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Site consacré à la littérature, à la poésie, au théâtre, à la philosophie, à l'ésotérisme, à Jehan Froissart, aux concours littéraires, à tout ce qui a trait à la création poétique et littéraire

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La merencolie

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Page 1
<nobr>ISSN: 1139-9368</nobr>
<nobr>Ihcleníc Revista Complutense de Estudios Franceses</nobr>
<nobr>2000</nobr>
<nobr>15</nobr>
<nobr>67 177</nobr>
<nobr>Quelques aspects de la</nobr>
<nobr>Merencolie</nobr>
<nobr>de Charles d’Orleans</nobr>
<nobr>PILAR ANDRADE BouÉ</nobr>
<nobr>UCM</nobr>
<nobr>Depuis plusieurs années, les historiens et critiques de la littérature orn</nobr>
<nobr>commencé it lever les voiles d’une époque un peu fantomatique ou méconnue</nobr>
<nobr>de notre histoire, la fin du moyen áge. Les XIVe et XVe siécles se sont dégagés</nobr>
<nobr>ainsi peu it peu de la malédiction que leur auraient imprimés les sceaux de la</nobr>
<nobr>peste noire</nobr>
<nobr>et de</nobr>
<nobr>tipo que de transition,</nobr>
<nobr>et un nouveau continent littéraire est</nobr>
<nobr>apparu, riche de la fecondité de trois siécles de culture, mais aussi raviné par les</nobr>
<nobr>signes avant-coureurs d’une vision du monde et d’une sensibilité en crise. Car</nobr>
<nobr>ces síecles éprouvent, en effet, la premiére grande crise de la conscience mo-</nobr>
<nobr>deme, qui est la crise de la conscience médiévale. On sait que les valeurs, les</nobr>
<nobr>idées et les réalités sur lesquelles une civilisation reposait jusque lors changent</nobr>
<nobr>et basculent, for9ant it un moulage nouveau de la perception du monde et de 1’-</nobr>
<nobr>homme; ceci produit un sentiment d’abandon et méme d’angoisse, ainsi que,</nobr>
<nobr>parallélement, un certain optimisme quant aux possibilités de renouvellement,</nobr>
<nobr>surtout au XVe siécle.</nobr>
<nobr>En fait, on a pu également dépister cetie double face de fin d’une époque et</nobr>
<nobr>débul d’une autre lors de la deuxiéme crise du monde occidental, dans les</nobr>
<nobr>derniéres décennies du</nobr>
<nobr>XVIII</nobr>
<nobr>siécle. Les romantiques fran9ais l’avaient bien</nobr>
<nobr>ressenti, tel Chateaubriand lan9ant la célébre allégorie des deux statues dans son</nobr>
<nobr>René,</nobr>
<nobr>ou Musset dressant une belle image en trois temps: le passé, s’agitant en-</nobr>
<nobr>core sur ses mines, l’avenir,</nobr>
<nobr>I’aurore d’un immense horizon,</nobr>
<nobr>et le présent, une</nobr>
<nobr>mer houleuse oit l’on ne sait</nobr>
<nobr>si Ion marche sur une semence ou sur un débris’.</nobr>
<nobr>Cette bipolarité n’est sans doute pas le seul pointcommun de deux ¿poques</nobr>
<nobr>que trois autres siécles écartent. II existe surtout un état d’áme particulier par-</nobr>
<nobr>tagé par toutes ces décades difficiles: c’est l’expérience de la mélancolie ou du</nobr>
<nobr>spleen,</nobr>
<nobr>ce qu’on aujourd’hui on désigne avec le terme générique de</nobr>
<nobr>dépression.</nobr>
<nobr>Mais si le</nobr>
<nobr>spieen</nobr>
<nobr>du XIXe a ¿té l’objet de nombreuses recherches, celui de la</nobr>
<nobr>¡</nobr>
<nobr>La confrssion don cnfantdu site/e,</nobr>
<nobr>premiére partie, premier chapitre.</nobr>
<nobr>167</nobr>
<nobr>Pilar Andrade Boué</nobr>
<nobr>Quelques aspecis de fa Merencolie de Charles d’Orleans</nobr>
<nobr>fin du moyen áge mérite A son tour plus d’attention que celle qu’on lui a ac-</nobr>
<nobr>cordéejusqu’á présent, car c’est alors qu’il évohie pour devenir l’embryon pre-</nobr>
<nobr>mier du sens tragique de la consejence moderne.</nobr>
<nobr>[1aura fallu néanmoins un Long múrissement pour aboutir á ce résultat, et</nobr>
<nobr>surtout aux derniéres étapes du procés. L’état mélancolique avait déjá été</nobr>
<nobr>analysé surtout par les médécins de l’antiquité grecque et romaine, qui le</nobr>
<nobr>eonsidéraient comme une maladie comportant la tristesse et inaction du sujet,</nobr>
<nobr>et dont les causes seraient physiques et internes (la production par le corps</nobr>
<nobr>d’humeurs nuisibles A l’organisme). Au moyen áge fleurissant, l’étude de la</nobr>
<nobr>mélancolie prend une double orientation: tandis que les auteurs arabes con-</nobr>
<nobr>tinuent la tradition classique, les traités des moralistes vont l’inclure parrni les</nobr>
<nobr>péchés capitaux, A cóté de la paresse et méme parfois déplayant celle-ci.</nobr>
<nobr>Enfin, dés le XIVe siécle la mélancolie prend un rOle prédominant dans les</nobr>
<nobr>oeuvres tant morales que littéraires, et sa conception ehange sensiblement par</nobr>
<nobr>rapport á celle qu’elle avait, A la faveur du développement de l’analyse psy-</nobr>
<nobr>ehologique</nobr>
<nobr>2,</nobr>
<nobr>Car on pourrait dire que le long de ce siécle l’homme médiéval, A qui la</nobr>
<nobr>philosophie avait déjá appris sa constitution ontologique, et que la morale chré-</nobr>
<nobr>tienne avait dégrossi en le faisant réfléchir sur ses passions (dans le sens large</nobr>
<nobr>du terme), commence á se découvrir un mol profond. II le fait certainement gui-</nobr>
