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Titre : Les civilisés
Auteur : Claude Farrère
Editeur : Kailash 1997 Paris<o:p></o:p>
ISBN : 2909052168<o:p></o:p>
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Les écrits, comme leurs auteurs, subissent, on le sait, les attaques du temps.
Certains y résistent, prennent même de léclat avec les années, se polissent au cours des siècles (ils deviennent alors des classiques).
Dautres flétrissent, se fanent, se démodent.
Ce roman de Claude Farrère, couronné du prix Goncourt en 1905, est de ces derniers.
Le héros est bien sûr un jeune officier de marine. Lhistoire se passe évidemment dans le Saïgon de la France coloniale du début du 20e siècle. Le ton général y est bien entendu moraliste, avec des petites touches dincorrection, et juste ce quil faut daventure, de tragique, dexotique et de sensualité pour tenir le lecteur jusquau bout.
Fierce, Torral, Mévil et Rochet sont compagnons de beuverie et de débauche. Fumeries dopium, bars, prostituées à peine pubères, fillettes domestiques, congaïs, bonnes à tout faire ce que leur maître veut, jeunes garçons : tout léventail des plaisirs coloniaux est complaisamment passé en revue, faisant des premiers chapitres de ce prix Goncourt un passable début de roman de gare.
Et puis Fierce, le jeune et bel officier de marine, séprend dune oie blanche, Sélysette (sic !), orpheline de père, comme il se doit, qui vit seule avec sa mère aveugle (inévitablement). Le jeune homme délaisse ses complices, rompt avec ses maîtresses, se refait une virginité, et se transforme en soupirant patient et rougissant.
Mais le mal est là qui rode, à laffût des failles de la nature humaine, et, lors dune de ces campagnes de représailles queffectuait périodiquement larmée coloniale pour réprimer le moindre sursaut de possible soulèvement, soffre à Fierce, dans le village dont il vient de massacrer une partie des habitants, une fillette annamite terrorisée, « presque une enfant, presque nue » dont « on voyait les seins et le sexe » : le guerrier qui habite en tout homme ne peut résister, et cest une première rechute (excusable encore celle-ci compte tenu des circonstances, semble dire le narrateur), qui en entraînera dautres, jusquà ce que, comme on sy attendait, Sélysette soit témoin, par un bien malencontreux hasard, une fraction de minute, dune des scènes de stupre dont le bel officier est redevenu acteur
Devinez la fin, ou achetez le livre, si vous aimez les précurseurs de Guy des Cars
La question coloniale est ici traitée de manière équivoque. A certains moments le narrateur caricature le vilain colon, à dautres il le valorise, sans remettre en cause lexpansion, la conquête, lasservissement
On a dit "Prix Goncourt"?
Prix Goncourt, quand même, heu
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Patryck Froissart, le 23 mai 2006