• La littérature médiévale


    La littérature médiévale (article à consulter sur MEMO)


    © Hachette Multimédia/Hachette Livre

    Sommaire

     Un formidable creuset de peuples
     De la chanson de geste au roman
     Chronique et histoire
     La littérature comique et satirique
     Jeux, farces et mystères
     Poésie didactique et lyrique

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    Le Décaméron
    Miniature du manuscrit de Jean sans Peur illustrant l'épisode où le roi Candaule, par vanité, révèle à son favori les charmes de sa femme endormie.
    © Bibliothèque de l'Arsenal

    Un formidable creuset de peuples

    Le Moyen Age fut un formidable creuset de peuples, de langues et de civilisations, d'où jaillirent des formes littéraires nouvelles et des dialectes inconnus, futures langues nationales.

     

    Mais la littérature en latin se perpétuant longtemps dans les cours et les monastères, il faut attendre, après quelques premières oeuvres religieuses en langue d'oïl (Séquence de sainte Eulalie, IXe siècle ; Vie de saint Léger, Xe siècle), le XIe siècle pour que se concrétisent les littératures «romanes». <o:p></o:p>

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    Au XIIe siècle, on n'écrit pas un roman, mais en roman, tandis que poèmes et récits, gardant la marque de leur oralité originelle, sont d'abord conçus pour la récitation et le chant : jusqu'au XIVe siècle la poésie est lyrique, c'est-à-dire mise en musique, et la chanson de geste se récite sur une mélopée.<o:p></o:p>

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    Mouvante, hybride, la littérature féodale a su créer des mythes - celui de la passion tristanienne, celui du Graal -, donner un style à l'amour, reformuler l'épopée en chanson de geste, et a su forger de nouveaux héros.<o:p></o:p>


    De la chanson de geste au roman

    Au XIe siècle – tandis que, en Islande, le moine Saemund Sigfússon rédige les Eddas, poèmes mythologiques et légendaires desquels découleront, au siècle suivant, en Norvège principalement, les sagas en prose – apparaît la chanson de geste, avec la Chanson de Roland. C'est le genre médiéval par excellence, chant et récit vulgarisés par les jongleurs, qui rapportent les exploits des héros guerriers et où se lit une réflexion sur <st1:personname w:st="on" productid="la f?odalit?. Le">la féodalité. Le</st1:personname> genre épique se répand en Europe ; en Espagne, il s'articule principalement autour du personnage du Cid (Poème du Cid, vers 1150), que célébreront plus tard les romanceros du XIIIe siècle, chants épiques en octosyllabes qui seront réunis en recueils au XVIe siècle.<o:p></o:p>

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    Toujours au XIe siècle naît en langue d'oc une poésie inédite : la fin'amor se veut un art d'aimer et un art poétique. À la fin du XIIe siècle, des poètes champenois et picards transposent ce modèle en langue d'oïl. Bientôt des récits entremêlent aux exploits des armes les tourments de l'amour. Le roman est né. Ses auteurs transposent d'abord les récits antiques en termes féodaux : le Roman de Thèbes et Énéas sont composés dans l'entourage de Henri II Plantagenêt et d'Aliénor d'Aquitaine, à la cour d'Angleterre, à laquelle est également attachée Marie de France, qui réécrit les lais féeriques chantés par les jongleurs bretons, brefs récits en vers narrant des aventures amoureuses dans un contexte de légendes celtes. <o:p></o:p>

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    Vers la même époque, Béroul raconte la passion fatale des amants de Cornouailles, Tristan et Yseut. Plus âpre, plus violent dans son expression et dans les scènes qu'il privilégie – Yseut livrée au bûcher puis aux lépreux – que celui de Thomas, daté lui aussi de la seconde moitié du XIIe siècle, son récit dessine une réflexion pessimiste sur la place de l'amour dans la société : scandaleuse et subversive, la passion due à un philtre magique qui unit Tristan à l'épouse de son oncle met en péril l'ordre féodal. Le triomphe apparent des amants se bâtit sur un serment ambigu, où Dieu devient complice de l'adultère, et où les discours juridique et courtois sont bafoués. Thomas, lui, privilégie l'analyse des sentiments amoureux plutôt que l'action. Son récit, très fragmenté, commence après le mariage de Tristan avec Yseut aux blanches mains et se termine sur la scène de la mort des amants ; il décrit un héros torturé par la jalousie et le désir, essayant vainement de distraire sa passion.<o:p></o:p>