<nobr>dé par les manuels de confession de l’époque, les livrcs mystiques ou méme les</nobr>
<nobr>traités de logique, mais sa curiosité va dépasser ces premiéres aides. De cette</nobr>
<nobr>fagon, l’oeil qui entreprend de regardertous les replis internes du moi va con-</nobr>
<nobr>cevoir aussi la mélancolie non seulement comme un probléme médical ou une</nobr>
<nobr>case dans un systéme de vices et qualités, mais commme un état d’csprit qui</nobr>
<nobr>mérite une longue exploration et une descriptiorí psychologique approfondie.</nobr>
<nobr>Description qui dégagera une morphologie complexe avec des nuances de tris-</nobr>
<nobr>tesse, d’angoisse et de désespoir. entre autres, qui masiifestent une impuissance</nobr>
<nobr>fondamentale pour accomplir un projet social et spirituel au sein d’un univers</nobr>
<nobr>qui héberge l’homme.</nobr>
<nobr>Dans les pages qul suivent, je proposerai de survoler la sensibilité du moyen</nobr>
<nobr>áge tardif pour dénicher certains points communs ayee la sensibilité romantique</nobr>
<nobr>franyaise, et ceci A partir des textes de Charles d’Orléans, un homme de [ano-</nobr>
<nobr>blesse que les circonstances de la vie obligérent A s’étudier et A s’écrire. N’ou-</nobr>
<nobr>blions pas, en outre, que ce prisonnier des anglais passa plus de vingt ans dans</nobr>
<nobr>un pays féru de mélancolie, pays qui léga la niode du spleen au continent dés le</nobr>
<nobr>XVe siécle et notamment lors du Romantisme.</nobr>
<nobr>II existe d’abord des circonstances trés particuliéres dans la vie de Charles</nobr>
<nobr>d’Orléans, sources chez lul de thémes qui feront fortune parmi les romantiques</nobr>
<nobr>2</nobr>
<nobr>Pour les sources, fonnation et développernent de cene notion, cf. Klibanski, R., Panofsky, E.</nobr>
<nobr>et</nobr>
<nobr>Saxl, F.:</nobr>
<nobr>Saturn ¿md Melancholy: siudies in tite Historv</nobr>
<nobr>of</nobr>
<nobr>Natural philosophy, Religion</nobr>
<nobr>citó</nobr>
<nobr>Art</nobr>
<nobr>(New York: Basic Books, 1964) et Jackson.</nobr>
<nobr>S,W.:</nobr>
<nobr>Melancholia citó</nobr>
<nobr>dcpression:</nobr>
<nobr>ilota</nobr>
<nobr>hipporatic</nobr>
<nobr>tintes to madera times (Londres: Yale University, 1986).</nobr>
<nobr>Pié/toe. Revista Complutense de Estudios Franceses</nobr>
<nobr>2000, [5: 167-ID</nobr>
<nobr>168</nobr>
<nobr>Pilar Andrade Boué</nobr>
<nobr>Quelques aspects de</nobr>
<nobr>la</nobr>
<nobr>Merencolie</nobr>
<nobr>de Charles</nobr>
<nobr>d’ Orleans</nobr>
<nobr>franais. Un de ces ihémes est bien súr celui de la nostalgie de la patrie, utilisé</nobr>
<nobr>par d’autres auteurs de son époque, mais aggrémenté dans notre poéte de cer-</nobr>
<nobr>tains aspects qui méritent une réflexion plus approfondie. On trouve cette poé-</nobr>
<nobr>tique de l’exil dés les premiers poémes éerits en Angleterre:</nobr>
<nobr>le suis de tous maulxbien garny,</nobr>
<nobr>Autant que nul qui rok en France. <Rallade 22).</nobr>
<nobr>Car</nobr>
<nobr>vous</nobr>
<nobr>maye: mainte saison</nobr>
<nobr>Fait douleur a tort endurer,</nobr>
<nobr>bit mej=¡itesloings demnurer</nobr>
<nobr>De la nompareille de Fi-ante.. <Ballade</nobr>
<nobr>54).</nobr>
<nobr>Le fait d’étre tombé prisonnier entrame ensuite la douleur d’étre séparé</nobr>
<nobr>d’une</nobr>
<nobr>dame,</nobr>
<nobr>et Charles d’Orléans chante, dans la tradition courtoise, lafemme,</nobr>
<nobr>qui sera toujours lointaine. Ainsi par exemple lorsque le poéte emploie le mo-</nobr>
<nobr>tif de la Bonne Nouvelle amoureuse apportée par Reconfort, il précise que</nobr>
<nobr>cette nouvelle doit venir en bateau, ajoutant l’élément de la nef:</nobr>
<nobr>A</nobr>
<nobr>¡olepuist venir au port</nobr>
<nobr>De desir, et paur tostpasser</nobr>
<nobr>La mer de Fortune, trouver</nobr>
<nobr>Un plairant vent venan! de France,</nobr>
<nobr>Oit</nobr>
<nobr>crí</nobr>
<nobr>á présentma mairtrerre. (Rallade 28)</nobr>
<nobr>C’est pourquoi l’éloignement devient de plus en plus physique et de moíns</nobr>
<nobr>en moins dú au rejet de la dame</nobr>
<nobr>.</nobr>
<nobr>On pourrait dire qu’il se contamine de la</nobr>
<nobr>thématique de la patrie, de sorte que la</nobr>
<nobr>ReIle, nompareille de France</nobr>
<nobr>(Ballade</nobr>
<nobr>27), prendrait un rOle de lien entre le poéte et son pays natal. Quand elle va en-</nobr>
<nobr>fin soulager la souffrance (amoureuse ou autre) du poéte, elle doit entreprendre</nobr>
<nobr>un voyage:</nobr>
<nobr>Elle vient par dea la mer</nobr>
<nobr>(Ballade 33); elle apporte avec elle les</nobr>
<nobr>arOmes et la douceur du pays aimé</nobr>
<nobr>.</nobr>
<nobr>Elle deviendrait, en conséquence, un élé-</nobr>
<nobr>ment de la topique amoureuse qu’on aurait vidé en partie de son référent réel le</nobr>
<nobr>plus direct (la femme aimée) an profit d’un autre référent, la terre natale. Rap-</nobr>
<nobr>pelons qu’une association semblable de la féminité et la patrie se produit avec</nobr>
<nobr>le premier Roniantisme fran9ais, ou les soupirs des exilés se mélent au nostal—</nobr>
<nobr>gies d’une femme trés pure —mére dont ils ont été sévrés trop tót, ou vierge</nobr>
<nobr>méritant tous les éloges, on les deux. René, marié á une Natehez mais</nobr>
