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Titre : Les Jardins de Mardpur
Auteur : Yojana Sharma
Titre original : The buffalo thief
Traduction de Françoise du Sorbier
Editeur : Albin Michel
ISBN : 2253156019
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Tout au long des 700 pages de ce roman, lauteur introduit le lecteur dans lunivers poétique, religieux, spirituel de lInde daujourdhui.
Raman, un modeste employé des postes rêve décrire un roman qui le rendra suffisamment riche pour pouvoir participer à la dot de mariage de ses filles jumelles, élevées par ses frères qui, eux, se sont enrichis dans le commerce des sarees quils ont hérité de leurs parents sans en laisser à Raman sa part congrue.
Il rend visite régulièrement à une vieille voyante, Amma, veuve, qui a eu son heure de gloire et de richesse en effectuant les prévisions astrologiques des princes nouveaux-nés dans les cours des maharajahs, et qui vit seule avec sa petite-fille Deepa, sa servante Usha qui raconte à toute occasion des histoires de baolis, et sa bufflonne Jhotta qui donne un lait sans pareil.
Il se trouve quAmma souffle à Raman les éléments du roman quil écrit laborieusement, et quelle prétend quelle ne fait que révéler au narrateur ce quil a déjà dans sa tête, alors que lui-même est persuadé que linspiration lui vient des vertus magiques de la raïta faite à partir du lait de la bufflonne, et que Deepa réécrit les parties manuscrites quune par une Raman vient cacher, par peur quon les lui dérobe, dans la maison de lastrologue qui, pour les uns, est peuplée de bhooths, et, pour les autres, recèle le trésor constitué des bijoux donnés par les rois à Amma et à son époux à lépoque où ils prédisaient lavenir des princes.
Lintrigue principale senroule autour de lécriture de ce roman, dans une foison dévénements grands et humbles de la vie de la petite ville de Mardpur.
Lensemble se lit avec un plaisir qui croît à chaque chapitre. Les personnages, avec leurs qualités, leurs défauts, deviennent facilement familiers au lecteur qui, rapidement, tant shabitue à partager leur existence quil se crée entre eux et lui une véritable complicité familiale, une authentique promiscuité culturelle, voire un indéniable attachement affectif, si sincère que lorsquarrive la dernière ligne le lecteur a limpression de ce vide dans lequel évolue toute personne qui, dun coup, se retrouve transportée loin de ses proches, de son quartier, de son pays.
En filigrane est posée la question angoissante, pour tout écrivain, de la panne dinspiration, alors que Raman est pris à un tel point par la panique de la page blanche et du calame sec quil va jusquà voler Jhotta pour avoir son lait à demeure et en permanence.
La hantise, pour les parents, du bon mariage pour leurs enfants, le poids de la religion, des castes, des traditions, des superstitions, les mille et uns détails du quotidien, les rêves, les ambitions, et les déceptions des uns et des autres, tout se conjugue ici dans une narration critique, amusée, tendrement moqueuse, dune Inde toujours attirante pour loccidental, qui, à la lecture de ce beau roman, ne risque rien dautre que de perdre quelques-uns de ses préjugés.
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Patryck Froissart, le 9 mai 2006