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    Chrétien de Troyes va tenter de dénouer le dilemme de l'amour et de <st1:personname w:st="on" productid="la chevalerie. D'?rec">la chevalerie. D'Érec</st1:personname> et Énide à Lancelot et au Conte du Graal, il élabore un «roman matrimonial» où, la crise passée, les amants-époux retrouvent leur place et leur rang. Mais il crée aussi la belle figure de Lancelot, le chevalier condamné à l'errance par son amour pour <st1:personname w:st="on" productid="la reine Gueni?vre">la reine Guenièvre</st1:personname>, et forge un héros, éloigné de l'amour et promis à un destin exceptionnel et mystérieux, Perceval, le «nice», voué à une autre quête. Chrétien de Troyes fixe ainsi pour longtemps la matière romanesque dans une Bretagne mythique, dominée par le roi Arthur et ses chevaliers. L'histoire du roman médiéval est en bonne partie celle qui découle de son œuvre : le roman du Graal, christianisé dès le début du XIIIe siècle (trilogie de Robert de Boron), réécrit l'histoire de Perceval en continuité avec l'histoire sainte, tandis qu'aux chevaliers élus se mêle le personnage ambigu de Merlin, devin et prophète, qui plonge ses racines dans l'histoire légendaire des origines de <st1:personname w:st="on" productid="la Grande-Bretagne. Le">la Grande-Bretagne. Le</st1:personname> passage des vers à la prose donne un nouveau souffle à la matière arthurienne qui, dans l'immense ensemble du Lancelot-Graal, recompose toute la geste de ses héros. En Angleterre, au XVe siècle, les mêmes thèmes inspireront Malory dans la Mort d'Arthur.<o:p></o:p>

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    Par ailleurs, Jean Renart, esprit subtil et ironique, nourrit son inspiration aux sources du folklore pour décrire une société aristocratique où parties de chasse et tournois remplacent les combats (le Roman de Guillaume de Dole, l'Escoufle).<o:p></o:p>


    Chronique et histoire

    Avec la prose apparaissent les premières chroniques en français. Celles de Robert de Clari et de Geoffroi de Villehardouin sont issues de leur expérience de la IVe croisade (1202-1204). Maréchal de Champagne puis de Romanie, Geoffroi justifie le détournement de l'expédition et la conquête de Constantinople. Son récit reprend au roman la technique de l'entrelacement des épisodes, imite le style épique ou la rhétorique oratoire.<o:p></o:p>

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    Philippe de Novare, auteur d'un traité moral sur les quatre âges de l'homme, écrit des Mémoires, dont il ne reste qu'un fragment, qui concerne son action à Chypre de 1218 à 1243. Mêlant chronique et autobiographie, il bâtit une œuvre pittoresque, où s'insèrent des poèmes et une branche du Roman de Renart qu'il a composés.<o:p></o:p>

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    Au début du XIVe siècle, Jean de Joinville, confident de Louis IX, réunit ses souvenirs pour la canonisation du roi. Admirant celui-ci passionnément, il écrit une œuvre pleine de sensibilité et d'émotion, entre le document historique et la confidence.<o:p></o:p>

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    Le poète Jean Froissart, dans ses quatre livres de Chroniques sur «les guerres de France et d'Angleterre» qui couvrent les années 1327 à 1400, cherche à exalter la chevalerie européenne. Confrontant les témoignages, il réécrit plusieurs fois ses textes, modifie au cours des années et de ses voyages sa vision et son jugement. Sa chronique, loin d'être une compilation de faits, est animée par un esprit original, qui y verse ses rêves et ses doutes. Froissart fera de nombreux émules, Georges Chastellain, Olivier de La Marche, et surtout Philippe de Commynes, avec ses Mémoires ambigus. Trahissant Charles le Téméraire, comblé de faveurs par Louis XI, puis tombant en disgrâce, Commynes puise dans sa vie sa lucidité, son obsession de la trahison, ses efforts pour rechercher des causes profondes sous les apparences. On a rapproché sa peinture de Louis XI et les commentaires qu'il fait de son règne du Prince, écrit par Machiavel une quinzaine d'années plus tard.<o:p></o:p>