<nobr>nc</nobr>
<nobr>vivfantl point ayee elle,</nobr>
<nobr>regrette la France et sa chére soeur, qui était</nobr>
<nobr>presque</nobr>
<nobr>une mere, c’était que/que chore de plus tendre.</nobr>
<nobr>A ce regret s’ajouterait encore</nobr>
<nobr>L’éloignement ne répond pas non plus á une stratégie du procés de séduction: un des con-</nobr>
<nobr>selís d’Amour á l’amant dans le Rontan de la Rose est de rae pas séloignerde la belle, cas cela ne</nobr>
<nobr>pouvait que nuire au procés de séduction (vv. 2555-2562).</nobr>
<nobr>Peur la polysémíe référenticlie de la dante, cf. P. Champion, 1969: 257 ss.</nobr>
<nobr>Tan/ose.</nobr>
<nobr>Resisca Complutense de Estudios Fraa3ceses</nobr>
<nobr>169</nobr>
<nobr>2000 15:167-177</nobr>
<nobr>Pilar Andrade Boué</nobr>
<nobr>Quelques aspearde la Merencolie de Charles d’ Orleans</nobr>
<nobr>lanostalgie du manoir de 1’enfance autant chez le duc médiéval</nobr>
<nobr>(Songe en com-</nobr>
<nobr>plainte,</nobr>
<nobr>VI) que diez Chateaubriand. Et en fait l’espace de lafemme, dans les</nobr>
<nobr>deux auteurs, est marqué du sceau de l’interdiction; ni Lun ni l’autre pourront</nobr>
<nobr>démolir l’obstacle qul les sépare de l’aimée tant que durera l’exil: plus de</nobr>
<nobr>víngt mis, pour [un, et toute la vie, pour l’autre. 11 est vrai eependant d’autre</nobr>
<nobr>part que la poétique de l’exil de Chateaubriand s’inscrit dans le cadre de la</nobr>
<nobr>conseience moderne aliénée et errante, tandis qu’il serait vain de chercherce ca-</nobr>
<nobr>dre chez l’auteur médiéval— dans un temps ou, justement, le chevalier devenait</nobr>
<nobr>de moins en momns errant.</nobr>
<nobr>Revenons aux vers de Charles d’Orléans pour déceler A travers certains</nobr>
<nobr>exemples celle polysémie constante, qu’il exploite parfois trés clairenient.</nobr>
<nobr>C’est le cas lorsqu’il parle simultanément de la prison amoureuse ou Fortune l’a</nobr>
<nobr>réduit, ne pouvant obtenir l’amour de sa dame, et de la vraie prison, oi¡ tous ses</nobr>
<nobr>loisirs ont été réduits A la promenade quotidienne:</nobr>
<nobr>De baladerj’ay beau (visir,</nobr>
<nobr>Autres deduis me sant cassez;</nobr>
<nobr>Prisonnier suis, dAmaur martir.(Ballade 400</nobr>
<nobr>Egalement le but de sa quétc est un</nobr>
<nobr>désir</nobr>
<nobr>bien anibivalent, puisqu’il préci-</nobr>
<nobr>se d’un</nobr>
<nobr>saufeonduis:</nobr>
<nobr>Rriefment voye le temps venir,</nobr>
<nobr>.1 en</nobr>
<nobr>prie a Dieu de pat-adir.</nobr>
<nobr>Que chascun puirt</nobr>
<nobr>verr ron derir</nobr>
<nobr>Aler sans avoir raufc.onduir. <Ballade 27).</nobr>
<nobr>II semble ici que ce</nobr>
<nobr>désir</nobr>
<nobr>désigne autant le désir amoureux que le désir</nobr>
<nobr>de retrouver sa liberté en France, ainsi que, peut étre, le désir de mourir6. Le</nobr>
<nobr>théme du miroir qui projette l’image de la dame esí marqué également d’un</nobr>
<nobr>sémantisme donhie, puisque ce que le poéte cherche dans le reflet est [Es-</nobr>
<nobr>perance soit d’obtenir sa dame. soit de retoumer dans sa patrie. Remarquons</nobr>
<nobr>en outre que ce miroir venisien se loge non au coeur du poéte, siége des sen-</nobr>
<nobr>timents amoureux, mais dans son cerveau, siége de raisonnements plus am-</nobr>
<nobr>píes.</nobr>
<nobr>J’ay ou</nobr>
<nobr>fresar de</nobr>
<nobr>ma</nobr>
<nobr>pensee</nobr>
<nobr>Un mircuer</nobr>
<nobr>quay acheté.</nobr>
<nobr>(..)</nobr>
<nobr>Grant</nobr>
<nobr>bien</nobr>
<nobr>mefait a ¡ny mire,</nobr>
<nobr>En attendantBonne Erpérance (Ballade</nobr>
<nobr>35).</nobr>
<nobr>E.</nobr>
<nobr>Champion cite la phrase suivante. adressée par Charles d’Orléans á Isabelle de Bourgogne</nobr>
<nobr>aprés Sa libération: Madante.</nobr>
<nobr>Fu</nobr>
<nobr>té</nobr>
<nobr>que vous ares/oit pour ma ddivra,we, ir me reods so/te’ prí-</nobr>
<nobr>sonnier (1969: 313).</nobr>
<nobr>La tentation du suicide existe ches le poéte inédiéval. Cf. p.c. Rondeatax 87 et 217.</nobr>
<nobr>Thélérne.</nobr>
<nobr>Revista Conipluleose</nobr>
<nobr>de Estudios</nobr>
<nobr>Franceses</nobr>
<nobr>2000. 5: 167-177</nobr>
<nobr>170</nobr>
<nobr>Pilar</nobr>
<nobr>Andrade Boué</nobr>
<nobr>Q</nobr>
<nobr>uelques aspects de la Merencoliede Charles d Orleans</nobr>
<nobr>Du reste, ce thénie du miroir ne représente autre chose qu’un élément glo-</nobr>
<nobr>rifié plus tard par tous les romantiques, depuis les pitmiers jusqu’A Hugo</nobr>
<nobr>mi</nobr>
<nobr>Baudelaire. Je fais allusion au souvenir, signe d’un manque manque de nature</nobr>
<nobr>évidemment différente au XVe et au XIXe; d’ailleurs les mélancoliques étaient</nobr>
<nobr>censes avoir beaucoup de mémoire. Charles d’Orléans garde en effet son miroir</nobr>
<nobr>dans le</nobr>
<nobr>c-offi-e de ma souvenance,</nobr>
<nobr>de sorte que l’image féminine appartient á la</nobr>
<nobr>mémoire des choses perdues, plutOt qu’au présent des choses désirées. Suivant</nobr>
<nobr>en outre la tendanee de l’époque A la thésaurisation, le poéte utilise la méta-</nobr>
<nobr>phore du coffre ou du sac</nobr>
<nobr>(Povre pitance,! En bissacs pía/ns de Souvenance,</nobr>
