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Voir en ligne : Un éditeur avoue : la préparation des manuscrits disparaît
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Par les temps qui courent, la franchise de M. Jean-Marie Laclavetine est rafraîchissante. Il faut len remercier. Je dis ça sincèrement.
Lauteur, également éditeur à succès chez Gallimard, vend la mèche auprès de Bibliobs : de nos jours, les éditeurs français de littérature (dont Gallimard) travaillent de moins en moins sur les manuscrits de leurs auteurs avant des les publier.
Après, advienne que pourra.
N. O. - Voilà dix-sept ans que vous occupez chez Gallimard une cellule de moine. Quels changements observez- vous?
J.-M. Laclavetine. - Ce qui évolue le plus, ce sont les manuscrits. Les auteurs qui sadressent à Gallimard sont traditionnellement marqués par lhistoire de la NRF Il y a un «style NRF»: ultra-littéraire, sophistiqué, ténébreux. Aujourdhui, les jeunes écrivains sen affranchissent. [ ] Lautre changement notoire, cest la disparition progressive de la préparation des manuscrits. Il y a quelques années encore, le travail de correction était très minutieux, avec des services dévolus à cette tâche. Les stades de fabrication sont de plus en plus court-circuités et on passe plus vite du manuscrit informatique remis par lauteur à limpression. Certains continuent de travailler méticuleusement, comme Minuit ou POL.N. O. - Y compris chez des auteurs confirmés, il arrive dêtre frappé par des longueurs, une rupture de ton, des maladresses de style. A se demander si les éditeurs font leur travail.
J.-M. Laclavetine. - Les auteurs ont parfois des susceptibilités. Il arrive quun manuscrit soit en réalité un brouillon de roman. Si lauteur est connu et bénéficie dune bonne surface médiatique, on le publiera même sil refuse nos observations. Ca peut être à ses dépens, effectivement.N. O. - Un éditeur nosera pas insister de peur que son auteur, vexé, sen aille?
J.-M. Laclavetine. - Par exemple. Avec des gens comme Daniel Pennac ou Boualem Sansal, je nai pas de problème. Ils ne sont pas forcément daccord, mais je peux faire des suggestions. Avec dautres, cest difficile. Les pires, vous voulez savoir? Ce sont les journalistes. Mais un auteur certain de vendre et davoir vingt articles dans la presse, eh bien, on va publier ce quil veut.
On sen doutait, mais cest toujours mieux de lentendre de la bouche dun professionnel de la profession.
Ce nest dailleurs pas étonnant, vu que durant cette même période, beaucoup déditeurs ont eu tendance à augmenter le nombre de titres publiés chaque année, histoire de se faire de la trésorerie Un autre éditeur parisien, Guy Birenbaum (enfin, ex-éditeur ) na pas fait mystère lan dernier pour lavouer. Avec pour conséquence une la baisse de la rentabilité de chaque titre, ce qui pousse à en publier encore plus. Cercle vicieux.
Ce que Marc Autret appelle le paradoxe de la cavalerie : Plus on fabrique de livres, moins on les édite. On nen est pas encore aux niveaux atteints par les officines de compte dauteur (voir le billet édifiant de Stéphane Laurent : 240 cadavres), mais ça se rapproche.
Autre conséquence de cette inflation de titres vite faits, vite parus : si les éditeurs prennent moins soin de la qualité des textes quils publient, les lecteurs, eux, risquent de plus en plus souvent dêtre déçus. Et de regretter leur achat. Et, si cela se reproduit trop souvent, de se détourner définitivement, échaudés, de la littérature.
Cest drôle, mais il y aurait comme un bruit de sciage de branche, sous certains postérieurs éditoriaux
Tags : écrivains, éditeurs, édition, commerce, Gallimard, Laclavetine, manuscrits, marché du livre, médias