• A propos d'un incipit : libres élucubrations sur le texte inaugural de L'Eloge de L'Opaque Ellipse de Patryck Froissart.<o:p></o:p>

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    Comme le disait Julien Gracq quelque part, l'essentiel est dans le départ, et sans doute dans un recueil poétique plus que dans tout autre genre car c'est à ce moment que le poète scelle ce rapport si particulier qu'il entretient avec le monde. Et tout est là dans ces premiers mots  de L'Eloge de l'Opaque Ellipse de Patryck Froissart, la page, l'enjeu de l'écriture et la mère/monde !

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    Le poème débute par une curieuse réminiscence de Baudelaire, d'un poète raillé, exclu du blanc de la page, insulté parce que n'étant qu'un fou de «bassan» dont les mots ne sont que des «vannes», frappées du sceau de l'inutilité, de la futilité. Et plus loin,  "Décembre", le mois occidental du blanc, du manteau de neige et donc métaphore de la page, de la feuille blanche. Mais cette page ne fait que se refuser au poète, à  son seul outil de travail son «pen(ne)», son «calame», sa «rémige», cette page se refuse à son inscription, elle «agonit», elle «acornit», elle «incendie». Et pourtant, il s'agit bien de réussir à  entrer en contact, là  où le «delta palpite», "vers l'aine", tenter de remonter «au primal Hermitage», à  la mère/monde, quitte pour cela à  adopter une posture agressive, de scarification, d'inscription en force, «l'ergot en hallebarde échardant le chardon», parce que l'on n'a que les mots.

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    «L'ellipse», faut-il le rappeler, c'est ce qui à  la fois est là  et à  la fois ne l'est pas, autrement dit le langage comme seul outil de compréhension du monde mais aussi comme principal écran à cette compréhension : en effet le langage n'est qu'un système symbolique qui nous prive d'un rapport brut avec les choses. Et c'est pourquoi l'on revient à ce début de recueil et à cette volonté de lacérer la page et le monde de son «ergot en hallebarde échardant le chardon» : quelle violence dans ce désir de percer le mystère qui nous relie au monde !

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    Le poème, et en cela Patryck Froissart nous le rappelle bien, est un organe vivant, les mots sont une matière qu'il convient de labourer «je laboure la plage» (la feuille, on l'aura compris) car ce qu'il convient de retrouver par les mots, puisque, je le redis, ce ne sont que d'eux qu'on dispose, c'est le «primal Hermitage», là  où l'on pourra enfin se reposer éternellement. Car le monde est toujours maternel et le désir de chacun est bien sûr de s'unir à  lui, de créer ce même rapport au monde que celui de l'enfant à  sa mère, de «s'enrouler dans ses lèvres magiques» afin de «m'en venir dissoudre». Tout poème est acte d'amour. Et cette «ellipse» dont parle Patrick Froissart, c'est ce fossé qui sépare à jamais l'homme du monde, ellipse «opaque» s'il en est.

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    Je vois dans le même sens, dans ce goût des mots rares, le signe d'une volonté d'épuiser les mots, tous les mots dont on dispose afin, ceux-ci une fois morts, de passer au-delà , dans l'univers débarrassé de cet écran qui est venu s'interposer pour nous priver de cette communion avec l'autre du monde, littéralement «atterré sur l'estran», figé dans un entre deux que la «plume» ne fait qu'« altérer» mais ne peut jamais pénétrer.

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    Pouvoir dérisoire de l'écriture et pourtant seul pouvoir qui convient d'être utilisé avec obstination, qui ne fait que manifester le désir sans jamais faire accéder à  sa satisfaction. L'Eloge de l'Opaque Ellipse est de ces grands textes qui explorent toutes les possibilités des mots, leurs sonorités, leurs aspects, leur polysémie, les formes diverses du texte poétique, les rythmes, afin de trouver une voix ( ou voie, c'est selon) vers une réconciliation rêvée de l'homme et du monde.

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    Christophe LEVEQUE

    17/11/2006

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