<nobr>Ballade 102) pour désigner le souvenir; il faut bien protéger ces images de bon-</nobr>
<nobr>heur de l’usure du temps. Charles prie ensuite A sa dame de faire la méme</nobr>
<nobr>chose:</nobr>
<nobr>Pour Dieu, garde: bien Souvenir</nobr>
<nobr>Enclos deden.s vostre pensee,</nobr>
<nobr>Ne le laissiez dehors ysrir,</nobr>
<nobr>Be/le t’esloyaumnent amee. (Ballade 54)</nobr>
<nobr>Une clóture protectrice définit ainsi la mémoire. Le systéme allégorique ra-</nobr>
<nobr>joute A cette symbolique spatiale: le cháteau oú le moi du poéte s’est enfermé</nobr>
<nobr>volontairement pour se protéger des assauts de la mélancolie a trois tours,</nobr>
<nobr>dont la deuxiéme est celle de Souvenance (Ballade 50). Et cette tour veille non</nobr>
<nobr>seulement sur les moments passés, mais aussi sur l’écriture; elle abrite la bi-</nobr>
<nobr>bliothéque privée du duc:</nobr>
<nobr>Laise quejay dije nc rauroye,</nobr>
<nobr>Quand Souvenir et</nobr>
<nobr>vour me racontés</nobr>
<nobr>Les tresdoulxfúis, plaisans et plains de/oye</nobr>
<nobr>De ma Dame,</nobr>
<nobr>•.)</nobr>
<nobr>Doutx Souvenir, chierement ¡e vous pl-y,</nobr>
<nobr>Eru-i ve: tost teste halade cy. (Ballade 42)</nobr>
<nobr>Si dans la quéte amoureuse du</nobr>
<nobr>Caer d’amour espris</nobr>
<nobr>Désir guidait le Cueur,</nobr>
<nobr>chez Charles d’Orléans c’est Souvenir qul guide Désir (Chanson 45). II est</nobr>
<nobr>méme ce qui guide toute la vie du poéte, ce qui lui tient lieu de toutes choses:</nobr>
<nobr>Voas me sauvez et maintene: la vie,/ Quant II vous píaist da/nsj me conforter</nobr>
<nobr>(Ballade 38). Mesurons l’importance que peut avoir une intronisation pareille</nobr>
<nobr>de ce qui fait défaut, par rapport á la modernité... Dans certains vers on croit</nobr>
<nobr>presque entendre les ¿chos d’un Baudelaire humant</nobr>
<nobr>a</nobr>
<nobr>longs tra/ts le v/n du son-</nobr>
<nobr>venir</nobr>
<nobr>pour oublier sa douleur:</nobr>
<nobr>Poar tous voz maulx d’amour guerir,</nobr>
<nobr>Pi-ene: lafleur de Sonvenir</nobr>
<nobr>(.3</nobr>
<nobr>Metés au cuer, avant doimir</nobr>
<nobr>Pour tous voz maulx d’amour guerir. (Rondeau 1/9)</nobr>
<nobr>Tité/tino.</nobr>
<nobr>Revista</nobr>
<nobr>Coniplutense</nobr>
<nobr>dc</nobr>
<nobr>Fsludios Franceses</nobr>
<nobr>171</nobr>
<nobr>2000. 15:</nobr>
<nobr>167-177</nobr>
<nobr>Piar</nobr>
<nobr>Andrade</nobr>
<nobr>finué</nobr>
<nobr>Quelques aspects de la Merencolie de Charles</nobr>
<nobr>d’Orleans</nobr>
<nobr>II faut bien reconnaitre, gisant dans certaines phrases du duc d’Orléans, ne</nobr>
<nobr>serait-ce que (mais ji y a plus) le Ion du</nobr>
<nobr>pathos</nobr>
<nobr>tragique moderne, cette subli-</nobr>
<nobr>mation du ¡nalbeur el d’une passion amoureuse frustrée dont 11 ne reste que le</nobr>
<nobr>souvenir</nobr>
<nobr>luisan! comme un ostensoir:</nobr>
<nobr>Ma</nobr>
<nobr>seule amoar,</nobr>
<nobr>ma</nobr>
<nobr>joye e! ma mairtresse</nobr>
<nobr>Puisqu’/lmefaul!</nobr>
<nobr>lo/ng</nobr>
<nobr>de vous demnier,</nobr>
<nobr>Je ¡lay plus riens. a me reconforter,</nobr>
<nobr>Qu’un</nobr>
<nobr>sonvenirpoar</nobr>
<nobr>¡-etenir lyesse.</nobr>
<nobr>(Chanson</nobr>
<nobr>38)</nobr>
<nobr>Par ailleurs, íout favorise au has moyen Age le développement du mot el du</nobr>
<nobr>concept de souvenir. Froissart aura raison de lui accorder la place</nobr>
<nobr>d’o¡-log/er</nobr>
<nobr>dans le coeur de l’aniant, auírement dit, de celui qul régle la présence et Fin-</nobr>
<nobr>tensité des sentimenís amoureux</nobr>
<nobr>(Toutes les fois qn /1 Ii pía/st, /1 despume</nobr>
<nobr>(défrrme)/ Le Doug Penserqu/ les broquetes porte,</nobr>
<nobr>1986:105). D’abord l’ha-</nobr>
<nobr>bitude allégorique permet d’enrichir la morphologie des eoncepts abstraits et</nobr>
<nobr>d’établir des rapports complexes entre eux. Ensuite les circonstances sociales</nobr>
<nobr>créent un climat favorable: l’image d’un monde en décadence, oú l’on s’em-</nobr>
<nobr>presse de garder et de conserver plus que de créer du nouveau, accorde une pla-</nobr>
<nobr>ce d’importance A la mémoire. Les homnies de cette époque ont</nobr>
<nobr>plus de son-</nobr>
<nobr>ven/rs que</nobr>
<nobr>s’/ls</nobr>
<nobr>aya/cnt mille ans,</nobr>
<nobr>et ils croient que leur rOle reviení á la</nobr>
<nobr>préservation de ce savoir. JIs ont l’impression que le monde est vieux, trop usé,</nobr>
<nobr>et qu’ils le sont également: les chevaliers orn succombé face A l’ennemi A plu-</nobr>
<nobr>sxeurs reprises, manquant A leurs engagements, les rois ont comniencé Ajustifier</nobr>
<nobr>la doublure dire!étre, l’Eglise a besoin d’une rénovation profonde. Charles</nobr>
<nobr>d’Orléans se déclare vieux dés l’áge de quarante mis et le répéte inlassablement:</nobr>
<nobr>Deso¡-mais</nobr>
<nobr>en gauvernemen!</nobr>
<nobr>Me me!:</nobr>
<nobr>e! es mains de Vieillesse,</nobr>
<nobr>Bien ray quy vivrait roubrement,</nobr>
<nobr>Sans gran!</nobr>
<nobr>espargne de liesse (Ballade 1/2).</nobr>
<nobr>Le topos du vieillissement est en fait comniun aux époques de ehangement.</nobr>
<nobr>Le romantisme du XIXe siécle enfantera aussi tantól des rejetons passionnés</nobr>
<nobr>d’une race foudroyée,</nobr>
