Chevauchée d’Édouard III en 1346 (1/3)
La Chevauchée d’Edouard III de 1346, qui commence le 2 juillet 1346, par l’embarquement des troupes anglaises et se termine par le début du siège de Calais 4 septembre 1346 est un raid dévastateur du roi d’Angleterre sur le sol français. Cette expédition touche la Normandie, le Vexin, le Beauvaisis, le Vimeu, le Ponthieu, le Boulonnais et le Calaisis qui sont dévastés.
On peut toutefois considérer que cette expédition se termine réellement le 12 octobre 1347 par l’arrivée victorieuse du roi d’Angleterre à Sandwich après la capitulation de Calais le 3 août 1347.
Sommaire:
1. Le contexte
2. Préambule au débarquement
3. Les forces anglaises
4. Le débarquement
5. La Normandie mise à sac
6. Le passage de la Seine
7. Entre la Seine et la Somme
8. Le passage de la Somme
9. Bataille du gué de Blanquetaque
10. Bataille de Crécy
11. Entre Crécy et Calais
12. Siège de Calais
13. Capitulation de Calais
14. Bilan
15. Voir aussi
16. Notes, sources et références
1. Le contexte
Le roi de France, Charles-le-Bel, étant mort, en 1328, sans enfants mâles, Edouard III d’Angleterre, neveu de ce roi par sa mère Isabelle de France, prétendit que la couronne de France lui appartenait.
Philippe de Valois, plus éloigné d'un degré, mais parent du côté paternel, l'emporta au jugement des pairs.
Il monta sur le trône et somma son rival de venir lui rendre hommage pour la Guyenne et le comté de Ponthieu.
Edouard résista, mais craignant de perdre ses immenses domaines en France, il fut contraint de remplir son devoir de vassal. Il se rendit, avec une suite nombreuse, le 6 juin 1329 à la cathédrale d'Amiens rendre hommage à Philippe VI de France. Cette démarche humiliante excita un ressentiment profond, et il ne tarda pas à en tirer vengeance.
Le 7 octobre 1337, à l'Abbaye de Westminster, le roi d'Angleterre Édouard III lance publiquement un défi à son cousin, le roi de France. Il conteste la légitimité de Philippe VI de Valois et revendique la couronne de France pour lui-même. C'est le début de la guerre de Cent Ans.
Lors de La première campagne d'Édouard III en 1339, il bataille d'abord sur le Ponthieu où il obtint quelques succès, puis fait le siège de Cambrai.
En 1340, après avoir tenu sa cour à Gand et pris le titre de « roi d'Angleterre et de France », Édouard III engage la seconde campagne sur terre et sur mer. Elle se solde, en juin 1340, par la défaite française lors de la bataille navale de l'Écluse. Ensuite la guerre se prolonge sans rien produire de décisif, jusqu'à la conclusion de la trêve d'Esplechin le 25 septembre 1340.
La trêve expire le 24 juin 1342 lorsqu’Edouard III apprend que Philippe VI se dispose à confisquer le Ponthieu. Il y envoie de nouvelles troupes, mais il est trop tard, les Abbevillois, ruinés par les impôts que les Anglais levaient sur eux, et fatigués de leurs vexations, venaient de s'armer et de chasser leurs oppresseurs.
En septembre 1345, le roi de France, Philippe VI, se met en marche pour soutenir les révoltés et reconquiert toute la province à la fin de l’année.
2. Préambule au débarquement
Robert VIII Bertrand de Bricquebec ayant obtenu pour son fils, Guillaume Bertrand [1] , la main de Jeanne Bacon, riche héritière normande [2] , Geoffroy d’Harcourt sire de Saint-Sauveur-le-Vicomte, second prétendant à ce mariage, s'engagea, début 1342, par vengeance dans une guerre privée contre son rival. Le roi intervient alors contre Geoffroy d’Harcourt en ordonne la saisie de ses biens et l’exile le 19 juillet 1343.
Celui-ci se réfugia en Angleterre, où il reconnu, 13 juin 1345, Edouard comme roi de France.
