• Les enfants de minuit

    Titre : Les enfants de minuit

    Auteur : Salman Rushdie

    Editions : Stock, 1983, 1987

    ISBN 2253050407

    Traduit de l’anglais par Jean Guiloineau

    Titre original : Midnight’s children

    670 pages

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    On parle parfois de roman-fleuve.

    Salman Rushdie n’a pas écrit un roman-fleuve.

    Salman Rushdie a engendré un fleuve.

    Dans ce roman, en vérité, la parole est un fleuve, un rapide, un torrent ; l’écriture de Rushdie traverse, bouscule, irrigue,inonde, dévale le cours du temps, et charrie, sauvage, impétueuse, trouble, ravageuse, dévastatrice, grondante, rugissante, les événements tragiques de l’histoire de l’Inde indépendante.

    A la source du texte, de la vision, du fleuve, est Saleem, né à minuit, à la seconde même où, le 15 août 1947, était proclamée l’indépendance de l’Inde. C’est lui qui nous emporte, du jour de sa naissance à celui de sa mort, dans un voyage tragi-comique qui débute, en amont, au printemps de 1915 à la minute où son grand-père « officiel », Aadam Aziz heurte violemment du nez le sol gelé du Cachemire en faisant sa prière.

    Il n’est bien sûr pas le seul à naître en même temps que l’Inde indépendante. Il se découvre brutalement, à l’occasion du choc provoqué par une chute de vélo, le réceptacle, et le

    « serveur » d’un réseau télépathique regroupant tous les autres, les Enfants de Minuit.

    Il apprend à un autre moment que l’infirmière de la clinique où il a vu le jour l’a interchangé avec le fils adultérin que Vanita, la jolie femme d’un saltimbanque, Wee Willie Winkie, a d’un colon anglais, William Methwold…

    Rien n’est simple chez Saleem, de la même façon que tout est dramatiquement complexe en Inde, et qu’est plaisamment compliquée la structure de ce monument romanesque baroque et flamboyant.

    Par exemple le narrateur, Saleem Sinai, dit Morve-au-Nez, qui qualifie lui-même son appendice nasal de comcombresque, appelé successivement Bouille-Sale, Déplumé, Bouddha, et j’en passe, est un Je qui parfois se dédouble en Il, qui devient ailleurs le Nous des Enfants de Minuit (qui sont au nombre, naturellement, de mille et un), et est poursuivi par son double, son alter, Shiva, qui, suite à la manipulation de l’infirmière, vit son enfance du côté des pauvres, et tente, en passant par le cerveau de Saleem, de rassembler les Enfants dans un parti du mal, de la destruction.

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    Par exemple encore, Saleem est amoureux de sa sœur qui n’est pas sa sœur, et une partie de son histoire est marquée par l’obsession et l’horreur de l’inceste.

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    Par exemple encore, le narrateur Je-Il discute de sa narration, page après page, avec sa servante Padma (la Bouse), dont les commentaires et la critique morale s’intègrent dans le fil du récit. Il faut préciser que Padma, qui voudrait passer du statut de servante à celui de maîtresse, apprendra en même temps que le lecteur, au moment venu dans la chronologie des événements, que Saleem est castrat, depuis qu’il a subi, comme de nombreux mâles dans les années soixante-dix, la stérilisation programmée dans le cadre d’une campagne nationale de limitation des naissances, aggravée par une ablation totale des organes sexuels ordonnée par Shiva, devenu le commandant Shiva alors que Saleem plongeait dans la pauvreté, par la revanche du destin.

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    Les Enfants de Minuit : un long fleuve, en vérité, nullement tranquille, au contraire: une tempête, un ouragan, nommé Histoire, qui balaie les destins, qui meurtrit, viole, assassine, disperse, aliène, et passe.

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    Les Enfants de Minuit : un souffle, un geyser de génie.

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    Monsieur Salman Rushdie, aucune fatwa, aucune excommunication ne pourra jamais étouffer la lumière que vous allumez par ce livre grandiose.

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    Patryck Froissart, St Benoît (Réunion), le 16 septembre 2006


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