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Titre : Show Business<o:p></o:p>
Auteur : Shashi Tharoor<o:p></o:p>
Editeur: Le Seuil, Paris, septembre 1995<o:p></o:p>
Traduit de langlais par Christiane Besse
ISBN : 202019709X
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Voici un roman de près de 400 pages qui se parcourt tout dune traite.
Ashok Banjara, lacteur vedette des studios de Bombay, lidole des foules populaires qui se pressent dans les cinémas indiens, le bon et valeureux héros qui toujours fait triompher le Bien sur le Mal (Mal personnifié par son rival Pranay), la belle gueule qui fait se pâmer, dans les films et dans la rue, dans les chaumières du fond des campagnes et dans les immeubles et villas des quartiers chics tout autant que dans les taudis et les bidonvilles, les femmes de tout âge, et à qui sidentifient les hommes de tout poil, Ashok Banjara, plongé dans un coma irréversible à la suite dun accident dont on ne découvre la nature et les circonstances quà la fin du livre, voit défiler sa vie tandis que défilent à son chevet parents, proches, amis et faux amis qui, dans des monologues féroces, lui disent enfin tout haut, sébrouant de son aura, ce quils ont toujours pensé, subi et supporté de lui, de son égoïsme et de son insupportable certitude dêtre le meilleur, le plus beau, le plus doué
Ashok entend, encaisse, bout immobile et réduit au silence, souffre de son impuissance. Entre chaque visite il se raconte les films dans lesquels il a tourné, et, grâce à la distance critique que lui confère son état dagonisant, il les revoit en spectateur lucide, et les réduit impitoyablement, avec un humour sans réserve, et, parfois, un cynisme sans limite, à ce quils sont : la répétition infinie de scènes quasi identiques qui fait de chaque long métrage la copie, voire le pastiche du précédent.
Parmi ces scènes sempiternelles revient, comme le leitmotiv de sa vie, celle où il na cessé, de film en film et de femme en femme, de « galoper derrière une actrice ( ) autour dun arbre en carton-pâte sous un crachin artificiel, mimant en synchro les sons grêles dun aspirant chanteur en play-back ».
Toutes les clés du roman sont données dans cette phrase de la première page, et expliquent et traduisent, pour le narrateur, non seulement tous les trompe-lil de la société bollywoodienne factice et amorale, mais aussi toutes les hypocrisies et les tares de la société civile indienne, dans laquelle Ashok simplique, très politiquement, et très naïvement, durant une courte période de son existence, mais encore, de façon plus universelle, toute lartificialité des relations entre hommes, entre hommes et femmes, et même entre hommes et dieux (sur ce dernier point, le personnage du guru Outil et le scénario du dernier film dAshok, Kalki, sont dune drôlerie décapante).
Un roman de Shashi Tharoor qui savale tout dun trait.
Mais quelle saveur il laisse à la bouche, de son puissant parfum daftermint, de quel éclat il satisfait lesprit, de son ineffaçable after-effect, et quel bien-être il apporte au corps, rompu des soucis des jours, bien après que la dernière page est tournée !!!
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Patryck Froissart, le 26 mai 2006