Site consacré à la littérature, à la poésie, au théâtre, à la philosophie, à l'ésotérisme, à Jehan Froissart, aux concours littéraires, à tout ce qui a trait à la création poétique et littéraire
Titre : Le moine, lOttoman et la femme du grand argentier
Auteur : V. Khoury-Ghata
Editeur : Actes Sud 2003
ISBN 2742749241
Collection Babel
<O:P></O:P>
A la fin du 18e siècle, alors que commence lépopée napoléonienne, un moine trinitaire, le frère Lucas, quitte son monastère savoyard, avec un âne et une mission : retrouver et ramener à son époux, le grand argentier de Saint Jean dAcre, Marie, femme doublement infidèle qui sest enfuie avec Jaffar Bey, ambassadeur du sultan ottoman Sélim III, et la épousé, scandaleusement, sous le régime de la mitaa (régime matrimonial musulman qui permet à un homme dépouser une femme pour un temps limité et uniquement pour le plaisir, à lexclusion de toute fin de procréation).
<O:P></O:P>
Lordre des Trinitaires sest spécialisé dans la recherche et le rachat des chrétiens capturés et mis en esclavage par les Barbaresques.
Un périple initiatique entraîne le jeune moine, jusqualors ignorant des réalités du monde séculier, tout autour de <ST1:PERSONNAME w:st="on" productid="la Méditerranée">la Méditerranée</ST1:PERSONNAME>, à travers lEspagne, où il fait la connaissance de Goya, puis le Maghreb, où il découvre lIslam et perd sa virginité avec létrange Amina, vit quelque temps chez la chaleureuse Maryamou, Touareg chrétienne, et chemine jusquen Anatolie, sur les traces de Marie, de qui il est devenu amoureux fou, et dont il croise la route à plusieurs reprises (la rencontre nocturne dans un ancien palais dun roi des Aurès, devenu la folle demeure dun ex-ambassadeur de France en Turquie qui sest converti au soufisme et se fait appeler Sidi Alphonse est dun romantisme échevelé).
Il perd plusieurs fois son âne, est volé, battu, devient, dans un hameau macabre, polisseur dobjets récupérés dans les tombes antiques, seul homme à travailler dans le quartier des femmes dont les cuisses ouvertes excitent à la fois son souvenir dAmina et son désir de Marie, est jeté en prison, et vit une cascade daventures jusquà ce que Marie, rejetée par son amant, naufragée sur les côtes dAlger, meure en mettant au monde le bâtard de Jaffar.
<O:P></O:P>
Récit rocambolesque, certes, mais
plutôt riche denseignements sur les cultures méditerranéennes de lépoque, sur
la confrontation des mondes chrétien et musulman, sur la vision, par les
personnages orientaux, dun Occident dont les ambitions expansionnistes,
hégémoniques et universalistes commencent à se lire dans lHistoire
immédiate.
Récit trop rocambolesque toutefois, dont les intrigues ne vont pas
toujours à leur fin, ou s'entremêlent de façon
brouillonne.<O:P></O:P>
Curieusement, par ailleurs, le rythme de la narration
est soudainement rompu par lauteur aux deux tiers du récit, lorsque le
personnage principal, le moine Lucas, par les yeux de qui le lecteur vit
laction, est remplacé par Yakout, lesclave de Marie.
Ce changement dangle, regrettable, nest pas une réussite littéraire.
Abstraction faite de cette erreur décriture, le roman vaut dêtre lu.<O:P></O:P>
Patryck Froissart, le 2 juillet 2006