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Titre : Les yeux jaunes
Auteur : Jacques Chessex
Editeurs : Grasset et Fasquelle, 1979
ISBN : 2253033790
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Dans le pays de Rouvre, austère, calviniste, le mal rôde, contagieux, comme la rage, que véhicule le renard roux aux yeux jaunes, aux dents pointues, quappellent à combattre, à abattre, les affiches placardées sur les murs des mairies.
Le mal, la rage, habitent aussi en ce jeune adolescent, Louis, bâtard, élevé à la diable par lAssistance Publique, roux, aux yeux jaunes, aux dents pointues, au regard fuyant, qui marche obliquement, toujours aux aguets, toujours prêt à fuir, à chercher lissue par où se sauver.
Le mal, la rage, la bête, sont tapis encore en le for intérieur du narrateur, Alexandre Dumur, un écrivain, fils dun prédicateur et dune redresseuse de torts, qui rôde, lui aussi, avide du sordide, du sale, du malheur, la nuit, dans les bars louches et sur les places mal famées, et qui écrit des romans scandaleux.
Le mal, le désir, le sexe, cest également Anne, la compagne de lécrivain, jamais rassasiée, provocante, ardente, passionnée, vicieuse, charnelle, belle, et transparente.
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Alors, quand Anne et Alexandre adoptent Louis, le mal sépanouit, le sexe envahit la maison, puis contamine le village.
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La tentation atteindra, puis perdra la femme du pasteur de Rouvre, Claire Moiry, séduisante, jouisseuse, à qui Alexandre et Anne ont demandé de venir donner des leçons de piano à Louis, de qui elle devient aussitôt la maîtresse.
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Le vice, la tentation, le désir détruiront le couple Anne-Alexandre.
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Il faut dire que Louis na que 13 ans, et que toutes les situations sont totalement illégales, interdites, que la relation coupable entre Anne et Louis peut être qualifiée dincestueuse, puisquil est son fils adoptif.
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Détournement de mineur, inceste, pédophilie, homosexualité, sentiment de culpabilité, délectation nauséeuse au goût du fruit défendu, voilà les ingrédients de ce roman sulfureux, dans lequel le Mal est incarné par un Louis au double visage, ange et démon, au double corps, denfant et dhomme, raconté par un narrateur dont le remords constant semble exacerber les désirs malsains.
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Ce livre se lit bien, sur deux niveaux : celui du réalisme le plus abject, et celui de lallégorie, vieille comme le vieil homme, de la lutte incessante contre un satan créé des mêmes pièces que son pendant de dieu
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Un livre qui, pourrais-je dire, met son lecteur plaisamment et puissamment mal à laise.
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Patryck Froissart, à Paris, le 29 juillet 2006