• L'Ombre

    Titre : L’Ombre

    Auteur : Ismail Kadaré

    Traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni

    Editeur : Fayard - 1994

    ISBN : 2213027560

    258 pages

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    Le narrateur, personnage central, cinéaste sans avenir, est Albanais, sous le régime communiste de Hodja, dans un pays qui a été amené à se refermer sur lui-même pour résister aux pressions politiques occidentales.

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    Grâce aux pouvoirs d’appareil d’un oncle qui compte parmi les cadres du parti, il a l’opportunité d’aller étudier à Moscou puis de se rendre de temps en temps à Paris au titre de représentant officiel du cinéma albanais.

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    Le roman tourne autour du corps féminin, et de l’obligation morale absolue, pour un « homme de l’Est » qui peut franchir les frontières, de multiplier les conquêtes et de les relater, de retour au pays, dans leurs plus intimes détails, en partage, aux camarades obsédés par le désir de « consommer » d’abord de la Russe, lors des études à Moscou, ensuite et surtout de l’occidentale, mieux, de la Parisienne, ce fruit défendu, ce produit de luxe, symbolique de la décadence capitaliste.

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    On n’est donc pas étonné, une fois exprimée cette règle, de suivre le narrateur, au cours de ses missions dont l’objectif n’a ni importance ni sens, dans l’évocation de ses liaisons moscovites et dans les intrigues amoureuses qu’il va vivre à Paris.

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    Mais à Paris il rencontre Sylvaine, avec qui sa relation est d’une autre nature, en face de qui il perd son statut d’homme habitué, par tradition, à ne voir en la femme que le sexe, à cause de qui il devient impuissant à exprimer sa virilité avec une autre belle Parisienne, Madame V.

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    Son amour pour Sylvaine, qui croît de séjour en séjour, est empreint d’angoisse. Il est tourment, La sexualité y est latente, obsédante, mais refoulée, alors même que le personnage possède des photos, que Sylvaine lui a données, qui la montrent nue.

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    Notre héros, lors de son ultime voyage et de leurs dernières rencontres, tente de se persuader qu’il ne peut accomplir l’acte qu’attendent de lui ses camarades restés au pays parce qu’il voit en Sylvaine sa sœur, et que le retient l’interdit de l’inceste.

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    Ce récit tourmenté, fait à la première personne par un homme torturé par les frustrations engendrées par son contexte historique, est celui d’un amour qui, foncièrement, ne peut se réaliser, parce qu’il signifierait pour le héros le franchissement définitif, irréversible de la frontière qui l’enferme dans son pays, dans sa culture, dans sa personne.

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    Roman d’une grande puissance.

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    Patryck Froissart

    Plateau Caillou, le 24 mars 2009 

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