Durant l’hiver 1345-1346, Édouard III décide d’entreprendre une campagne afin de débarquer en Guyenne pour faire lever le siège d'Aiguillon, commencé septembre-octobre 1345 par le duc Jean de Normandie. La ville était défendue par Jean de Norwich, le comte de Derby , le comte de Pembroke Lawrence Hastings, Gauthier de Mauny et des capitaines anglais très expérimentés disposant d’une garnison de 1 500 hommes d’armes [3] . Quatre assauts par quatre corps de troupes différents furent successivement donnés et énergiquement repoussés. Il fallut faire venir de Toulouse l’artillerie nécessaire et le siège traîna en longueur; au mois d’août, les Français étaient encore devant Aiguillon.
3. Les forces anglaises
Le nombre d'Anglais débarqué en France n'est pas facile à déterminer. Jean Froissart cite :
soit 32 000 hommes.
Mais les historiens modernes estiment que le chroniqueur surrévalue l'importance de l'armée anglaise. L'estimation se situe entre 7000-10000 chez Jonathan Sumption et 19500 chez Wrottesley [4] .
Chevauchées de la 1
re phase de la guerre de cent ans. Principales batailles de la 1ère phase de la guerre
Chevauchée d'Édouard III en 1339
Itinéraire de l'armée d'Édouard III en 1346
Chevauchée du Prince noir en Languedoc en 1355
Chevauchée de Lancastre en 1356
Itinéraire du Prince noir en 1356
Chevauchée d'Édouard III en 1359-60
4. Le débarquement
= Troupes Anglaises de Édouard III d'Angleterre
= Troupes Françaises de Philippe VI de France
- Du 21 juin au 1er juillet 1346 :
le roi d'Angleterre réunit plus d’un millier de navires [5] dans les rades de Portsmouth et de Southampton.
- 2 juillet :
Il hisse les voiles pour la Guyenne.
Des vents contraires rejetant la flotte sur la Cornouaille, il met à l’abri son armada dans les ports environnant pendant 1 semaine puis la réunie à nouveau.
Sur les conseils du traitre Geoffroy d’Harcourt, qui pensait qu’un soulèvement d'une partie de la noblesse normande dans le Cotentin était possible, [6] Jean Froissart rapporte les paroles de Geoffroy d’Harcourt : « Sire, le pays de Normandie est l’un des plus gras du monde. Je vous promets, sur l’abandon de ma tête, que si vous arrivez là, vous prendrez terre à votre volonté. Nul ne viendra au-devant de vous car toute la fleur de la chevalerie est actuellement au siège d’Aiguillon avec le Duc, et vous trouverez en Normandie de grosses villes et bastides qui ne sont point fermées, où vos gens auront si grands profits qu’ils en vaudront mieux vingt ans après. Vous pourrez faire suivre vos navires jusque près de Caen… »
- 11 juillet 1346 :
- Mercredi 12 juillet 1346 :
La baie n’étant pas fortifiée [7] , Edouard III d'Angleterre débarque tranquillement, avec 15 000 hommes à Saint Vaast la Hougue. Les troupes débarquées attaquent immédiatement le port de Barfleur,
Les Anglais sont toutefois assailli par Robert VIII Bertrand de Bricquebec, surnommé le Chevalier au Vert Lion, et son fils ainé Robert Bertrand IX, qui avec 300 hommes, tentent en vain d’empêcher l'armée anglaise de débarquer à Saint-Vaast-la-Hougue. Robert fut blessé ainsi que son fils et durent se retirer avec seulement 30 survivants de leur troupe.
- 12 au 18 juillet :
La prise de Barfleur permet aux 25 000 soldats restant de débarquer, avec l’intendance [8] . Le débarquement terminé, la ville est totalement ravagée.
Pendant ce temps, dans l’église de Quettehou, Edouard III arme chevalier son fils aîné le prince de Galles, dit le Prince Noir, nomma maréchaux Geoffroy d’Harcourt et le comte de Warvich Thomas Beauchamp, et connétable le comte d’Arondel. Quettehou fut ensuite dévasté.
Une autre partie des forces, celles sous le commandement de Geoffroy d’Harcourt débarque dans la baie des Veys et détruisent tous les châteaux de la région d'Isigny car ils appartenaient à la famille de Briquebec. Le château l'Hermerel situé à Géfosse-Fontenay fut totalement détruit.
