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    Titre: Les pensées sauvages

    Auteur: Marc Durin-Valois

    Editeur: Plon (2010)

    ISBN: 978-2-259-21301-1

    192 pages

     

     

    Ce roman est celui d'un dérangé.

    Ce roman est dérangeant.

    Ce roman est l'histoire d'un dérangé qui dérange tout autant le lecteur que les habitants d'un village de la France profonde où il débarque à l'âge de dix-neuf ans et huit mois.

     

    Antonin se considère comme un raté, à partir du jour où il échoue à ses examens. N'envisageant plus d'avenir, il se débarrasse, sans en avertir ses parents, de l'appartement que ces derniers ont mis à sa disposition pour la poursuite de ses études, et part, muni d'une grosse somme d'argent liquide, habiter la maison en ruines où a vécu sa grand-mère.

     

    Antonin le détaché, qui a quelque chose de l'Etranger de Camus, dépense alors sans compter, tente sans grand effort de se faire adopter, suscite à la fois la jalousie, la convoitise et l'hostilité des villageois et des villageoises, qui lui en veulent de pouvoir jeter l'argent par liasses et de se jouer des contraintes morales, sociales et économiques du lieu.

     

    Car Antonin roule en voiture de sport, joue, oisif, toutes fenêtres ouvertes, sur son piano neuf, attire les femmes «à cause du parfum de sexe et de mort qui se dégage de sa peau», se laisse séduire par celles qui se disputent la jeunesse de son corps et en nourrissent leurs propres envies d'amour ou de dépravation, entretient plusieurs liaisons, dont une, équivoque, avec une fillette disgracieuse et délurée qui ne le quitte plus depuis qu'il l'a rencontrée le jour de son arrivée au village.

     

    Car Antonin boit, se drogue, et, au fil d'une démarche provocatrice et auto-destructrice, invite dans la vieille maison du bourg borné un ami homosexuel avec qui il repousse au plus loin les limites de la débauche et de l'excès.

     

    Au terme de cette dérive volontaire, au cours de laquelle, tel L'homme à la cervelle d'or, il se dévore lui-même jour après jour, Antonin, ruiné, est capturé et condamné à mort par son rival Hugo. Il réussit in extremis à s'extirper du tombeau où ce dernier l'a enterré vivant.

     

    Il quitte alors discrètement le village de ses ancêtres, et retourne «de l'autre côté».

     

    Ce départ, qui clôt le roman, s'annonce comme une seconde naissance, celle d'un Antonin peut-être définitivement dépouillé, comme le Vieil Homme de la tradition, de ses «Pensées sauvages».

     

    Toute l'histoire étant vécue totalement du point de vue du personnage, le lecteur vit de bout en bout l'étrangeté d'Antonin, partage intimement sa crise existentielle, ressent sa chute, éprouve son mal-être et vit son malaise.

     

    Voilà un roman fort, d'où je sors en remerciant Marc Durin-Valois de m'avoir à ce point dérangé!

     

    Patryck Froissart

    St Paul, le 11 mai 2011

     


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