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Titre : Sensitive
Auteur : Shenaz Patel
Editions de lOlivier
140 pages
ISBN 2879293677
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La sensitive est une plante dont les feuilles se referment dès le moindre contact. Originaire du Brésil, elle pousse communément dans les cours et les jardins de lîle Maurice.
La narratrice de ce poignant petit roman de Shenaz Patel est une petite fille dun quartier pauvre de lîle paradis, qui raconte, avec pudeur, violence, haine et lucidité, lenfer de sa vie denfant dans un journal adressé au Bondié qu'elle s'est créé :
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- linceste, juste suggéré, mais de façon récurrente, comme si la chose était insupportable jusquà lindicible, ou, au contraire, tellement banale et triviale, ou tellement honteuse pour la victime elle-même, quil ne convient pas den parler avec plus de précision. Quoi quil en soit, cela fait partie, dans cette vie-là, de ce qui ne se dit pas avec des mots
- les coups, à peine révélés par une remarque de la maîtresse décole
- la privation décole, parce quil ny a pas dargent pour prendre le bus
- la succession dévénements douloureux dans le voisinage
- la présence latente de la mort, souvent violente, dans lentourage
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Alors la petite fille, que personne n'appelle jamais par son nom (lanonymat est naturel lorsquon est presque tous, dans cette société, comme Garson qui na même pas détat civil, quasiment des non-personnes), voudrait bien pouvoir faire comme la sensitive, pouvoir se refermer, se renfermer, se protéger dans ses feuilles au contact des autres.
Mais, bien quelle possède la sensibilité de la sensitive, la petite fille na pas le pouvoir de se recroqueviller, de se mettre hors datteinte.
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Alors la petite fille, ne croyant plus vraiment en lexistence du Bondié auquel elle a commencé à se raconter, se révolte, et passe au seul acte qui lui permette déchapper à linsoutenable lourdeur de lêtre. Elle explose la mère, et "Lui", le tortionnaire odieux quelle ne désigne jamais sous le nom de « père ».
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Ne croyons pas, surtout, que ce destin tragique ne relève que du roman. Nombre denfants, dans nos îles à cocotiers et à plages idylliques, subissent, comme ailleurs, jusque dans les banlieues grises des pays les plus riches et les plus « civilisés », ces existences sans espoir, sans avenir, brisées dès la naissance, sous un ciel impassible, dont le bleu trompeur disparaît sous le noir et le rouge réels de la misère et de la souffrance, et les rideaux des larmes.
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« Ti dimoun touzour ki payé ».
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Patryck Froissart, le 6 avril 2006