<nobr>pr/ncc/si d’Aqu/ta/ne</nobr>
<nobr>a</nobr>
<nobr>la tour abolie,</nobr>
<nobr>tantót des esthé-</nobr>
<nobr>tes anémiques et déeadents comme Des Esseintes. Leur litiérature partage cet-</nobr>
<nobr>te fléírissure: conime celle du has moyen Age, elle se replie sur elle-méme, se</nobr>
<nobr>regarde et s’examine, ou mélange les genres déjá existants. Au XIVe et XVe</nobr>
<nobr>siécles, la plus grande partie de la production littéraire correspond á des réé-</nobr>
<nobr>critures devieux thémes. Tout est dit, saufpeut étre le métadiscours, croient-ils.</nobr>
<nobr>II ne reste qu’une attitude devant un monde qui s’écroule, pour les deux épo-</nobr>
<nobr>ques: c’est le dégoút de vivre. Celui qui se manifeste diez les jeunes romanti-</nobr>
<nobr>ques:</nobr>
<nobr>Pou¡-quo/ la terre est-ellc auss/ désenchantée ¿ mes yeta? Je nc connais</nobr>
<nobr>point la saciété, ¡e tronve partout le vide,</nobr>
<nobr>s‘exclame Obennann (Lettre prirniére),</nobr>
<nobr>et le duc d’Orléans, blasé de la société et de lul-méme. pense que</nobr>
<nobr>le monde es!</nobr>
<nobr>ThéM,oe.</nobr>
<nobr>Revista Complutense deEstudios Franceses</nobr>
<nobr>2000,15:167-177</nobr>
<nobr>172</nobr>
<nobr>Pilar</nobr>
<nobr>Andrade Boué</nobr>
<nobr>Quelques</nobr>
<nobr>aspeasde la</nobr>
<nobr>Merencolie</nobr>
<nobr>de Charles d’</nobr>
<nobr>Orleans</nobr>
<nobr>cnnuyé dc moy,/ et moy pare/llemcnt de lu/</nobr>
<nobr>(Rondeau 187). La chair est triste</nobr>
<nobr>dans ces temps de pénurie qui frólent le désespoir7.</nobr>
<nobr>Ce sont des ¿poques, enfin, oú l’homnie se replie sur soi, se plonge dans sa</nobr>
<nobr>conseience. Cette attitude va encourager non seulement la description des mi-</nobr>
<nobr>nutieuse des états d’áme, mais aussi celle des états d’áme liées A l’ennui. Si les</nobr>
<nobr>amis du poéte médiéval luí déconseillent vivement de top penser, c’est parce</nobr>
<nobr>qu’il n’en engendrera que des monstres, des</nobr>
<nobr>sanglicrs</nobr>
<nobr>qu’il devra chasser dans</nobr>
<nobr>la forét de Pensée (Rondeau 197). On trouve iei énoncés avant la letíre les effets</nobr>
<nobr>de la réverie; non pas de la réverie bénéfique de Montaigne ou Rousseau,</nobr>
<nobr>mais de l’autre. la destructrice, celle qui mine la personne et la réduit A un état</nobr>
<nobr>d’inaction et de névrose. Adolphe, René, Obermann, Octave, ainsi que l’énon-</nobr>
<nobr>ciateur des poémes que nous analysons, auront dans leurs réveries solitaires le</nobr>
<nobr>loisir d’analyser toutes les nuances de leur mélancolie, depuis le nonchaloirjus-</nobr>
<nobr>qu’au désespoir, en passantpar l’ennui profond: un beau tableau de symptómes</nobr>
<nobr>qui a éveillé, bien entendu, la curiosité des psychologues et des psychiatres.</nobr>
<nobr>Mais c’est dans la poésie de Charles d’Orléans que la mélancolie va se dé-</nobr>
<nobr>gager pour la premiére fois de son rapport direcí ayee l’amour. Si jusqu’alors la</nobr>
<nobr>lyrique avail associé la tristesse aux déboires amoureux, diez le duc se forge le</nobr>
<nobr>clivage qui la relie A un état psychologique et moral complexe —ayant pour</nobr>
<nobr>cause l’emprisonnement, mais peut étre aussi une prédisposition naturelle. Dé-</nobr>
<nobr>sormais</nobr>
<nobr>u</nobr>
<nobr>ne s’agira pas d’obtenir l’amour de la dame pour retrouver lajoie de</nobr>
<nobr>vivre, mais plutOt de retrouver d’abord lajoie de vivre pourensuite étre en état</nobr>
<nobr>dejouir de l’amour:</nobr>
<nobr>A/oir</nobr>
<nobr>¡non cueur, pour ¿1/re vroir,</nobr>
<nobr>Dejaerau ven! soupiroit,</nobr>
<nobr>Et, cambien</nobr>
<nobr>quil portar! le noir,</nobr>
<nobr>Tautestáiz pour lars</nobr>
<nobr>auhliait</nobr>
<nobr>Toute</nobr>
<nobr>la douleur qu’il avo/t,</nobr>
<nobr>Pensant de recauvrer brief¡nent</nobr>
<nobr>Plaisance,</nobr>
<nobr>Confort e! Liesse.</nobr>
<nobr>Et</nobr>
<nobr>d’avair en gouvernement</nobr>
<nobr>Tresor d’amau¡-euse richesse. (Ballade 37)</nobr>
<nobr>La détresse du poéte ne dépend donc pas exclusivement de l’amour frustré;</nobr>
<nobr>elle s’est installée dans le coeur de l’amant avant méme que 1’amour Ven-</nobr>
<nobr>flamme:</nobr>
<nobr>Ardant</nobr>
<nobr>der/r de vecir ma maistrerse</nobr>
<nobr>A assailly de nauvel le lagis</nobr>
<nobr>De ¡non las cueur, qu/ languist en tristesse,</nobr>
<nobr>bit</nobr>
<nobr>puis dedens par tout a lefeu mis. (Ballade 26)</nobr>
<nobr>A. Planche a mis en rapportlennul et le nonchaloir de Charles d’Orléans avec le spleen et</nobr>
<nobr>1’impuissance</nobr>
<nobr>de MaIlarmé, 1975:</nobr>
<nobr>791</nobr>
<nobr>e! ss.</nobr>
<nobr>173</nobr>
<nobr>7hétéme</nobr>
<nobr>Revista Complutense de Estudios Franceses</nobr>
<nobr>2000,15: 167-t77</nobr>
<nobr>PilarAndrade Boué</nobr>
<nobr>Quelques aspects de/a Merencolie de Charles 4 Orleans</nobr>
<nobr>Tout ceei implique en outre une conséquence importante pour la topique</nobr>
<nobr>amoureuse que le</nobr>
<nobr>Roman de la Rase</nobr>
<nobr>avait passé par la grille de l’allégorie. En</nobr>
<nobr>effet, les acteurs de la dynamique courtoise vont graviter non plus dans l’en-</nobr>
<nobr>tourage d’Amour, mais dans celui du Coerar en désarroi, ce qui suppose des re-</nobr>
