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Site consacré à la littérature, à la poésie, au théâtre, à la philosophie, à l'ésotérisme, à Jehan Froissart, aux concours littéraires, à tout ce qui a trait à la création poétique et littéraire

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Onze minutes

Titre : Onze minutes

Auteur : Paulo Coelho

Editeur : Anne Carrière (Paris, mars 2004)

Titre original : Onze minutos

Traduit du portugais brésilien par Françoise Marchand-Sauvagnargues

ISBN : 2-84337-264-X

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Onze minutes, c’est le temps moyen, selon l’auteur, de l’acte sexuel.

C’est ce bref instant de plaisir, partagé ou non, intense ou plat, subi ou désiré, qui justifie le mariage, qui explique la prostitution, qui motive l’adultère…qui fonde ce roman dérangeant et beau, dérangeant parce que beau, parce qu’il raconte la prostitution sans porter aucun jugement, sans blâmer ni glorifier, parce qu’il fait d’une putain un personnage magnifique, bouleversant, proche.

Maria, jeune Brésilienne pauvre du Nordeste, a pris la décision de quitter son village pour aller au loin gagner suffisamment d’argent pour pouvoir un jour revenir acheter une ferme et y installer ses parents : la structure narrative, ainsi résumée, est des plus classiques, et peut commencer par « Il était une fois ».

Mais Maria n’est pas une héroïne de conte de fée, et rien de merveilleux ne lui arrivera, sauf l’impression, périodiquement, d’avoir à ses côtés Marie, la Vierge, ou Marie-Madeleine, la Sainte Pécheresse, ou les deux en une, de qui elle reçoit des signes dont elle fait ce qu’elle décide de faire pour aller à l’objectif qu’elle s’est donné.

Car Maria, quels que soient les aléas de la vie qu’elle doit mener pour réunir son pactole, quelle que soit la nature du métier qu’elle choisit d’exercer, vendeuse au Brésil, danseuse de samba dans un cabaret de Genève, puis prostituée dans un bar chic de la capitale suisse, le Copacabana, s’est obligée, et réussit, à garder le contrôle de son parcours.

Il n’est qu’un accident qu’elle redoute, tout en l’espérant : rencontrer l’amour, et en perdre son indépendance dont elle a besoin pour atteindre son but.

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Il s’agit bien, dans ce roman, comme dans les autres romans de Paulo Coelho, d’une initiation, d’une sorte de compagnonnage nécessaire à tout homme, à toute femme qui sait que la sagesse qui permet de cultiver un jour en paix son jardin ne s’acquiert que par le voyage, la sortie, l’exploration.

Initiation douloureuse, mais par laquelle il faut passer pour être capable de décider qui on veut être: « Je suis deux femmes (…). Je suis dans le même corps la maîtresse de maison et la prostituée… »

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Méthodique, obstinée, forte, excluant toute passion, refoulant tout sentiment susceptible de ralentir sa course, Maria apprend, puis domine, puis utilise la réalité, celle de la société et du fonctionnement de l’industrie du sexe, celle d’un des plus vieux métiers du monde, tenu à Genève pour une profession comme une autre, celle de la faiblesse et de la détresse des hommes (de ses clients avec qui elle doit se conduire, selon le cas, « en Petite Fille ingénue, en Femme fatale ou en Mère affectueuse »), celle de la misère sexuelle, celle du besoin désespéré que chaque homme et chaque femme ressentent de trouver l’autre partie de soi afin de recréer l’être androgyne initial…

Paulo Coelho, dans ce conte moderne, brosse un tableau crû, d’un réalisme proche parfois du document, de la beauté ou de la tristesse de notre sexualité, alternant scènes érotiques magistrales, ou moments d’amour de la plus éclatante pureté, et journal intime, émouvant, d’une Maria qui, tout en exerçant son métier, apprend le français, lit, s’instruit, et se surprend à écrire après s’être relue : « Dieu du ciel, comme je deviens intellectuelle ! », sans jamais perdre la lucidité qui lui permet de gérer sa condition, même aux moments les plus durs : « Je déteste ce que je fais », admet-elle, quelques jours avant de mettre fin à sa carrière, selon le calendrier qu’elle a fixé lors de son premier soir au Copacabana.

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La fin du voyage ne sera pourtant pas celle que Maria avait imaginée : l’amour la rattrapera dans l’aéroport du retour, comme dans un mauvais film, ce dont le narrateur s’excusera presque.

On le regrette un peu avec lui…et on a envie de conseiller au prochain lecteur d’arrêter sa lecture au bas de la page 366 de cette édition.

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A ceci près, quel caractère! Quel personnage attachant!

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Peut-on ne pas tomber amoureux de Maria ?

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Patryck Froissart, à El Menzel, le 13 juillet 2006

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