    La littérature comique et satirique

    Elle représente un autre courant très fécond, qui s'intéresse davantage à des personnages non nobles – paysans, artisans, commerçants, prostituées. Du Roman de Renart aux fabliaux et aux premiers «jeux» dramatiques un même souffle circule, provocateur, grivois et tourné vers les réalités du corps. À mi-chemin entre la littérature cléricale (un poème latin, Ysengrimus, fixe dès le milieu du XIIe siècle les principaux personnages) et les contes d'animaux, Renart est d'origine inconnue. Des textes alsacien et flamand sont contemporains des premières branches françaises, c'est-à-dire les récits regroupés de 1171 à 1250 sous le nom de Roman de Renart. Baron révolté de la cour de Noble le Lion, échappant à toutes les morts, abusant tout le monde, Renart – nom propre du goupil – est le héros le plus célèbre du Moyen Âge. Il incarne la ruse du f<st1:personname w:st="on">aib</st1:personname>le face aux puissants, la liberté d'esprit face aux lois et aux institutions. Mais, retors, cruel et sanguinaire, il poursuit ses ennemis jusqu'à la mutilation et à la mort, reflet d'une société sans pitié pour les vaincus, tendue vers sa survie : plusieurs récits débutent sur la description de Renart affamé, cherchant vainement sa nourriture. La littérature allégorique des XIIIe et XIVe siècles s'emparera du personnage pour en faire l'incarnation du mal (Renart le Nouvel, Renart le Bestourné, de Rutebeuf), avant de prêter son masque aux censeurs de la société (Renart le Contrefait).<o:p></o:p>

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    Les fabliaux datent presque tous du XIIIe siècle. Peu d'auteurs émergent de l'anonymat : Gautier le Leu, Jean Bodel, Rutebeuf, Jean de Condé. Ces courts récits en vers privilégient une intrigue scabreuse, voire obscène, rondement menée, de quiproquos en retournements de situation, jusqu'à la chute, parfois cruelle pour les cocus ou les prêtres lubriques, et préfigurent les «nouvelles» des XIVe et XVe siècles, de celles de Boccace aux Cent Nouvelles nouvelles.<o:p></o:p>


    Jeux, farces et mystères

    Le théâtre se détache peu à peu des drames liturgiques latins. Jean Bodel, auteur arrageois de fabliaux, de poèmes et d'une chanson de geste, mêle dans son Jeu de saint Nicolas (1200) le motif du miracle à des scènes de taverne, tandis que l'auteur anonyme de Courtois d'Arras transpose la parabole de l'enfant prodigue dans une taverne, au milieu des prostituées. Mais c'est Adam de la Halle, autre poète arrageois de la seconde partie du XIIIe siècle, qui compose les premières pièces entièrement profanes. Dans son Jeu de la feuillée, il se met en scène avec ses concitoyens dans une parade bouffonne où domine le thème de la folie, où des réminiscences des contes féeriques s'allient au délire carnavalesque. Le Jeu de Robin et Marion (vers 1284) s'inspire des pastourelles qui chantent la rencontre d'un chevalier et d'une bergère. Les répliques entrecoupées de chansons et de danses en font la première pastorale, préfiguration de l'opéra-comique.<o:p></o:p>

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    C'est au XVe siècle qu'éclate le théâtre sous toutes ses formes, comiques et sérieuses, religieuses et profanes. La ville en est le lieu privilégié, en relation avec le développement du carnaval ou des visites royales. La farce – plus de cent cinquante entre 1440 et 1560 – renoue avec l'esprit des fabliaux. Œuvre courte, l'action y est rapide, les procédés comiques attendus et répétitifs. La Farce de Maître Pathelin (1464) est exceptionnelle par sa longueur et la relative complexité de ses personnages.<o:p></o:p>

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    Du côté religieux, les Miracles de Notre-Dame (XIVe siècle) empruntent leurs sujets aux chansons de geste ou aux légendes de saints, mais leur dénouement fait toujours intervenir la Vierge miséricordieuse. Les mystères (XVe siècle) racontent dans des mises en scène grandioses – des diables sortent de trappes, des dragons surgissent, tandis que volent les anges du paradis – l'histoire sainte et particulièrement la Passion du Christ. Le Mystère de la Passion, d'Arnoul Gréban, est représenté vers 1450 : quatre journées, 400 personnages, 34’000 vers. Les mystères seront donnés jusqu'à ce que, en 1548, en raison de leur caractère souvent grotesque et grossier, un arrêt du parlement de Paris les interdise.<o:p></o:p>