<nobr>virements de rOle significatifs. Pour commencer, on constate la création d’un</nobr>
<nobr>nouveau groupe de personnifications apparentées A Tristesse: Mélancolie bien</nobr>
<nobr>sur, mais aussi Soussy, Deulí, Destresse, Soing, Desconfort, Ennui et Oes-</nobr>
<nobr>plaisance. Dans l’oeuvre de Lorris-Meung ces personnifications n’existent pas</nobr>
<nobr>(sauf Tr-istesse, qul est une des peintures du mur extérjeur du Verger), bien que</nobr>
<nobr>leur spectre sémantique soit présent dans la description des maux causés par la-</nobr>
<nobr>mour (vv. 2255-2283); on nous parle des signes extérieurs de la maladie amou-</nobr>
<nobr>reuse, qui coYncident en partie avec les symptOmes manifestés par Charles</nobr>
<nobr>dOrtéans (soupirs, pleurs, plaintes, frissons, fiévres, insomnie. hébétude), ain-</nobr>
<nobr>si que de la solitude de l’amant, mais celui-ci est censé se montrer gai (vv.</nobr>
<nobr>2163-2168). Le dieu d’Amour reconnait, il est vrai, que joie et tourment se par-</nobr>
<nobr>tagent le coeur des amants, mais il n’accepterait nullement une dissolution du</nobr>
<nobr>moi dans le malbeur comme celle que nous trouvons chez le duc. abimé</nobr>
<nobr>Ou</nobr>
<nobr>purgataire de Tristesse</nobr>
<nobr>(Ballade 24).</nobr>
<nobr>La douleur entonre en effet le poéte d’Orléans qui se protége en senfer-</nobr>
<nobr>mant dans son moi et se fortifie contre ses ennemís:</nobr>
<nobr>lenforcis man</nobr>
<nobr>¿hastel tous¡¿)t/i-s</nobr>
<nobr>(.)</nobr>
<nobr>Can</nobr>
<nobr>ti-e</nobr>
<nobr>Dangier el Sa puissan(e</nobr>
<nobr>Je</nobr>
<nobr>le tc-nd,-ay jusqa‘a la mort. (Ballade 50)</nobr>
<nobr>A cette clóture animique volontaire s’ajoute néanmoins une autre, nouvelle</nobr>
<nobr>aussi par rapport A l’allégorie traditionnelle, et imposée par ses ennemis, mv</nobr>
<nobr>tamment par Danger: [a</nobr>
<nobr>pi-/san de Despla/sance</nobr>
<nobr>ou la prison de Pensee</nobr>
<nobr>.</nobr>
<nobr>En</nobr>
<nobr>sorte que le personnage de Danger inverse son rOle: il ne garde plus la dame ni</nobr>
<nobr>Bel Accueil (que d’ailleurs Charles d’Orléans nc nommejamais), mais le poé-</nobr>
<nobr>te lu-méme! Ainsi le Danger nc désignerait pas seulement le man jaloux ou les</nobr>
<nobr>Anglais qui empéchent l’amaní dapprocher la dame, mais le vrai danger de</nobr>
<nobr>mélancoliser qui hante le pote9.</nobr>
<nobr>D’autre part, si dans l’allégorie fondatrice Danger veut empécher A tout prix</nobr>
<nobr>Amour dagir, d’une part, et compte sur Raison pour l’aider, de l’autre, chez le</nobr>
<nobr>due d’Orléans sa úche est plutOt autant de conserven l’amant dans Ihébétude</nobr>
<nobr>du spleen que de lutter contre Raison. Le nenversement dc la situation est dO A</nobr>
<nobr>la considénation traditionnelle de la mélancolie cornme une attaque de folie</nobr>
<nobr>Cf. pe.:</nobr>
<nobr>Soussy, Dad! el leur aliance,! Sai-monta et tost dee.onjire,¡ Qul desirent dc la de-</nobr>
<nobr>triare! En la p¡ison de Desplakance (Hallade 27); iciulier desrisonsde Pc’nsee,/ Soussy. laisse:</nobr>
<nobr>mon c.-ueuryssu-,/ Pasmé lay</nobr>
<nobr>veu ess-anouir/ En lafosse</nobr>
<nobr>desconfin-tee (Rondeau 383).</nobr>
<nobr>S. Sasaki, signale aussi trois autres acceptions: refus, pudeur et souftrance (1974: 219-</nobr>
<nobr>223).</nobr>
<nobr>7/té//ms-. Revista Complutense de Estudios Franceses</nobr>
<nobr>2000, 5: 167-177</nobr>
<nobr>174</nobr>
<nobr>Pilar</nobr>
<nobr>Andrade Boué</nobr>
<nobr>Quelques aspeas de la</nobr>
<nobr>Merencolie</nobr>
<nobr>de Charles d’ Orleans</nobr>
<nobr>s’opposant au bou sens, de fagon que si l’on veut sen sortir (et, par contrecoup,</nobr>
<nobr>gagnen l’amour de la dame) on devrait invoquer lavenue de Raison. 11 est néan-</nobr>
<nobr>moins curieux que dans les deux cas de figure la guérison de l’amant se serait</nobr>
<nobr>produite par l’entremise de Raison; seulement pour Meung recouvrer la santé</nobr>
<nobr>équivaut A renoncer A l’aniour, tandis que pour Charles d’Orléans, c’est re-</nobr>
<nobr>trouver et la santé et l’amour.</nobr>
<nobr>Dangierdeffy elsa rudesre,</nobr>
<nobr>Car le Dieu d’Amours m’aydera.</nobr>
<nobr>Raisan es! círera des miens,</nobr>
<nobr>Car ainr/ men afa/tpromesse. (Ballade 29)</nobr>
<nobr>La portée de la réflexion du duc d’Orléans et sa richesse universelle con-</nobr>
<nobr>traste avec la superficialité cynique d’un Jean de Meung pourqui réussir équi-</nobr>
<nobr>vaut A enfoncer une porte. Au contraire, le succés, pourle duc, revient A ouvnr</nobr>
<nobr>laporte de lesprit, étre capable dentrer en rapport ayee le monde sans que le</nobr>
<nobr>tragique de la condition humaine vienne troubler, A chaque fois, le regard clair</nobr>
<nobr>ettransparent projeté sur l’univers. Et si Charles dOrléans n’arnive pas A faire</nobr>
<nobr>entrer de la lumiére dans la forteresse du moi, ce n’est peut-étre pas de sa</nobr>
<nobr>faute —mais une visite dans cette forteresse montrerait des recoins éeiairés par</nobr>
<nobr>les lueurs de Nonchaloir.</nobr>
<nobr>Ainsi, pour la littérature occidentale, notre poéte préfigure la poétique de la</nobr>
