur pourrer faire relation demain.

à suivre ...

Autour et alentour de cet article

Ci-contre, un extrait de la liste des articles publiés sur le site Histoire Passion, dont le titre est proche alphabétiquement de celui de cette page.

Le résultat est plus ou moins exploitable. Il est plus particulièrement intéressant pour les articles dont le titre commence par une date.

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Shalimar le clown

Mercredi 27 Mai 2009 à 14:48

Publié par Froissart dans Commentaires littéraires

Titre : Shalimar le clown

Auteur : Salman Rushdie

Titre original : Shalimar the clown

Traduit de l’anglais par Claro

Editeur : Plon, 2005

ISBN : 2259193439

438 pages

 

 

Il faut s’appeler Salman Rushdie pour prendre à un grand comédien et cinéaste américain son pseudonyme et en affubler l’un des personnages principaux de son roman, Max Ophuls !

 

Ce Max Ophuls-ci, juif, devenu ambassadeur des USA en Inde après avoir, comme le « vrai », vécu sa jeunesse en France et avoir échappé de peu aux rafles pétainistes, séduit puis abandonne Boonyi, une jeune danseuse hindoue cachemirienne, épouse adorée puis abhorrée du saltimbanque musulman Shalimar, qui fait alors serment de les tuer tous les deux ainsi que leur éventuelle progéniture.

 

L’intrigue fondamentale est donc des plus classiques de la tragédie romanesque.

 

Mais Salman Rushdie en dresse des destins individuels hors du commun sur la trame de tragédies collectives : celle de la France occupée et, surtout, celle du Cachemire, jardin d’Eden primordial, que se disputent et que déchirent de leurs dents avides l’Inde et le Pakistan.

Le village fleuri de Pachigam, berceau de Shalimar et de Boonyi, cristallise le sort tragique du Cachemire : musulmans et hindous, au commencement, y vivent en harmonie, s’estiment, se marient entre eux, et constituent ensemble une troupe de comédiens-cuisiniers donnant dans les vallées heureuses des spectacles et des banquets réputés.

Cette entente ancestrale, insupportable pour les extrémistes des deux camps qui naissent spontanément dans tout le Cachemire dès le déclenchement de la première guerre indo-pakistanaise, ne résistera pas à leur haine. Le paradis de Pachigam finira en un amas d’horribles ruines et la plupart de ses habitants seront massacrés.

 

De l’union scandaleuse de Boonyi et de Max est née India, emportée clandestinement et élevée en Angleterre par la femme officielle de l’ambassadeur, contraint de démissionner après la révélation de l’adultère dans la presse indienne qui fait de l’affaire le symbole du déshonneur infligé par l’Amérique décadente et immorale à l’Inde vertueuse.

 

Après avoir tué, comme promis, son épouse devenue femme des bois, bannie aux alentours de Pachigam, Shalimar entreprend une longue odyssée qui le mène, en passant par les rangs du terrorisme taliban, jusqu’en Amérique où il assassine Max, qui entre temps, déchu de ses fonctions officielles, est devenu agent secret américain.

 

Arrêté, condamné à mort, ayant appris l’existence d’India, il réussit à s’évader et parvient, malgré toutes les mesures de protection prises par les autorités américaines, jusque dans la chambre de la bâtarde…

 

Comme toujours chez Rushdie, l’histoire est une leçon d’Histoire, parfaitement documentée, évidemment fondée sur la vision pessimiste d’une humanité qui, sous son habit de modernité et de progrès, reste foncièrement animée par un atavisme primaire, animal, carnassier qui hait obsessionnellement la beauté, l’harmonie et la fraternité.

L’homme ici n’est pas chassé d’Eden : n’en supportant pas la paix rustique et bucolique, il le met lui-même à feu et à sang.

 

Shalimar le clown est un roman d’une sombre magnificence.

Salman Rushdie s’y révèle, à mon sens, un génie de la littérature.

 

Patryck Froissart, Plateau Caillou, le 27 mai 2009.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

Seins

Mardi 28 Avril 2009 à 14:49

Publié par Froissart dans Commentaires littéraires

Titre: Seins

Auteur: Ramon Gomez de la Serna

Traduit de l'espagnol par Benito Pelegrin

Editeur: Babel (1992)

ISBN: 2742702180

317 pages

 

 

Variations sur les seins, à l'infini, à l'obsession, jusqu'à ce que la tête en tourne, cet hymne aux bustes féminins a été publié en Espagne en 1917. Il aura fallu 75 ans pour qu'en sorte une traduction française intégrale.

 

Tantôt transpirant de sensualité, tantôt proches de la froide fiche descriptive, tantôt cherchant à l'obscénité, tantôt exprimant une violente morbidité, tantôt encore débordant de tendresse et d'amour, le lecteur parcourt en rond , au fil des 300 pages du livre, une suite interminable de galeries où se suivent et ne se ressemblent pas des séries saisissantes de « portraits de seins ».

 

Ramon Gomez de la Serna (1888 – 1963), est en cet ouvrage un poète collectionneur, passionné par son sujet, ou plutôt par ses sujets, de toutes formes, de tous styles, de toutes époques, de toutes cultures...

 

Etonnant!

 

Patryck Froissart, Plateau Caillou, le 28 avril 2009

 

 
 
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