    Poésie didactique et lyrique

    Au XIIIe siècle, l'allégorie devient un procédé poétique. Le Roman de la Rose, long de plus de 22000 octosyllabes, est dû à deux auteurs, Guillaume de Lorris (1230) et Jean de Meung (1270). Récit d'un songe, il raconte la conquête de la Rose, emblème de la femme aimée, et emprunte ses figures à la poésie courtoise et au roman arthurien. En reprenant le poème – interrompu alors qu'Amant désespère de jamais revoir la Rose enfermée dans le château de Jalousie –, Jean de Meung l'infléchit dans un sens nouveau, intégrant le discours amoureux à des développements moraux, scientifiques et théologiques, tout en faisant de la cueillette de la Rose le récit à peine voilé d'une défloration.<o:p></o:p>

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    Entre le XIIIe et le XVe siècle, rompant avec la musique, la poésie subit de profondes mutations. Les congés arrageois sont un des premiers exemples d'une poésie du «je»: lépreux, Jean Bodel en 1202 et Baude Fastoul en 1272 rédigent d'émouvants poèmes d'adieu à leurs amis. Adam de la Halle, sain de corps, conserve la même forme pour un adieu sarcastique à sa ville.<o:p></o:p>

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    Le poète parisien Rutebeuf donne son essor au «dit» et joue à plein de son effet autobiographique. Ses poèmes de l'infortune ouvrent la voie à une esthétique nouvelle. Son œuvre multiple révèle l'ironie d'un esprit attentif aux événements de son époque. Il poursuit ainsi, en français, l'esprit de la poésie latine des clercs vagants, ou goliards, qui parcourent la France, l'Italie et l'Allemagne.<o:p></o:p>

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    Les poètes, souvent instruits, revendiquent plus de reconnaissance. L'œuvre et la figure de Guillaume de Machaut (1300-1377) sont en cela exemplaires. Dernier poète musicien, maître en théologie, il compose une œuvre narrative, poétique et musicale, pour différents princes de l'Europe. Il organise lui-même les recueils de ses œuvres et, dans le Voir dit, raconte, à travers lais, poèmes et lettres, son aventure amoureuse avec une jeune fille noble séduite par son seul talent de poète.<o:p></o:p>

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    Guillaume de Machaut influencera l'Anglais Geoffrey Chaucer (le Livre de la duchesse, 1369), qui, par ailleurs, traduit Jean de Meung ou s'inspire de Boccace (Troïle et Cresside, 1382) avant d'écrire les Contes de Cantorbéry (1387-1400), synthèse de verdeur, d'humour satirique et d'inspiration courtoise.<o:p></o:p>

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    Les poètes du XVe siècle héritent de ces évolutions, qu'ils traduisent selon leur sensibilité propre. Alain Chartier compose une œuvre politique (le Quadrilogue invectif) et poétique : Belle Dame sans merci remet en cause le discours amoureux traditionnel en peignant une dame insensible aux prières de son amant.<o:p></o:p>

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    Christine de Pisan, avec des traités philosophiques, historiques, moraux, une autobiographie (l'Avision Christine) et des centaines de poèmes, est présente sur tous les fronts, de la querelle du Roman de la Rose à la défense des femmes (Livre de la cité des dames).<o:p></o:p>

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    La poésie courtoise jette ses derniers feux avec Charles d'Orléans, prince poète qui retrace un itinéraire sentimental et intellectuel. Alors que la vieillesse, l'ennui du monde et de soi se substituent à la jeunesse gaie et amoureuse, sa poésie, traversée par l'angoisse du temps, se mue en mélancolie.<o:p></o:p>

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    Un autre écrivain marque le paysage poétique de la fin du Moyen Age : François Villon, poète et gibier de potence, fond le jargon des coquillards dans <st1:personname w:st="on" productid="la ballade. Il">la ballade. Il</st1:personname> réunit dans le Lais (vers 1456) et le Testament (1461) le style des «congés d'amour», la figure du poète démuni et les calembours obscènes de la poésie estudiantine. Le Testament mêle à la sarabande grotesque des légataires les cris de haine du poète contre son bourreau, l'amertume de l'amant bafoué, les leçons aux compagnons de mauvaise vie : sous le rire féroce se glisse l'obsession de la mort.<o:p></o:p>


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