<nobr>privacité autant que le régime de la solitude qui accable l’homme moderne. Le</nobr>
<nobr>mal du siécle est, oú quil se manifeste,</nobr>
<nobr>pr/vé mart/re</nobr>
<nobr>(Rondeau 46) quil faut</nobr>
<nobr>enfermer au plus profond du moi. L’homme reste</nobr>
<nobr>seul sur la terre, étranger</nobr>
<nobr>paur tau! le monde,</nobr>
<nobr>et il doit s’aventurer seul dans la connaissance de la dou-</nobr>
<nobr>leur:</nobr>
<nobr>Environ verr la matinee,</nobr>
<nobr>Dedans ¡nonjardin de Pensee,</nobr>
<nobr>Aveeques man cucur,</nobr>
<nobr>seul entray. (Rondeau 257)</nobr>
<nobr>Renfermé, misanthrope, le héros spleenétique se sait impénétrable au regard</nobr>
<nobr>des autres,</nobr>
<nobr>plus tos! accointé que cagnen</nobr>
<nobr>(Rondeau 245); soit II garde obstiné-</nobr>
<nobr>ment le silence, solÉ ji déverse son malaise daus une effusion devanÉ un rare té-</nobr>
<nobr>moin (et il doit se réjouir s’il n’en est pas vertement tancé), soit, et c’est le plus</nobr>
<nobr>fnéquent, il confie tout A lécriture et nous légue confessions, letfres et poémes:</nobr>
<nobr>J’ay mis en escr/pt mes sauhais/ Ou plus pa¡fant dc mon penser</nobr>
<nobr>(Ballade 49).</nobr>
<nobr>Ces</nobr>
<nobr>chartreu.x de Merencalie</nobr>
<nobr>(Rondeau 112; faut-il rappeler Fabrice del</nobr>
<nobr>Dongo?) ne se reconnaissent plus dans leur entounage habituel; jis se sentent</nobr>
<nobr>différents des autres, composant une race A part:</nobr>
<nobr>le</nobr>
<nobr>ne suis par de se: geuis la</nobr>
<nobr>A qu/ Fortune plairt el nt. (Rondeau 47)</nobr>
<nobr>Tité//mc. Revista Complutense de Estudios Franceses</nobr>
<nobr>175</nobr>
<nobr>2000.15:167-177</nobr>
<nobr>Pilar Andiade Baué</nobr>
<nobr>Quelques aspects de la Merencolie de Charles d’Orleans</nobr>
<nobr>LIs ont un sentiment aígu de la perte de paternité, physique et/ou idéologi-</nobr>
<nobr>que. On saR ce que représenta l’assassinat de Louis d’Orléans, pére de Charles,</nobr>
<nobr>pour son amé qui désormais s’habilla longtemps en noir. Mais au tournant du</nobr>
<nobr>XVe siécle dautres événements aggravent l’angoisse de ces orphelins: les</nobr>
<nobr>conflits internes de l’Eglise (la référence au Dieu pére plutót qu’au Dieu créa-</nobr>
<nobr>teur ou ordonnateur apparait en effet trés souvent le long du XJVe siécle</nobr>
<nobr>[0)</nobr>
<nobr>la</nobr>
<nobr>captivité de Jean II ou la folie prématurée de Charles VI. De méme, au début do</nobr>
<nobr>XJXe siécle les enfants manquent de péres, soit parce que ceux-cí ont perdu la</nobr>
<nobr>vie dans la Révolution et lEmpire, soit parce qu’ils n’ont plus de repéres spi-</nobr>
<nobr>ritucis, soit parce que, tels certains héros balzaciens, doivent se trouver des pro-</nobr>
<nobr>géniteurs sociaux dans un monde hostile aux jeunes de familles modestes.</nobr>
<nobr>Ce sont des marginaux, des intellectuels, des artistes bannis do cháteau de</nobr>
<nobr>Plaisance. Utilisant lencre comme thérapeutique, ils se sont découvert une</nobr>
<nobr>énorme complexité psychologique et. dans les oubliettes de leur demeure. un</nobr>
<nobr>refus absolu de la douleur. En fait pour eux c’est peut-étre cela qui compte par-</nobr>
<nobr>dessus tout:</nobr>
<nobr>La grande qucst/an dans la y/e, u’</nobr>
<nobr>es!</nobr>
<nobr>la dauleur qu’an cause</nobr>
<nobr>y incluse celle qu’on sinflige A sol-meme.</nobr>
<nobr>Une différence nette sépare pourtant Charles d’Orléans des Romantiques</nobr>
<nobr>quant A la considération de la souffrance; l’histoire navance pas en vain, et le</nobr>
<nobr>sentiment tragique des Romantiques est beaucoup plus retors que celui de leur</nobr>
<nobr>prédéeesseur médiéval. Eux. ils cultivent l’art subtil de fuir et de se jetterdans</nobr>
<nobr>les bras de la douleur simultanément. C’est une maitrise difficile héritée de</nobr>
<nobr>Marsile Ficin, le premier á faire de l’affliction spleenétique une énergie créa-</nobr>
<nobr>trice</nobr>
<nobr>‘2:</nobr>
<nobr>ainsi pour les</nobr>
<nobr>cn/hnts du síecle</nobr>
<nobr>la souffrancc permet heureusement de</nobr>
<nobr>produire des oeuvres géniales, car il n’y a pas de véritable artiste sans détresse.</nobr>
<nobr>Au contraire, jamais un auteur du inoyen Age n’aurait souscrit de telles affir-</nobr>
<nobr>mations. Dans cette époque lajoic lemporte encore sur la tristesse: celle-ci te-</nobr>
<nobr>ri-asse la volonté et anihile la fecondité artistique. Pour le doc d’Orléans, cesÉ á</nobr>
<nobr>regia si 1’écriíure Lui tient Iieu de tornes choses, de ménie que c’est A regret s’il</nobr>
<nobr>subit l’empire de la solitude (que les romantiques, eux, mtronisent).</nobr>
<nobr>Pourtant bus ces hornmes déchus ont compris qu’un monde s’effritait de-</nobr>
<nobr>vant eux etque, désonnais, au</nobr>
<nobr>coin</nobr>
<nobr>de la cheminée, on parlerai des seigneurs et</nobr>
<nobr>des dames du temps jadis. Un jadis qu’incamerait, pourle XIXe siécle, le projet</nobr>
<nobr>philosophique, politique et social de lIllustration, et pour la fin do XJVe siécle,</nobr>
<nobr>une plénitude el une harmonie de l’hornme dans le inunde. Et je vondrais son-</nobr>
<nobr>ligner que, dans l’affleurement de la conscience tragique qui se produit avec la</nobr>
