• Onitsha

    Titre : Onitscha

    Auteur : J.M.G. Le Clézio

    Editeur : Gallimard (avril 1993)

    Collection : Folio

    ISBN : 2070387267

    289 pages

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    Onitsha, cela commence par Oni, comme onirique.

    Une fois de plus, Le Clézio nous emmène au pays des rêves, non pas de nos rêves, mais des rêves qui tournent la tête des personnages, qui les animent, qui leur offrent raison de vivre, et puis qui les déçoivent, voire les détruisent.

    Comme son grand-père dans Le chercheur d’or, comme l’auteur lui-même dans le Voyage à Rodrigues, les acteurs principaux de ce roman, à l’occasion d’un voyage qui les déporte dans la différence, dans l’étrangeté, ici d’un village africain qui disparaîtra dans la tourmente de la guerre du Biafra, se trouvent vite entraînés dans la spirale aspirante de la fascination de l’autre.

    Ainsi, Fintan et sa mère Maou quittent en 1948 Marseille pour Onitsha, où ils rejoignent, l’un son père qu’il n’a pas connu, l’autre son mari qu’elle n’a pas vu depuis des années.

    Le père, Geoffroy, anglais au service d’une entreprise coloniale, personnage classiquement leclézien, est obsédé par la recherche de traces mythiques, celles de l’exode de la dernière pharaonne noire de Meroé, Amanirenas, nommée Candace par Strabon, du Nil vers le Niger, et de l’installation, par sa fille Arsinoé, de son peuple dans la région d’Onitsha. Geoffroy poursuit et déchiffre les signes, sur la terre, dans les ruines, dans les tatouages rituels que portent les aînés de chaque famille d’Onitsha, dans la beauté pure et lisse de la mystérieuse Oya, venue de nulle part, muette et sauvage, qui ressemble à Ouma, la sauvageonne du Chercheur d’Or.

    Fintan, très vite, puis Maou, plus lentement, se rapprochent de l’indigène, et sont corollairement méprisés et mis à l’écart par les blancs de la région.

    Fintan a pour initiateur le jeune Bony, l’équivalent de Denis pour l’enfant Alexis dans Le chercheur d’or.

    Maou devient la jumelle de sa servante Marima.  

    Dans cet ailleurs est un endroit qui se situe outre, comme si l’exil ne pouvait être justifié, ou  supporté, que par la croyance en l’existence, au-delà de la montagne, du fleuve, ou de la mer, ou des conventions, d’un archi-pays dont la quête obsessionnelle permet d’oublier soit les liens avec le pays d’origine, soit la déception de se retrouver dans un pays qui ne répond pas à l’image idyllique qu’on s’en était faite :

    Au Mananava de Denis et d’Alexis correspondent pour Bony et Fintan l’île formée par un bateau échoué au milieu de l’embouchure du fleuve, et pour Geoffroy, conduit par Okawho, le lac de vie perdu dans la forêt.

    Onitsha brisera Geoffroy, ôtera chez Maou toute envie de voyage, mais laissera chez Fintan une durable amertume, un goût nostalgique d’inachevé, et le regret de ne pas s’y être fondu, assimilé, africanisé.

    Onitsha est un roman de l’échec : échec de la recherche « historique » pour Geoffroy, échec de l’adaptation à la vie coloniale pour Maou, échec de l’initiation pour Fintan.

    Fintan, fin du temps : l’histoire a pour cadre temporel la fin de la colonisation, échec historique.

    Symbole de ces échecs : le bateau échoué au milieu du Niger, à l’embouchure…

    Un regret concernant cette édition: la présence, à la page 177, d'un énorme barbarisme sur le passé simple du verbe souffrir.

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    Patryck Froissart, St Benoît, le 15 octobre 2006


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