• Irène, 11 octobre 2008,

    Voir en ligne : Un éditeur avoue : la préparation des manuscrits disparaît

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    Par les temps qui courent, la franchise de M. Jean-Marie Laclavetine est rafraîchissante. Il faut l’en remercier. Je dis ça sincèrement.

    auteur, également éditeur à succès chez Gallimard, vend la mèche auprès de Bibliobs : de nos jours, les éditeurs français de littérature (dont Gallimard) travaillent de moins en moins sur les manuscrits de leurs auteurs avant des les publier.

    Après, advienne que pourra.

    N. O. - Voilà dix-sept ans que vous occupez chez Gallimard une cellule de moine. Quels changements observez- vous?
    J.-M. Laclavetine.
    - Ce qui évolue le plus, ce sont les manuscrits. Les auteurs qui s’adressent à Gallimard sont traditionnellement marqués par l’histoire de la NRF Il y a un «style NRF»: ultra-littéraire, sophistiqué, ténébreux. Aujourd’hui, les jeunes écrivains s’en affranchissent. […]
    L’autre changement notoire, c’est la disparition progressive de la préparation des manuscrits. Il y a quelques années encore, le travail de correction était très minutieux, avec des services dévolus à cette tâche. Les stades de fabrication sont de plus en plus court-circuités et on passe plus vite du manuscrit informatique remis par l’auteur à l’impression. Certains continuent de travailler méticuleusement, comme Minuit ou POL.

    N. O. - Y compris chez des auteurs confirmés, il arrive d’être frappé par des longueurs, une rupture de ton, des maladresses de style. A se demander si les éditeurs font leur travail.
    J.-M. Laclavetine.
    - Les auteurs ont parfois des susceptibilités.
    Il arrive qu’un manuscrit soit en réalité un brouillon de roman. Si l’auteur est connu et bénéficie d’une bonne surface médiatique, on le publiera même s’il refuse nos observations. Ca peut être à ses dépens, effectivement.

    N. O. - Un éditeur n’osera pas insister de peur que son auteur, vexé, s’en aille?
    J.-M. Laclavetine.
    - Par exemple. Avec des gens comme Daniel Pennac ou Boualem Sansal, je n’ai pas de problème. Ils ne sont pas forcément d’accord, mais je peux faire des suggestions. Avec d’autres, c’est difficile. Les pires, vous voulez savoir? Ce sont les journalistes. Mais un auteur certain de vendre et d’avoir vingt articles dans la presse, eh bien, on va publier ce qu’il veut.

    Cf. : “L’éditeur aux mains d’argent”

    On s’en doutait, mais c’est toujours mieux de l’entendre de la bouche d’un professionnel de la profession.

    Ce n’est d’ailleurs pas étonnant, vu que durant cette même période, beaucoup d’éditeurs ont eu tendance à augmenter le nombre de titres publiés chaque année, histoire de se faire de la trésorerie… Un autre éditeur parisien, Guy Birenbaum (enfin, ex-éditeur…) n’a pas fait mystère l’an dernier pour l’avouer. Avec pour conséquence une la baisse de la rentabilité de chaque titre, ce qui pousse à en publier encore plus. Cercle vicieux.

    Ce que Marc Autret appelle le paradoxe de la cavalerie : “Plus on fabrique de livres, moins on les édite.” On n’en est pas encore aux niveaux atteints par les officines de compte d’auteur (voir le billet – édifiant – de Stéphane Laurent : “240 cadavres”), mais ça se rapproche.

    Autre conséquence de cette inflation de titres vite faits, vite parus : si les éditeurs prennent moins soin de la qualité des textes qu’ils publient, les lecteurs, eux, risquent de plus en plus souvent d’être déçus. Et de regretter leur achat. Et, si cela se reproduit trop souvent, de se détourner définitivement, échaudés, de la littérature.

    C’est drôle, mais il y aurait comme un bruit de sciage de branche, sous certains postérieurs éditoriaux…

    Tags : écrivains, éditeurs, édition, commerce, Gallimard, Laclavetine, manuscrits, marché du livre, médias

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