<nobr>Cf. J. Cerquiligny,</nobr>
<nobr>La c.ouleur</nobr>
<nobr>de la níélancoíie. Lafréquentation des heces un XIVe siécle</nobr>
<nobr>(Paris:Hatier, 1993), chap. Le</nobr>
<nobr>pro</nobr>
<nobr>blénw de</nobr>
<nobr>la paternité.</nobr>
<nobr>Adolpite, Réponse de léditeur fictif.</nobr>
<nobr>12</nobr>
<nobr>Solon litalien, le «‘sir litteratus» enélancolique subirait uno influonce astrale négative mais</nobr>
<nobr>qul laissorait aftleurer. par contrecoup, jallo ffit génie. Dés lors lécrivain sorait</nobr>
<nobr>5000018</nobr>
<nobr>aux pou-</nobr>
<nobr>votrs contradictoires de Saturno: négatifs, parco qu’ils entrainoraiont les effel.s nuisibles de la tris-</nobr>
<nobr>tesse, apaihieet sos corolaires; positifs, parco qulis ponnertraienl de créerdes chofs d’oouvre do</nobr>
<nobr>iesprit.</nobr>
<nobr>7/té//oir. Revista Complutense de Estudios Franceses</nobr>
<nobr>2000.15: 167-1+1</nobr>
<nobr>176</nobr>
<nobr>PilarAndrade Boué</nobr>
<nobr>Quelques aspects de la Merencolie de Charles dOrleans</nobr>
<nobr>rupture de 1 ‘équilibre révé ou assimilé, 1</nobr>
<nobr>individu</nobr>
<nobr>se sen! surtout</nobr>
<nobr>projeté</nobr>
<nobr>dans</nobr>
<nobr>l’espace de l’isolement: c’est-á-dire, mis á part on sevré brusquement de la</nobr>
<nobr>Nature. La modernité a largement expliqué ce rejet, mais elle a souvent négligé</nobr>
<nobr>les échos qui nous renvotent A cette autre primére crise, aussi profonde et aussi</nobr>
<nobr>modeme que la sienne A beaucoup d’égards. Car si le changement dans la vision</nobr>
<nobr>globale de la nature par rapport au moyen Age ne se produit quaprés la Renais-</nobr>
<nobr>sance, il est bien vrai que le premier croc-en-jambe fait A cette vision appartient</nobr>
<nobr>aussi A l’époque des chevaliers</nobr>
<nobr>3</nobr>
<nobr>En effet, la chute de l’organigramme seolas-</nobr>
<nobr>tique á la fin du XIIIe siécle, qui déclenche la méfiance envers la pensée spé-</nobr>
<nobr>culative, avait impliquée déjá un premier effondrement de cette précieuse rosa-</nobr>
<nobr>ce de l’univers ordonné selon les plans du Crénteur. Ainsi, sans oublier</nobr>
<nobr>aucunemení le rOle primordial des aspecÉs éeonomiques, politíques et sociaux</nobr>
<nobr>dans la crise du has moyen Age, je voudrais insister sur le fait que l’homme com-</nobr>
<nobr>mence déjá á se sentir un peu éloigné de la Nature dés le XIVe siécle, dés le mo-</nobr>
<nobr>ment oú le déchiffrage de celle-ci devient plus précaire. Cette précarité serait par</nobr>
<nobr>conséquent une des échardes qui brúlent le cerveau des mélancoliques. Et si l’on</nobr>
<nobr>¡Ven trouve peut-étre pas des mentions explicites dans les oeuvres littéraires, on</nobr>
<nobr>peut néanmoins la voir impregner la mentalité des XIVe et XVe siécles, car c’est</nobr>
<nobr>elle qui, décourageant les envols de la raison métaphysicienne, encourage toute</nobr>
<nobr>la théologie pastorale, anime lélan mystique, et enfin oriente le regard x’ers les</nobr>
<nobr>intériorités de</nobr>
<nobr>¡‘Ame.</nobr>
<nobr>De fa9on que l’oeuvre de Charles dOrléans nous appa-</nobr>
<nobr>raibrajÉcamine un ¿chantillon de la conscience tragique</nobr>
<nobr>naissante att has moyen</nobr>
<nobr>Age, conscience qui se surprend A habiter lespace d’une privacité isolée, bm,</nobr>
<nobr>déjá, de la Nature qui avait été créée pour lui. Celle-ci, dans la fécondité de son</nobr>
<nobr>printemps souriant, a comniencé A oublier que le jardin de Pensee de Ihonime</nobr>
<nobr>est maintenant tout</nobr>
<nobr>Dest,-u/t d’ennuyeuse gelee</nobr>
<nobr>(Rondeau 257).</nobr>
<nobr>REFERENCIAS BIBLIOGRÁFICAS</nobr>
<nobr>CHAMPION,</nobr>
<nobr>P. (1969). Vie de Charles d’Orléans.</nobr>
<nobr>Paris. Champion.</nobr>
<nobr>IJORLFANs,</nobr>
<nobr>Charles. (1982 et 1983).</nobr>
<nobr>Poésies.</nobr>
<nobr>Paris: Chatnpion, 2 vol. Ed. de P. Cham-</nobr>
<nobr>pion.</nobr>
<nobr>FRoIssáRT, Jean. (1986). Le Paradis dAníour. L’Orloge amaureus. Paris: Droz.</nobr>
<nobr>PLANCHE,</nobr>
<nobr>A. (1975). Charles dOrléans ou la recherche dun langage. Paris: Cham-</nobr>
<nobr>pion.</nobr>
<nobr>POIRtON,</nobr>
<nobr>D. (1965).</nobr>
<nobr>Lepoéte et leptince. Lévolution du Irisnie caurtais de Gujílaume</nobr>
<nobr>de Machaut ¿ Charles dOrléans.</nobr>
<nobr>Paris: PUF.</nobr>
<nobr>SAsAKI,</nobr>
<nobr>S.</nobr>
<nobr>(1974). Sur íe titéme de Nonchalair</nobr>
<nobr>Jons</nobr>
<nobr>lapaésie</nobr>
<nobr>de Charles d’Orléans. Pa-</nobr>
<nobr>ns: Nizel.</nobr>
<nobr>Cf. D. Poirion, 1965: 607: La ctaún-e ca pu,</nobr>
<nobr>en</nobr>
<nobr>cifel. n¡anifrster la prése’ec-c divine. Et ‘taus</nobr>
<nobr>it</nobr>
<nobr>en sornmcs íã suipris puisque le nionde et la vie orn perdu, au ¡-egaid d une ¿<uriosité huntai-</nobr>
<nobr>nc coulour.s plus positive e! hm-dic. Icor carae.-íé-e naétaphysique u sacré. Eortu¡tc ct Nature</nobr>
<nobr>/c-est-á-di¡-e, lafatalité] sant chargées dadnainistrer les citases dont Dieu scsi ,eti,é.</nobr>
<nobr>7KW/etc. Revista Cotnplutcrtsc cte Estudios Franceses</nobr>
<nobr>177</nobr>
<nobr>2000,15:167-177</nobr>
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