Dans le hameau de La Peinterie situé à Morsalines, avant tout bruler, le roi fit séparer sont armée en 3 batailles (corps) plus la marine :
- 1ère bataille : sur le coté gauche, chargé de suivre la marine
- 2e bataille : au centre, avec le roi et le prince, au milieu des terres avec 19 000 soldats (3 000 hommes d’armes, 6 000 archers et 10 000 sergents à pied)
- 3e bataille : sur le coté droit
- La marine, avec 100 hommes d’armes et 400 archers, commandée par le comte de Hostidonne, devait prendre toutes les nefs, petites où grandes, qu’ils trouveraient et les emmener avec eux.
Cette « tactique » fut employée, afin de ratisser très large et afin de jeter une terreur plus grande dans le pays, permettant aux soldats de piller, dévaster et brûler toutes les places dont ils s’empareraient.
Les villes qui ouvraient leurs portes n’étaient pas plus épargnées que celles qui résistaient.
5. La Normandie mise à sac
Renonçant aux règles de la chevalerie en vigueur, Edouard III pratiqua un combat basé sur la destruction et la terreur, le tout avec rapidité et efficacité.
Le pillage, l’incendie, la torture, le viol étant une mise en condition pour faire céder les prochaines villes.
- 12 juillet
- Entre le 13 et le 18 juillet
Les razzias, pillages et incendies se succèdent.
Surpris et terrorisés par les godons, les Normands ouvrent leurs villes dont les défenses n’auraient pu résister à un assaut.
Le val de Saire est dévasté, les godons attaquent et assiègent, vainement, Cherbourg. Ses faubourgs sont toutefois totalement dévastés.
- 17 juillet
Philippe de Valois reçoit des messagers lui annonçant le débarquement.
- 18 juillet
Le débarquement terminé, Édouard se met en campagne, pille et brule Montebourg et Valognes.
- 19 juillet :
- 20 juillet :
Carentan est livrée aux flammes, le pont d'Ouve est refait pour laisser passer les troupes.
- 21 juillet :
- 22 juillet :
Pour son premier fait d’armes, après avoir jugé la situation depuis le plateau du Montcocq, le prince de Galles prend Saint-Lô facilement, les défenseurs ayant pris la fuite. Avec une grande violence, la ville est ensuite dévastée, pillée et la population mise à rançon. Édouard III et sa suite furent accueillit au château de la Vaucelle .
Philippe soulève l’oriflamme à Saint Denis [9] .
- 23 juillet (dimanche) :
- 24 juillet :
- 25 juillet :
Prise de Caen
- 26 juillet :
Les troupes anglaises arrivent devant Caen, en 3 batailles, drues et serrées, semant la panique. Les gens d’armes et archers anglais chassant et tuant les habitants qui fuyaient, profitent de l’épouvante et entrent dans la ville. Le seigneur de Tancarville et 25 chevaliers réfugié au château se rendirent au seigneur Thomas Holland (1er comte de Kent) qui toucha environ 100 000 moutons [10] de rançon.Article détaillé : La rançon au Moyen Âge.
Toutefois les caennais ayant tués, le premier jour, dans des combats de rues plus de 500 godons, le roi d’Angleterre en représailles « ordonna que lendemain on mit tout à l’épée, et la dite ville en feu et en flamme ». Mais Godefroy de Harcourt fit changer le roi d’Angleterre d’avis et les envahisseurs pillèrent la ville et les abbayes durant 3 jours.
Draps, joyaux, vaisselle d’or et d’argent et autres prises furent transportés à Ouistreham chargés sur des navires en direction de l’Angleterre. Ces navires transportaient également 60 chevaliers, et 300 riches bourgeois prisonniers qui furent libérés par la suite contre rançons. Article détaillé : Siège de Caen (1346).
- 29 juillet :
Bayeux est attaquée.
Edouard écrit à son conseil de lui demandant d'envoyer des renforts au Crotoy.
Philippe décrète la mobilisation générale. Les combattants doivent se rassembler à Paris et Amiens.
- 30 juillet :
La force principale de Philippe est à Vernon.
- 31 juillet :
- 1er août :
- 2 août :
- 3 août :
Philippe VI décide de défendre le passage de la Seine, et ordonne au duc de Normandie d’abandonner le siège d’Aiguillon et de marcher le plus rapidement possible sur Paris. Il ordonne également aux troupes stationnées à Amiens de marcher sur Paris. Des Cardinaux sont envoyés pour négocier la paix avec Philippe VI alors à Rouen.
- 4 août :