• Retour à Brooklyn

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    Titre: Retour à Brooklyn

    Auteur: Hubert Selby Jr

    Titre original: Requiem for a Dream

    Traduit de l'américain par Daniel Mauroc

    Editeur: Christian Bourgeois (1978)

    Collection 10/18

    ISBN: 2264006323

    300 pages

     


     

     

    Si le décor est le même, tout aussi sordide, que dans “Last Exit to Brooklyn”, les personnages de “Retour à Brooklyn” n'ont rien de la violence et du désespoir qui habitaient ceux du premier roman de Selby.

    Près de quinze ans séparent la parution des deux oeuvres.

     

    Harry est juif, Tyrone est noir.

    Ils sont amis, inséparables, et vivent à la limite, à la marge, des territoires qu'occupent leurs communautés respectives.

    Marion, fille de bourgeois juifs, plus ou moins artiste, rejetant la société de consommation, est venue se loger à Brooklyn.

    Marion et Harry s'aiment d'un amour très pur, tout aussi pur que la livre de “pure” que Tyrone et Harry, revendeurs de cocaïne associés, rêvent d'avoir les moyens d'acheter un jour avec les gains de leurs ventes quotidiennes pour en tirer le gros bénéfice qui leur permette de se retirer du trafic et d'ouvrir un théâtre et une galerie de peinture où Marion pourra exposer ses dessins.

     

    Sara, la mère d'Harry, veuve et pauvre, vit avec son réfrigérateur, où elle entasse les pralines et autres nourritures dont elle se gave et s'engraisse, et son poste de télévision que son fils vient lui dérober régulièrement pour le revendre afin de se procurer un peu de liquide quand les affaires marchent mal.

    Un démarcheur d'une chaîne de télévision locale lui demande un jour par téléphone si elle accepterait de participer à une émission.

     

    Harry, Marion et Tyrone d'une part, Sara d'autre part, s'enfoncent dans leur rêve, et, très vite, ne vivent plus que dans la perspective de le voir se réaliser.

     

    Harry, Marion et Tyrone deviennent de véritables trafiquants, et, pour se doper, ponctionnent de plus en plus dans leur approvisionnement de drogue pour leur usage personnel, en s'affirmant chaque jour qu'ils s'arrêteront le jour qu'ils en auront envie.

     

    Sara, convaincue qu'elle passera bientôt à la télévision, guette le facteur tous les jours, et entreprend des régimes de plus en plus sévères, jusqu'à tomber dans le piège de « pilules » amaigrissantes que lui vend un médecin véreux et dont elle ne peut bientôt plus se passer.

     

    L'auteur nous fait assister à la lente dégradation de ces personnages poignants: les affaires marchent mal, Marion s'abandonne peu à peu à la prostitution pour approvisionner Harry, la belle amitié entre Tyrone et Harry et le pur amour entre ce dernier et Marion se déchirent quand la drogue manque au point que le partage n'est plus supportable.

    Le rêve télévisuel de Sara et sa volonté de maigrir tournent à l'obsession, et la mère d'Harry tombe dans les mains d'un psychiatre qui , ayant besoin de patients pour alimenter son service, la fait interner et finit par la rendre folle.

     

    Dans Last Exit to Brooklyn, l'absence de projet, de projection dans le futur, de rêve, d'espoir explique la violence et l'amoralité des personnages.

    Dans Retour à Brooklyn, c'est l'espoir de la réalisation d'un rêve qui les détruit.

     

    Dans les deux romans plane le spectre d'une inéluctable fatalité sociale...

     

    Patryck Froissart

    Plateau Caillou, le 18 avril 2009

     


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